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Abandonné de tous, son corps retrouvé 3 mois plus tard

Placé sous curatelle, Bruno vivait seul dans un petit appartement de Villeneuve d'Ascq. Et menait une vie peut-être trop discrète. Il faut croire qu'il faut faire du bruit pour exister. Voisins, amis, famille, personne ne s'est inquiété de son absence tout cet été. Pas même son curateur qui ne l'a pas vu une seule fois en trois mois. Le 18 septembre dernier, on a finalement retrouvé son corps chez lui, dans un état de décomposition avancé.

Tous ses voisins, proches ou non, en font le même portrait : Bruno était un gars paumé, « solitaire », discret et pétri de problèmes. Pour le voisin du bout de la rue du Barreau, « un type bizarre qui marchait tête baissée et qui avait l'air... vous savez comme on dit, d'un cas social »... Un homme de 46 ans, taciturne, placé sous curatelle par le juge pour des problèmes d'inadaptation mentale, et qui à un moment de sa vie a connu une femme qui était venue briser sa solitude en partageant son petit appartement social du quartier du Pont-de-Bois. Une femme elle aussi placée sous curatelle mais qui a fini par le quitter. « C'était en début d'année » selon sa voisine qui avait remarqué que le visage de Bruno s'assombrissait gravement avant de disparaître, définitivement.
Pendant un certain temps, Bruno continuait d'aller chercher son argent chez son curateur, l'association tutélaire du Nord ATI à Lille-Fives. Chaque mois même, jusqu'au mois de mai. Et puis plus rien du tout. Plus de signe de vie. L'association ATI, chargée de le suivre et de l'épauler dans une démarche d'insertion sociale, a bien remarqué que les « budgets du majeur » n'étaient plus retirées, mais n'a pas réagit. Chantal, la voisine, qui ne le voyait plus sortir de chez lui, en a parlé au gardien, à la femme de ménage, à l'office HLM. Le CMP (centre médico-psychologique) en charge également du suivi de Bruno ne se manifeste pas non plus. Les choses en restent là.
Jusqu'à ce que le 18 septembre dernier, l'été passé et les restrictions d'effectifs absorbées, un salarié d'ATI se décide à reprendre le dossier en mains. On alerte le gardien de la résidence. Ce dernier, se pointant devant la porte et apercevant quelques mouches s'échapper du seuil de la porte, appelle les pompiers. Les hommes interviennent, fracturent la vitre de derrière et réalisent très vite qu'il n'y a plus rien à faire. Le cadavre de Bruno est dans un état de décomposition avancée. Le « cas social », le « bizarre du 6 » comme en parlent encore certains voisins, « le majeur protégé » dirait l'ATI, en fait le laissé-pour-compte, est mort. En silence depuis au moins trois mois. C'est en tout cas ce que révélera l'autopsie réalisée qui date le décès au mois de juin. Bruno s'est probablement suicidé, des boîtes de médicaments ont été retrouvées près de son corps.
Les voisins en gardent un traumatisme. Chantal, au numéro 8, la première : « quand je pense que j'ai dormi pendant plusieurs mois à côté... d'un mort. Ce qui m'énerve c'est que j'en avais parlé au gardien, à HLM, mais bon, on n'a rien fait, rien de plus. » D'accord pour le voisinage, mais quid la responsabilité d'ATI ? Comment s'expliquer une telle absence d'encadrement ?
François Richir, directeur général de l'association tutélaire du Nord ATI, admet qu'une « mission a été manquée » et évoque tout une série de « ratages ». Un départ de curateur à la retraite, un délégué qui reprend le dossier mais qui travaille sur deux postes à la fois avant d'être finalement muté, des effectifs diminués l'été... un malheureux concours de mauvaises circonstances. Et, oui, ATI doit bien le reconnaître, des « négligences ». « Il n'y a pas eu de manquement au sens de... manquement. Disons qu'on n'a pas fait tout ce qu'on aurait dû faire ». Dernier contact avec Bruno ? Un coup de sonnette stérile à son appartement au cours du mois de juin. Le curateur est resté devant la porte et est finalement reparti sans aller plus loin. Chantal se souvient aussi que Bruno lui avait plusieurs fois demandé son aide, faute de... curateur : "il avait des problèmes avec ses persiennes et voulait en parler à l'office en présence de son curateur. Mais il n'a jamais réussi à le joindre."
« Nous allons tirer des leçons de cette histoire et peut-être revoir notre organisation interne, nos systèmes d'alerte », explique François Richir. Pour l'heure, il semble qu'aucune plainte ni même information judiciaire ne soit ouverte. Bruno est mort en juin et n'a été enterré que ce vendredi 3 octobre...
Raphaël Tassart