• Accueil
    • Bertrand Gobin et son Secret des Mulliez retiré de la vente

Nord éclair - 04/09/08

Questions à Bertrand Gobin : son Secret des Mulliez retiré de la vente

Fin 2006, Bertrand Gobin, journaliste économique, crée l'événement en sortant un livre dont le seul titre a de quoi donner des sueurs froides à toute une famille de fortunés du Nord de la France : Le Secret des Mulliez. Tout sur l'empire de la marque à l'oiseau, tout sur les rouages internes, la mécanique de cette incroyable machine familiale que rien ne semble pouvoir enrayer. 20000 exemplaires plus loin, le livre se retrouve interdit à la vente et le blog de Bertrand Gobin mis off-line. Benoît Boussemart, co-auteur de l'ouvrage qui signait sous le nom de plume de Guillaume d'Herblin, a attaqué Bertrand Gobin au nom qu'il n'aurait pas utilisé certaines données économiques fournies sur le géant Mulliez. Après un jugement défavorable en première instance, l'auteur bâillonné avait fait appel. Arrêt rendu ces derniers jours : le livre est en train de quitter les rayons. Définitivement. A moins que Bertrand Gobin ne se pourvoit en cassation...



EN SON

"Je ne me laisserai pas intimider..." L'interview-vérité en intégral





Sur l'arrêt de la cour d'appel, vous attendiez-vous à ce coup de grâce ?
Tout d'abord, je précise que, sans présager d'éventuels suites et pourvoi, j'entends me conformer à la décision de la Cour d'Appel de Douai qui m'a été signifiée le mardi 2 septembre 2008 et tout mettre en oeuvre afin de ne pas compromettre la bonne exécution de cette décision. Je suis évidemment très contrarié à la fois par l'interdiction du livre (qui intervient près de deux ans après sa sortie) et par l'injonction qui m'est faite de fermer le blog sur lequel je publiais indiscrétions et analyses sur le fonctionnement de l'empire Mulliez. En outre, ce blog était au fil du temps devenu un véritable forum de discussions pour les salariés. Je reçois d'ailleurs énormément de témoignages de personnes qui déplorent sa fermeture. Tout se passe comme si, au travers de cette double interdiction, on cherchait en fait à m'empêcher de poursuivre mon travail de journaliste et à éviter que les salariés ne disposent d'un espace pour échanger librement.
Comment concrètement la décision va-t-elle s'appliquer ? Le blog est off-line, mais le livre, quand sera-t-il effectivement retiré de la vente ?
Le livre est en cours de retrait des rayons et autres sites de vente en ligne. Tout sera terminé d'ici la fin de la semaine. J'ai d'ores et déjà fait le nécessaire pour organiser la récupération des ouvrages. Le blog, lui, dont la Cour a estimé qu'il était dans le prolongement du livre et qu'il contribuait à sa promotion, a été fermé lundi dernier.
Benoît Boussemart* vous reproche de ne pas avoir utilisé les annexes complètes qu'il vous avait fournies pour le livre, que contenaient ces documents ? Avez-vous jugé que leur présence n'était pas utile ou plutôt que ces chiffres pouvaient être nuisibles à l'image de la marque Mulliez ? En clair Benoît Boussemart vous reproche-t-il d' avoir protégé le clan roubaisien ?
C'est mon refus d'intégrer à l'ouvrage certaines annexes qui me vaut aujourd'hui cette décision. Outre le fait que le matériau en question - des données juridico-financières très techniques - n'étaient pas adaptées à un ouvrage grand public, il ne m'était pas possible, pour des raisons déontologiques de publier ces éléments dont je m'étais aperçu qu'ils relevaient d'une mission fort éloignée de mon travail d'information. Il ne s'agit pas à proprement parler de données « nuisibles », en tout cas pas plus nuisibles que ce que reprochent déjà les Mulliez à mon travail (enquête + blog). Le problème vient du fait que ces données s'inscrivaient dans un cadre de revendication. Or la revendication, c'est l'affaire des syndicats, pas des journalistes. A chacun son métier.
A chacun son métier. Je dis cela quand bien même tout au long de l'enquête, je me suis senti beaucoup plus proche et en lien avec les salariés alors que l'association familiale Mulliez (AFM) et les directions des enseignes refusaient tout contact. Je précise au passage que Benoît Boussemart travaille pour le cabinet Syndex qui est mandaté par les organisations syndicales pour des missions d'expertise dans les entreprises, en particulier celles de la galaxie Mulliez. De la même manière que je m'étais opposé à Gérard Mulliez qui souhaitait mettre son nez dans l'ouvrage, il n'était pas question que je me fasse forcer la main - fusse par la personne que j'avais sollicité pour m'aider dans mes investigations - pour y inclure des éléments qui ne relevaient pas de l'information journalistique mais de la revendication syndicale.
Plus largement, quelles sont les réelles motivations qui ont conduit le co-auteur à engager ces procédures ? Quel type de contrat (recettes droits d'auteurs) vous lie à lui ?
Il faut lui poser la question. J'observe en tout cas qu'il attendu plus de six mois après la sortie du livre pour enclencher la procédure. Six mois pendant lesquels il a contribué à « discrètement promouvoir le livre auprès des délégués syndicaux », comme il me l'avait précisé. J'ajoute que j'ai rémunéré Benoît Boussemart pour son travail et versé les cotisations correspondantes aux organismes collecteurs.

Bientôt un livre sur le système Leclerc

Presque bâillonné, vous comptez en rester là ?
L'arrêt rendu par la Cour d'Appel ne m'interdit pas de continuer mon travail de journaliste et mes investigations sur le clan Mulliez. Je continuerai donc à publier en toute indépendance informations et analyses sur la vie du groupe et de ses enseignes dont je pourrais prendre connaissance au cours de mes enquêtes. J'ai d'ores et déjà ouvert un nouveau blog : www.leblogmulliez.com .
Votre livre n'assassinait pas la mécanique secrète du clan familial, est-ce que les Mulliez vous soutiennent d'une manière ou d'une autre ?
Absolument pas. Je pense même que plusieurs d'entre eux ne doivent pas être mécontents de ce qui m'arrive aujourd'hui, sans qu'ils aient eu, a priori, à bouger le petit doigt. Reste que j'aimerais en savoir plus et mieux comprendre la réalité des relations entre Syndex, Benoît Boussemart et les enseignes. C'est quand même « fort de café » de constater que c'est un proche des milieux syndicaux qui leur rend aujourd'hui cet immense service en faisant interdire le livre et fermer le blog qui les génaient tant. Je me retrouve pris d'une certaine manière entre le marteau et l'enclume.
Un nouveau projet d'enquête ou de recherche?
J'entends continuer mon travail de journaliste, sur le périmètre Mulliez mais pas seulement, et développer l'édition indépendante d'enquêtes économiques à destination du grand public. J'annonce à ce propos la sortie d'ici quelques semaines d'un livre sur le système Leclerc (www.lesystemeleclerc.fr).
Propos recueillis par Raphaël Tassart

* Benoît Boussemart signait sous le nom de plume de Guillaume d'Herblin. Avant qu'il ne dévoile son identité lors du premier procès en mars 2007, les rumeurs racontaient que Guillaume d'Herblin était un Mulliez qui se serait secrètement confié à Bertrand Gobin.
LIENS : www.leblogmulliez.com / / www.lesystemeleclerc.fr



LIRE AUSSI

La Richesse des Mulliez, l'autre livre qui fait trembler l'empire Auchan

Après avoir sourcillé sur le livre Le Secret des Mulliez depuis retiré de la vente par décision de justice, Gérard Mulliez et toute la galaxie Auchan voient visiblement d'un très mauvais oeil la sortie prochaine annoncée d'un autre ouvrage intitulé La Richesse des Mulliez, et du même co-auteur : Benoît Boussemart. AUSSPAR, une société de la flotte Auchan, a mis ses peurs devant la justice et tenté récemment de faire différer la sortie du livre présumé dangereux. Manqué, AUSSPAR a été déboutée. La Richesse des Mulliez paraîtra bientôt...
>>> Lire l'article de Raphaël Tassart