Pronostics et rêves cannois

Publié le - Mis à jour le 29/09/2012 à 02:46

FADETTE DROUARD (ENVOYÉE SPÉCIALE À CANNES)

| FESTIVAL |

Cette fois ça y est, le suspense va prendre fin. Le festival de Cannes, avec l'entrée en compétition hier des deux derniers films de la sélection, est prêt à faire résonner son clap de fin, ce soir, sur la scène du Grand Théâtre Lumière.

Prix du scénario Dans une sélection qui a fait la part belle aux adaptations (de Kerouac à Don DeLillo), difficile de trancher. Mais notre prix à nous revient ex-aequo à Paradis : Amour et Reality. Le premier est l'histoire de tourisme sexuel d'une femme autrichienne, le second la constatation d'un échec de la société actuelle, bloquée par la crise et qui ne rêve plus que par la télé-réalité, en Italie. Des scénarios qui ne sont pas sans défauts, mais qui tiennent la route. Ceci étant, dans le « pronostic », le prix va à Jagten, la chasse, film danois choc.
Prix de la mise en scène Elle est impeccable, inventive et particulièrement soignée : Alain Resnais dans Vous n'avez encore rien vu fait montre de tout son talent de mise en scène. Jouant sur plusieurs tableaux, le film mélange les plans, les acteurs, avec une fluidité stupéfiante. Mais on imagine bien le jury de Nanni Moretti récompenser Cristian Mungiu, pour Au-delà des collines, film dur et sobre.
Prix d'interprétation masculine Difficile, la sélection a fait la part belle à la gent masculine et a mis à l'honneur toutes les générations d'acteur, du jeune scout de Moonrise Kingdom aux sublimes jeunes hommes de Sur la route, en passant par Jean-Louis Trintignant. Mais c'est à un Danois qu'on offre notre prix d'interprétation, en récompensant Mads Mikkelsen pour Jagten, la chasse, histoire d'un instituteur accusé à tort de pédophilie. Mikkelsen y est à la fois touchant, perdu et parfaitement ambigu. Une remarquable interprétation. Mais si on suit une logique de jury, alors il faudrait récompenser Jean-Louis Trintignant, impeccable mari d'Emmanuelle Riva dans Amour de Michael Haneke.
Prix d'interprétation féminine Pour une fois, elles ne sont pas nombreuses à devoir être départagées. Et celle que l'on récompense, c'est Nicole Kidman. Certes, son rôle de cruche blonde nymphomane dans Paperboy est ce que l'on appelle un « rôle à Oscar », mais elle n'en est pas moins parfaite, dans ses scènes plus calmes autant que dans ses scènes plus « cul-tes ». Mais elle est sûrement trop hollywoodienne et dévergondée pour Nanni Moretti, que l'on imagine bien récompenser Margarethe Tiesel, touriste autrichienne de Paradis : Amour. Une interprétation en finesse, où l'actrice n'évite rien et se tire des pièges avec les honneurs.
Prix du jury Traditionnellement, la récompense d'un film « à part ». Et quel autre alors que le Holy Motors de Leos Carax. Le retour du Français a pris la forme d'un hommage brillant au cinéma, étrange et toujours inattendu, mais aussi drôle et efficace. Un film purement non-commercial, qui n'a a priori aucun avenir en salle... Mais qui est l'un des plus beaux qu'on ait vu depuis longtemps ! Impossible d'imaginer le jury en primer un autre...
Quoique le classicisme de Mud de Jeff Nichols pourrait lui plaire.
Grand Prix Les choses sérieuses commencent. Et là, que ce soit celui dont on rêve ou celui qu'on pronostique, le même film sort. Refusons de voir un autre que Jacques Audiard récolter le Grand Prix. Son De rouille et d'os est touchant, impeccable, du scénario à la mise en scène, en passant par sa photographie et son cadrage. Programmé en début de festival, on espère que le jury n'oubliera pas pour autant ce parfait mélange de film d'auteur et grand public.
Palme d'or La récompense suprême. Celle qui va au film qui a touché, bouleversé, celui à qui notre coeur court dans un grand élan. Et notre coeur bat très fort pour Amour de Michael Haneke. Un film dur, mais magnifique et qui marque définitivement. Mais la rumeur, même si Amour est favori, verrait bien aussi sur le podium Mud de Jeff Nichols, ou Vous n'avez encore rien vu, d'Alain Resnais. Deux bons choix, plus convenus peut-être, et dans le cas de Resnais, sûrement plus « auteur » puisque le Haneke est, pour une fois, un peu plus accessible au grand public.w

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