«Il en va de la vitalité citoyenne d'une République ouverte, accueillante et porteuse de solidarités. » C'est en ces termes que se termine l'invitation lancée aux populations et élus du territoire des Weppes de venir débattre ce soir, à Haubourdin, sur le thème « Y a-t-il une place pour les Roms dans nos communes, dans les Weppes ? » Un secteur de petites communes rurales qui n'est pas touché par les implantations sauvages et dans des conditions désastreuses que l'on connaît dans la métropole lilloise.
Bruno Mattéi, membre d'ATD Quart Monde et du collectif Solidarités Roms (organisateur du débat avec le Comité catholique contre la faim et pour le développement), a des convictions bien ancrées et assure ne pas avoir peur du débat et de la contradiction : « Il faut que les gens puissent dire éventuellement leurs réserves, que tout le monde puisse s'exprimer et qu'on soit capable de répondre. On ne va pas solder la question de l'accueil des Roms en jouant sur la faute et la culpabilité. » Persuadé qu'une « fraternité est possible », il rappelle que « la fraternité est justement le plus vieux sentiment qui existe chez l'homme. Il faut que cela chemine ».
« Il faut se bousculer un peu »
Ce débat, les organisateurs l'ont voulu le plus ouvert possible. « Ça ne vient pas "d'en haut". Nous voulons associer tout le monde. Faire vivre une forme de démocratie. » Les maires sont invités à participer. Certains, comme Désirée Duhem, la maire d'Hantay, ont répondu présent. D'autres, pris par leurs obligations, enverront un élu de leur conseil municipal. Il y aura des absents aussi. Désirée Hantay sait que le sujet n'est pas simple et que, mal posé, le débat peut très vite tourner vinaigre : « Pourtant, la question de l'accueil de familles roms dans nos communes ne devrait pas déclencher de peurs a priori. La solidarité, cela existe. Il faut se bousculer un peu. » Elle dit aussi que de petites communes ne peuvent accueillir des campements de plusieurs dizaines de personnes, comme cela avait pu être en projet pour Cysoing avant que la préfecture annonce que cette option était retirée. Mais pour autant, il y a moyen - chacun à sa mesure - de trouver des solutions respectant la dignité des Roms et les capacités d'accueil des communes. « Il y a, dans nos zones rurales, des terrains qui peuvent être rendus urbanisables et sur lesquels on peut construire une maison. Des tas de formes d'habitat sont possibles, rapides à monter et même écologiques. »
« Une valise sans poignée »
Pour avoir rencontré des familles roms à Lille, Désirée Duhem insiste sur la volonté manifestée par les hommes de retrousser leurs manches pour monter eux-mêmes les murs. « On ne serait pas dans un système d'assistanat. » Elle dit aussi que si chaque commune accueillait une famille et lui donnait les chances de s'intégrer, une bonne partie du problème serait résolue. Mais elle ne veut rien faire sans en parler avec ses administrés, prendre la température, voir ce qui peut être bâti collectivement. D'où sa participation à la réunion publique de ce soir.
Bruno Mattéi sait que faire débattre une salle sur ce sujet « complexe » est un risque. « Mais le risque de ne rien faire est encore plus grand. Les Roms sont là, et ils sont là pour longtemps. Il ne faut pas prendre cette question par les grands principes. C'est comme une valise sans poignée. Elle est lourde à porter. Lourde de ce qu'on a fait et de ce que l'on n'a pas fait. Il faut une poignée solide. » Et ne pas avoir peur de débattre. C'est l'esprit de la réunion de ce soir.w Réunion publique à l'invitation du collectif Solidarité Roms et du CCFD Terre Solidaire ce soir à partir de 19 h 30, dans la salle paroissiale Saint-Maclou, place de l'Église à Haubourdin.
FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr







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