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Un quartier peut-il vivre sans boulangerie ?

Publié le 04/10/2012 - Mis à jour le 04/10/2012 à 05:33

Par Nord Eclair

| SARTEL |
Un simple morceau de papier scotché au rideau annonce que la boulangerie ne rouvrira pas.
Un simple morceau de papier scotché au rideau annonce que la boulangerie ne rouvrira pas.
En août, le quartier du Sartel-Carihem a perdu son unique boulangerie. Forcément, c'est moins pratique pour les habitants. Roger Sinko, qui se fait leur porte-parole, voudrait que la mairie
rachète le commerce pour le louer à un nouveau boulanger. Cela pourrait-il fonctionner ?
YOUENN MARTIN > youenn.martin@nordeclair.fr
Le dernier commerce de proximité du Sartel-Carihem a fermé. Au tout début du mois d'août, Guy-Noël Blondeau, le boulanger, est mort. Un coup du sort qui a été fatal aussi à sa petite boutique qui faisait aussi office d'épicerie rue de Leers. Un petit papier scotché au rideau annonce qu'elle ne rouvrira pas. Ce n'est pas la seule boulangerie qui ferme ou qui cherche désespérément un repreneur à Roubaix. Les temps sont durs pour ces commerces. Pour le quartier le plus excentré de Roubaix, le coup encore plus rude.
Mais le Sartel-Carihem, c'est aussi une association de défense particulièrement revendicative, dont le président ne manque jamais une occasion de rappeler les élus à leur devoir. Roger Sinko, puisque c'est de lui qu'il s'agit, lance une fusée de détresse : « C'est vital d'avoir un commerce qui vend du pain. J'ai écrit au député, au maire, à la Région et au Département. Pour le moment, on est obligé d'aller aux Trois-Ponts, au Pile ou à Wattrelos. » On a bien trouvé un courageux qui assure aller à Auchan Leers à pied. Mais les personnes âgées sans moyen de locomotion sont particulièrement pénalisées.

Des expériences plus ou moins heureuses
Comme souvent, Roger Sinko arrive avec sa solution clé en main : « Dans d'autres régions, la mairie rachète la boulangerie qui vient de fermer, la rénove et met un gérant. Il y a peut-être des gens qui cherchent à s'installer. Il y aurait possibilité... » Y a qu'à ?
Bon, déjà Mickael Wood, l'élu en charge du commerce, rappelle que la famille Blondeau n'a pas fait part de ses intentions. « Ils ne nous ont pas interpellés et nous sommes encore dans la période de deuil, ce serait précipité de les contacter », indique-t-il.
Ensuite, l'idée de Roger Sinko a bel et bien été expérimentée, mais surtout en zone rurale, dans de petits villages. C'est le cas à Tourmignies, près de Seclin, où la greffe n'a pas pris. Privé de boulangerie depuis des années, la petite commune de 600 habitants a vu défiler dans son local municipal deux boulangers déjà installés ailleurs.
A contrario, beaucoup plus au sud, le village de Rieutort-de-Randon, en Lozère, a réussi son pari. La boulangerie est un bâtiment communal depuis plus d'une quinzaine d'années. « On aménage un nouveau local parce que les anciens ne sont pas tout jeunes. On a déjà le boulanger qui était chez nous avant » , nous précise-t-on dans cette mairie.
À Saint-Martin-du-Vercors, dans la Drôme, on s'apprête à sauter le pas sans aucune appréhension : « Le boulanger du village a déposé le bilan mais l'affaire était viable », explique poliment une employée de mairie pour ne pas dire qu'il n'a pas fait grand-chose pour éviter ça. Le futur local communal est en cours d'aménagement et le futur boulanger déjà sélectionné. L'optimisme est de mise.
Mais peut-on comparer ces villages de montagne isolés l'hiver, très fréquentés l'été et entourés d'autres villages pas toujours pourvus d'une boulangerie avec le Sartel, dont les commerces n'ont pas survécu à l'arrivée des hypermarchés Auchan à Leers et Leclerc à Wattrelos ? Pas vraiment. Et la mairie d'une ville de 100 000 habitants est moins encline à sauver ses commerces au coup par coup. « Quand il s'agit d'un plan global de relance, comme rue de l'Épeule, oui, on rachète les murs des commerces pour les louer, concède Mickael Wood. Dans le cadre d'une stratégie globale, avec la mairie de quartier qui travaille avec les autres commerçants, ça peut marcher. Mais on ne peut pas investir pour un seul commerce. » L'élu est d'ailleurs plutôt confiant s'agissant du Sartel : l'affaire peut très bien être cédée entre privés sans que la mairie ne s'en mêle. Au besoin, la Chambre des métiers a déjà été sollicitée pour connaître d'éventuels repreneurs. Mais l'élu le répète : il faut laisser le temps aux héritiers de Guy-Noël Blondeau de voir ce qu'ils font du fonds de commerce et s'ils ont besoin du soutien logistique de la Ville.w

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