«Les gens se demandent parfois "mais que fait la police ?" Avec ce bouquin, je vais leur répondre ! » Christian Kempista va droit au but, c'est dans son tempérament. Cet état d'esprit, il se l'est forgé au fil des 32 années qu'il a passées dans la police nationale, en grande partie au service régional de la police judiciaire, la fameuse PJ. S'il est aujourd'hui un heureux retraité, Christian Kempista se considère toujours comme un flic, un « poulet » lâche-il parfois.
À l'image des dealers qu'il a envoyés au trou par dizaines, il n'est pas prêt de décrocher.
Damart avant la police
Sa taille en impose, sa carrure aussi, et son incroyable verve ajoute encore davantage à l'autorité naturelle que dégage le bonhomme. Avec son allure de cow-boy au grand coeur, Christian Kempista pourrait être un personnage de cinéma. Lui préfère user de sa plume pour livrer en 36 récits le quotidien du SRPJ : vols, proxénétisme, braquages, enlèvements, meurtres, trafics de stupéfiants, affaires médicales...
Rien ne prédestinait pourtant Christian Kempista à faire carrière dans la police. Il explique : « Je suis arrivé là un peu par hasard. J'ai fait mes études au lycée Turgot à Roubaix et j'ai commencé à travailler dans la comptabilité chez Damart. » Pas vraiment la vocation, et pourtant. « Un de mes collègues dont le frère était policier à Wattrelos m'a dit "tiens, on rentrerait pas dans la police ?" À la fin des années 60, il y avait pas mal de concours. Je suis rentré par hasard mais j'ai rapidement aimé ce métier. » Christian Kempista gravit les échelons jusqu'à devenir commandant fonctionnel.
Dans Boulevard de la Liberté - double référence à l'adresse de la PJ de Lille et au métier de policier - l'auteur explique son quotidien au fil de récits écrits sans concession et truffés d'anecdotes. « Je n'ai pas voulu écrire un roman, j'ai voulu écrire les choses telles qu'elles se sont passées, à visage découvert, de manière brute. » Une manière pour lui de rétablir quelques vérités, ses vérités. Sur l'affaire d'Outreau notamment, qu'il appelle « l'affaire de trop » : « Quand j'ai conduit Mme Marescaux à la maison d'arrêt de Valenciennes je lui ai dit "ne vous inquiétez pas, d'après ce que je vois dans le dossier vous allez rapidement retrouver la liberté". Elle a passé 9 mois en prison ! Il se passait des choses anormales, il y avait du flottement, je n'étais pas d'accord, je ne le sentais pas.
», s'insurge-t-il.
Des situations dangereuses
Pas plus amer que ça, Christian Kempista rend hommage à ses collègues et met en exergue la qualité des services de la police et des douanes avec qui il a beaucoup travaillé. Il livre aussi ses analyses sur les mutations actuelles : « Quand je suis entré dans la police, il y avait un contact et on connaissait le quartier, les habitants, les commerçants... C'était plus facile de retrouver les délinquants. Aujourd'hui les commissariats sont déshabillés et tout est centralisé à Lille, il n'y a pas que du bon. » Bref, c'est la carrière du flic passionné qu'il a été et qu'il restera sans doute toujours que Christian Kempista livre au fil des 152 pages de Boulevard de la Liberté. Un témoignage en forme de confession aussi. « Ma femme a appris à connaître mon métier en lisant le bouquin. Je ne lui racontais pas ce que je faisais pour ne pas la tourmenter mais parfois j'ai vécu des situations dangereuses. Est-ce que j'ai eu peur ?
Oui, mais une fois dans l'action c'était parti. » Flic courageux et écrivain captivant Christian Kempista.
GILLES MARCHAL > gilles.marchal@nordeclair.fr







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