Roubaix : plongée dans les archives de la commune

Publié le - Mis à jour le 07/03/2013 à 06:51

Nord Eclair

| COULISSES CENTRE-VILLE |

Réaménagés en début d'année, les locaux des archives sont désormais plus grands, plus clairs. Nous les avons visités... de fond en comble.

Dans la salle de travail réaménagée en janvier, beaucoup de généalogistes. Sur les registres, des noms connus, Jean Lebas (en haut) et M. Vandermeersch (en bas)
Dans la salle de travail réaménagée en janvier, beaucoup de généalogistes. Sur les registres, des noms connus, Jean Lebas (en haut) et M. Vandermeersch (en bas)

Vendredi matin, 2e étage de l'hôtel de ville. Dans la nouvelle salle d'accueil du public aménagée début janvier, Sébastien Delval n'en finit pas de prendre des notes. Son outil de travail ? Les registres d'état civil et de recensement de la ville. Son boulot ? Généalogiste. En clair, il remonte à longueur d'années le fil de successions dans toute la région, à la demande de notaires. Les archives de Roubaix ? « C'est un lieu qui a toujours été accueillant », souligne-t-il. L'homme sait de quoi il parle : ça fait vingt ans qu'il fréquente les lieux ! Les récents travaux réalisés le séduisent. « C'est plus agréable », dit-il. Avant de préciser : « Ici, le fonds est assez important et présente des particularités. Par exemple, les recensements de population sont classés par nom depuis 1791, alors que d'habitude, ils le sont par adresse. Ça facilite les recherches ! » Le volume des registres qui tapissent les murs de la salle de travail aide à comprendre ce qu'il signifie : rien que pour l'année 1911, il existe quatorze registres de recensement ! Quand on a un nom, certain que c'est plus rapide... Comme ce professionnel lillois, quelque trois cents personnes passent la porte du service chaque année. Des généalogistes, comme lui, et des personnes qui mènent des recherches historiques. Les travaux entrepris dans les lieux durant la première quinzaine de janvier, même s'ils n'ont pas poussé les murs, ont tout de même largement amélioré le confort des visiteurs... et des agents qui y travaillent. Soit la responsable, Marie Bouquet, arrivée voici un an pile, et ses quatre collègues. « C'était nécessaire, admet-elle. Les plafonds ont été refaits, les murs repeints. » Reste plus que les bâches à l'extérieur des fenêtres donnant sur la grand-place à retirer. Mais ça, c'est pas pour tout de suite... Dans une pièce adjacente à la salle de travail, la responsable des lieux a sorti quelques documents du fonds. Comme le premier registre de délibérations de la commune datant de 1790, année où sont créées les communes en France. On y apprend que le premier maire se nommait Constantin Florin. La première décision de la nouvelle ville de Roubaix qui n'appartient plus au seigneur ? « La passation des documents sur le foncier », souligne Marie Bouquet. Un peu plus loin, un autre ouvrage relié tout aussi vieux et imposant interpelle : il s'agit d'un registre des actes remarquables de Roubaix, de 1827 à 1864. On y trouve noté la pose de la première pierre du pont du canal. Ou l'ouverture de la bibliothèque, qui compte alors... 915 volumes !
On avance dans le temps. Dans un registre d'état civil, une mention à l'encre rouge. « Mort pour la France », peut-on lire en marge d'un nom qui résonne : Jean Lebas, né en 1878 à Roubaix, maire de 1912 à 1940, mort en déportation à Sonnenburg. On reste au XXe  siècle. Dans un registre du recensement de 1911, une ligne écrite à la plume parmi d'autres. Sauf que le prénom inscrit fait tilt : Maxence Van der Meersch. « Il a 4 ans à cette époque-là », relève la responsable. On y lit son adresse : 62, rue Épeule. «  Aux archives, on va pouvoir retracer la vie collective et le parcours des Roubaisiens ! », s'anime Marie Bouquet.
Mais contrairement à ce que le quidam pense, les archives, ce n'est pas que le lointain passé. Une courte visite dans les sous-sols de l'hôtel de ville en atteste. Passée la porte, on comprend l'immensité de la tâche des archivistes : 2 700 mètres linéaires de documents très divers dorment ici ! Le système de chauffage de l'édifice parcourt les onze magasins. Il fait chaud. Sans doute humide en d'autres saisons. En clair, pas des conditions optimales de conservation. Dans les rayonnages, des boîtes aux cotes incompréhensibles, à dessein. Des dizaines de plans, de collections de journaux aussi.
Mais comment déterminer ce qu'il faut conserver dans la masse de papiers produits par l'administration d'une ville de près de 100 000 habitants ? «  80 % des documents sont éliminés, précise Marie Bouquet. La collecte, c'est notre première mission. On ne reste pas derrière nos bureaux ! » En réalité, une politique d'archivage est en train d'être mise en place. «  On recense les choses, poursuit la responsable. Qui produit quoi ? Où des documents sont-ils faits en double exemplaire ? À terme, cela permet de savoir ce qu'il faut conserver pour l'intérêt administratif et juridique de la ville et des citoyens. » L'état civil est par exemple essentiel pour prouver une filiation, une nationalité ; idem pour les registres de permis de construire quand il s'agit de savoir si tel mur est mitoyen ou non. Cela dit, l'état impose aussi des obligations légales : les offres non retenues pour un marché public doivent ainsi être conservées pendant cinq ans.
Autre mission des archives : le classement et la conservation des documents. Il s'agit de reconditionner, de numériser. Un plan de l'hôpital de la Fraternité a ainsi été retrouvé dans un carton plié en quatre. « On l'a sorti en 2011 pour le restaurer ». Chaque année, des archives sont aussi numérisées, telles ces affiches de la Première Guerre mondiale, dans l'optique des commémorations de 2014. Dernière mission du service  : la communication. La bibliothèque numérique est une pierre à cet édifice, comme l'ouverture du service lors des Journées du patrimoine ou des expos.
Aux archives, on est actif au présent pour conserver le passé. Loin des clichés. 

PERRINE DIÉVAL
roubaix@nordeclair.fr
Pratique : le service est ouvert les mardis, mercredis et jeudis de 14 h à 17 h, le vendredi de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h,
le samedi de 9 h à 12 h.
 

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