Depuis plusieurs mois, entre réalité et fantasmes, il devient de plus en plus difficile de trouver des solutions pour les familles Roms de la métropole. Un climat malsain.
FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Hier matin, conférence de presse du collectif Roms. On les sent à fleur de peau, révoltés par la situation objective de ces familles qui errent dans la métropole lilloise depuis les démantèlements de campements en août. Avec la météo qui s'est dégradée, la pluie qui a noyé les maigres abris et l'automne qui se profile, ils alertent sur une situation humanitaire objectivement désastreuse. « Cela fait 48 jours que des gens vivent sous tente dans des conditions révoltantes ! », tonne Bruno Mattei, d'ATD Quart Monde, et ce n'est pas ceux - émus ou non par leur sort - qui les croisent dans les rues de la métropole lilloise qui diront qu'il n'y a pas, de fait, une situation intenable.
Pour le collectif Roms, dans lequel on trouve notamment la Ligue des droits de l'Homme, refaire l'histoire c'est remonter le fil de la chronique d'un désastre annoncé. Martine Aubry a plusieurs fois répété que la situation sur le parking de l'école d'architecture de Villeneuve d'Ascq était devenue intenable tant pour les Roms que pour les riverains, le collectif réplique en ressortant un courrier qu'il lui avait adressé en juillet 2011 et dans lequel il s'inquiétait déjà des « conditions de vie (...) déplorables et même pire » et observait que « la seule solution valable (...) reste le déplacement des occupants de cet endroit vers d'autres emplacements dans les environs de la communauté urbaine ». Depuis, « rien n'a été fait ! », enrage Georges Voix, de la LDH, pour qui « la communauté urbaine nous promet toujours des solutions pour l'avenir mais rien n'avance ».
Il rappelle le vote, en juin dernier, d'un « plan d'actions pour l'accueil et l'hébergement provisoire et d'urgence destiné aux populations migrantes de culture rom » dans lequel est prévu, sans précision de calendrier, d'« aménager et gérer quatre ou cinq sites, au sein des campements existants ou sur de nouveaux terrains, pour l'accueil limité et réparti dans le territoire de Lille métropole d'environ 1 000 personnes ». Sachant qu'elles sont, actuellement, 3 000 sur la métropole lilloise. « On n'a pas vu l'ombre d'un terrain depuis ! », se désole Gérard Minet, de la LDH, relayé par les autres membres du collectif pour qui la politique menée par le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, cet été et, à leurs yeux, approuvée par Martine Aubry, aboutit à « une situation faite aux Roms pire que sous la présidence de Sarkozy. On leur pourrit la vie pour qu'ils finissent par partir d'eux-mêmes ».
Ils reconnaissent, comme les maires le font à mots couverts ou plus directs, que la situation s'est considérablement dégradée ces derniers mois et que « la xénophobie contre les Roms monte dangereusement ». Bruno Mattéi confie que lors d'éditions précédentes de la Braderie de Lille, « on sentait une certaine empathie pour les Roms chez les gens avec qui nous discutions sur notre stand. Cette année... plus du tout !
J'ai entendu des choses... Franchement, au bout de deux heures, j'étais réfrigéré... » Même constat chez cet autre militant pour qui « aujourd'hui, il n'est plus possible d'en parler sereinement, ça dérape tout de suite ».
Et si le collectif avait le sentiment, depuis deux ans, « qu'on pouvait discuter sereinement avec la communauté urbaine et qu'il était possible de régler ces questions le plus calmement possible », le ton a brutalement changé depuis les évacuations d'août et, singulièrement, depuis la proposition faite par la préfecture d'installer ces familles à Cysoing et Bauvain, deux sites totalement inadaptés. La mèche qui couvait a immédiatement pris feu, et tout spécialement à Cysoing. « Le résultat de tout ça, c'est que même des maires qui étaient prêts à imaginer des solutions sur leurs communes freinent maintenant des quatre fers et ne veulent plus en entendre parler tant que leurs habitants sont aussi remontés contre les Roms » , lâche un fonctionnaire, inquiet de la tournure prise par les événements.
La faute à qui ? Les différents protagonistes n'ont pas fini de se renvoyer la balle. Et dans ce climat tendu et inquiétant, qui peut encore entendre un Bruno Mattei quand il dit que « Les Roms sont un miroir de notre capacité à vivre ensemble ou pas. Ils nous tendent ce miroir... » Au risque qu'il se brise ?w
Roms : une médiatisation qui bloque les solutions ?
Par pour Nord Eclair, Publié le 27/09/2012 - Mis à jour le 01/10/2012 à 16:28
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