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Roms : un mois après, ils sont toujours à la rue

Publié le 23/09/2012 - Mis à jour le 30/09/2012 à 01:30

Par Nord Eclair

| REPORTAGE |
Huit familles sont installées depuis un mois et demi le long de l'église Notre-Dame des Victoires, à Lille.
Huit familles sont installées depuis un mois et demi le long de l'église Notre-Dame des Victoires, à Lille.

Plus de 200 Roms ont été expulsés
de Villeneuve d'Ascq le 9 août. Depuis,
ils vivent dispersés dans la métropole. Certains ont trouvé un « camping 3* », d'autres sont dans
un dénuement total...

MARIE GOUDESEUNE
 > marie.goudeseune@nordeclair.fr
C'est presque un camping trois étoiles. Enfin, ce sont eux (les Roms) qui le disent. Aux abords de l'église Notre-Dame des Victoires, à Lille, les familles ont accès à des sanitaires - ceux de l'église - et dorment dans des tentes Quechua® vertes, toutes neuves, achetées par le père Arthur le lendemain de l'expulsion. Des cageots de nourriture sont déposés quotidiennement. Ce jour-là, les six familles ont droit à des salades - un peu fanées, certes - et des melons. On visite les sanitaires, à l'arrière de l'église : un toilette, un lavabo, de l'eau - non potable. Tout est propre. Bien entretenu. Le campement lui-même n'est pas jonché de déchets, comme on le voit souvent. Chaque famille a regroupé son petit tas de ferraille destiné à la revente - « ils connaissent par coeur la tournée des encombrants », explique-t-on sur place.
Pendant tout le temps où nous sommes là, des bénévoles se relaient. Quand ce n'est pas le frère Pierre qui repeint la porte de l'église avec un des hommes du campement, c'est Bruno Mattéi, membre de l'Atelier solidaire, qui vient dire bonjour et s'assurer que tout va bien. Une heure avant, le père Arthur est lui-même passé. Le matin même, c'est l'adjoint Walid Hanna, paraît-il, qui est venu distribuer des « bons douche » valables à partir d'octobre... Vraiment, ces familles-là ont l'air bien entourées. On comprend qu'elles parlent d'un « trois étoiles ». Ici, on marche à la solidarité.
Et pourtant... Tout n'est pas rose... La solidarité, aussi belle soit-elle, a ses limites. Les 32 personnes qui vivent là commencent en effet à avoir froid, la nuit, le matin, le soir. D'autant que le campement de fortune n'est pas abrité du vent. Comme le dit Margareta, « on avait chaud à l'intérieur de nos cabanes (elles ont été détruites, ndlr) ». Va-t-il donc falloir passer l'hiver sous ces trop fines tentes ? Ici, pas de douches, pas d'eau potable. Le terrain appartient à l'Église, mais il n'est qu'une solution provisoire. Les familles s'y sont installées « en attendant » et, selon certains bénévoles, « l'Église commence à faire pression pour récupérer son terrain : ils ne devaient être là que pour 15 jours... » Après l'évacuation du 9 août, aucune solution de relogement n'a été proposée aux 200 Roms chassés du terrain de l'école d'architecture. Alors, tandis que certains se réfugiaient tout contre l'église, d'autres posaient leur maigre capital à Hellemmes. Chemin Napoléon par exemple, quelques familles ont rejoint un campement existant. On retrouve, sur place, les mêmes « tentes du Père Arthur ». Et les mêmes discours : « On a très froid », « on a besoin de couvertures, de couches pour les bébés, de savon pour faire la lessive, de vêtements » , etc.
Affronter le froid Là aussi, comme à Notre-Dame des Victoires, la vie a repris le dessus. On a commencé à rassembler des portes « pour construire une cabane » , on collecte la ferraille, on cuisine, on écoute de la musique... C'est, disons, un camping misérable. Un bidonville isolé des habitations, qui a pour seule voisine la voie ferrée...
Un mois et demi qu'a eu lieu l'expulsion. Sur le parking de l'école d'architecture, d'énormes monticules de terre ont été déposés, histoire de rendre impossible toute réinstallation. Sur place, on trouve une chaussette, un pistolet en plastique, et dans les bosquets, bien cachés, des restes de cabane. Les riverains le demandaient depuis longtemps, et l'expulsion a eu lieu. Seulement, le « problème » n'a fait qu'être déplacé un peu plus loin.
Les bénévoles sont persuadés que la solution « Cysoing-Bauvin » va être abandonnée ; ils se demandent si ce Lesquinois qui propose d'accueillir les Roms chez lui est vraiment sérieux (lire ci-contre); évoquent l'ancien IUFM de Lille comme possible terrain pour les familles ; et espèrent surtout que Martine Aubry et le préfet vont proposer, enfin, quelque chose de pérenne. Les Roms, eux, semblent bien moins conscients de ces enjeux. En fait, ils ont surtout une préoccupation : celle de savoir comment ils vont affronter le froid qui s'installe.w

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