Opposés à l'arrivée d'un village d'insertion pour les Roms, entre 150 et 200 manifestants ont défilé hier dans les rues de la commune avant de s'en prendre violemment au maire, Frédéric Marchand.
Le maire d'Hellemmes cerné par une foule en furie. Un brouhaha total, des cris, des noms d'oiseaux qui fusent voire même quelques coups de pieds donnés. Voilà les scènes offertes hier matin dans le centre de la commune. Ce qui devait être un simple rassemblement pour protester contre la politique de la communauté urbaine vis-à-vis des Roms a tourné au pugilat. En fait, Frédéric Marchand est sous le feu nourri des critiques depuis plusieurs jours, alors qu'il a décidé d'accueillir un village d'insertion à destination de cinq familles roms. L'élu avait décidé d'agir dans une grande discrétion, mais les habitants ont découvert le projet lorsque les premiers travaux ont débuté récemment. Une colère qui les a conduits hier à ne pas se cantonner à un simple rassemblement pacifique. Munis de leurs banderoles, entre 150 et 200 personnes - sur les 300 venues au rassemblement - ont pris la route de l'hôtel de ville pour alpaguer le maire. En chemin, les manifestants scandaient plusieurs slogans dont « Cysoing y est arrivé, Hellemmes y arrivera » , en référence à cette ville dont les habitants ont réussi à stopper le projet d'implantation d'un camp de Roms par l'État.
« Inadmissible »
« On est prêt à aller jusqu'au bout », clame un des participants. Un autre s'en prend au lieu d'implantation choisie par la commune. Le Parc Engrand. « C'est un parc avec un centre aéré et une vie associative. C'est inadmissible, inadmissible ! », s'époumone-t-il. Dans le groupe, le discours concentre aussi beaucoup d'idées reçues sur la population rom. Patrick ne s'en cache pas : « Nous voulons que la ville d'Hellemmes reste propre et en sécurité ». Et parfois, les paroles dérapent. Lorsque le cortège arrive au niveau du marché de la commune, il trouve un autre groupe de citoyens qui eux, distribuent des tracts en faveur de l'installation des Roms (lire ci-dessous). Le ton monte.
« Vous n'avez qu'à les accueillir dans votre jardin », crie-t-on dans le groupe d'opposition avant qu'un autre lâche... « Il faut les brûler ! ». Le groupe fonce vers la mairie et ne semble plus avoir de limites. Des manifestants qui hurlent leur angoisse sociale et qui semblent avoir trouvé chez les Roms le bouc émissaire idéal. Comme cet homme qui « paie des impôts » et ne comprend pas qu'on les dépense de cette manière en temps de crise. Ou cette femme qui est en attente d'un logement depuis trop d'années et qui ressent une injustice lorsqu'elle voit des Roms débarquer dans un village neuf.
C'est ce ressentiment qu'ils exprimeront à Frédéric Marchand lorsqu'ils le trouveront enfin dans une salle communale. Mais ils vont littéralement le lyncher et le maire préfère fuir en usant des coudes car on lui barre le chemin. Certains le poursuivent en l'insultant. Les manifestants se disperseront quelques minutes plus tard. À l'initiative du rassemblement initial, l'élue UMP Caroline Boisard-Vannier a condamné ces débordements. « C'était un rassemblement contre les méthodes du maire, qui n'a consulté personne pour lancer ce projet », dit-elle en précisant que sur le fond, elle n'y est pas opposée. Frédéric Marchand doit tenir une nouvelle réunion publique mardi pour débattre avec les Hellemmois. Si le dialogue est encore possible.
MORAD BELKADI

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