Le taux de la TVA sur la bière, actuellement de 19,6 %, ne changera pas, mais ça ne sera pas le cas du droit d'accises prélevé sur les boissons alcoolisées. Cette taxe, actuellement pour la bière de 2,75 euros par degré d'alcool et par hectolitre, sera donc doublée. Au comptoir, cette hausse devrait représenter une augmentation de 5 centimes pour un demi de bière. Une majoration qui devrait rapporter quelque 480 millions d'euros à la Sécurité sociale, sur un total de 2,41 milliards d'économies acquises grâce aux différentes mesures présentées lundi par le gouvernement.
Cette hausse annoncée des prix tracasse l'Umih, principale organisation patronale de l'hôtellerie-restauration, à l'heure où « deux bistrots mettent chaque jour la clé sous la porte ». « La consommation de la bière chaque année dans nos établissements, c'est deux milliards de demis, c'est 4,5 millions d'hectolitres, c'est 25 % du chiffre d'affaires de nos établissements », affirme l'Umih. « C'est un mauvais coup porté à la profession après l'interdiction de fumer dans les bars et la loi Bachelot (qui interdit de vendre de l'alcool aux moins de 18 ans, ndlr). D'autant que la consommation de bière a baissé de 38 à 40 % en volume depuis une vingtaine d'années sur nos comptoirs », considère Michel Benezet.
Dans la région, les brasseurs disent eux aussi leur inquiétude. Surtout, ils ne comprennent pas, à l'image d'Annick Castelain pour la Ch'ti, pourquoi la boisson au houblon semble ainsi cristalliser toutes les taxes, à l'inverse du vin. La bière était déjà, avant cette surélévation, davantage taxée que le vin. Question de lobby paraît-il.
Enfin, cette décision gouvernementale ne semble pas faire l'unanimité au sein du Parti socialiste. Gilles Pargnaux, élu socialiste du Nord, ne comprend pas « que la bière soit taxée comme ça ». Pour lui, une taxe visant plus généralement tous les alcools serait plus judicieuse.
BÉRANGÈRE BARRET > berangere.barret@nordeclair.fr
OUI
Jérôme Cahuzac, ministre du Budget. « Le relèvement prévu des taxes sur la bière pourrait affecter
la consommation de bières françaises en encourageant l’achat à l’étranger, notamment dans les régions frontalières, a admis lundi le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac. Le ministre souligne
néanmoins que le droit d’accises sur la bière était en France " un des plus faibles en Europe : trois
centimes par hectolitre et par degré ". "Nous passons à huit, ce qui laisse la France parmi les pays ayant les droits d’accises les plus faibles. En Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, ces droits sont
beaucoup plus élevés que ce qu’ils seront en France si le Parlement vote la disposition que je
lui proposerai ", insiste-t-il. En outre, le choix s’est porté sur la bière plutôt que sur le vin " pour deux raisons principales" : "La première est qu’on a constaté une alcoolisation excessive, notamment de la jeunesse, plutôt avec la bière qu’avec le vin"» et la deuxième est le niveau relativement bas des taxes en France par rapport à d’autres pays européens. »
NON
Annick Castelain, présidente de la Brasserie Ch’ti. « La pression, on l’a déjà depuis de nombreuses années. La bière est déjà, parmi les boissons peu alcoolisées, très taxée. Pour une bouteille de 75 cl avec 6,5° d’alcool, la taxe sera de 13 cents. Elle sera de 2 cents pour du vin ou du champagne. Ce n’est pas juste. En France en 2012, 20 millions d’hectolitres de bière vendus ont rapporté 337 millions d’euros de taxes. 30 millions d’hectolitres de vins et champagne ont rapporté 120 millions d’euros de taxes... Et demain, on va encore doubler les taxes sur la bière ! C’est très gênant. Nous sommes une entreprise de petite taille, nous produisons avec des matières premières venant de la région... Nous devions faire des investissements lourds dans la brasserie, je crois que ça ne sera pas possible. Et, je le répète, c’est injuste. Cela est dû je pense au lobby de la bière qui est sans doute moins important que celui du vin. Alors que la bière est une boisson populaire, à portée de tous, peu alcoolisée comparée à certains vins. Dernière injustice : pour la bière, le taux de taxe est multiplié par les degrés d’alcool. Ce n’est pas le cas pour le vin. »







Réagir à l'article
Réagir avec mon compte