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Luc Dayan, plusieurs vies dans une même direction

Publié le 13/10/2012 - Mis à jour le 13/10/2012 à 05:34

Par Nord Eclair

Médecin de formation, Luc Dayan diagnostique désormais les maux des entités sportives, et tente d'y remédier.
Médecin de formation, Luc Dayan diagnostique désormais les maux des entités sportives, et tente d'y remédier.

Médecin, sportif émérite, consultant en image puis en marketing dans l'audiovisuel,
chef d'entreprise, président et actionnaire de divers clubs en difficulté ou non, en charge
du redressement économique du Racing Club de Lens depuis juillet dernier, et enfin bientôt producteur de cinéma pour rendre hommage à l'athlète Jesse Owens, héros des Jeux
de Munich... À 54 ans, Luc Dayan revient sur « la continuité » d'un parcours hors norme.
CÉLINE DEBETTE ET ARNAUD PAPIN (PHOTOS LUDOVIC MAILLARD) > region@nordeclair.fr

Pourquoi avoir débuté par médecine ?
 >> Mon père était médecin généraliste, j'ai donc suivi cette voie, et obtenu un certificat de médecine du sport. Car j'ai toujours été sportif. Je suis parti tôt de chez mes parents, et j'ai travaillé en donnant des cours de tennis. Le sport (football, tennis de table) a toujours fait partie de ma vie.

D'où vient cet attrait pour le sport ?
 >> On habitait à Fresnes, en banlieue parisienne. On était dehors de 16 h 30 à 20 h, et on avait toutes les infrastructures nécessaires. Honnêtement, j'étais assez doué.

Comment avez-vous intégré la « galaxie » Canal Plus ?
 >>  >> Tout est parti d'une caméra que je suis allé chercher aux États-Unis. C'était en 1983, quand j'ai ouvert mon cabinet à Paris. J'avais pas mal de patients qui souffraient de tennis elbow et je voulais trouver la cause. Ce matériel qui n'existait pas en France permettait de décomposer le mouvement. Avec l'appui de Kodak, j'ai créé la société AMR (Analyse de mouvements rapides). Je filmais sur les terrains de golf, de tennis, de foot. Les images d'un entraînement du PSG arrivent entre les mains de Charles Biétry, nouveau patron des sports de Canal Plus qui les trouve très bien. Canal avait aussi un magazine de golf, ces images étaient très adaptées à cette discipline. Les dirigeants de Canal m'ont dit : vous pouvez amener un sponsor. J'étais le premier à en amener un à Canal Plus. Et la chaîne m'a proposé un contrat.

Et le sport business alors ?
 >> J'ai vu l'arrivée de l'argent dans le sport, grâce ou à cause de Canal Plus.
J'ai vu les difficultés de Charles Biétry avec les dirigeants de foot. Je me suis dit qu'il faudrait monter un grand club omnisports, comme aux États-Unis, avec un média comme actionnaire. Je présente le projet à Charles Biétry qui me rétorque : « Pas question, le foot, c'est tous des voleurs, des escrocs, il ne faut pas que Canal entre dans le PSG ». Il me dresse le tableau de ce qui s'est passé ensuite. Le lendemain, il m'appelle, et il me dit : « On y va ».
Entre-temps, les dirigeants ont vu l'intérêt politique. Je me suis donc retrouvé au milieu de l'entrée de Canal Plus au PSG en 1991. J'ai créé WND Sport, du conseil pour structurer les ayants droit. Je me suis alors occupé du PSG omnisports.

Gère-t-on les dossiers de manière identique quel que soit le sport (basket-ball, billard, rugby à XIII...) ?
On aide les ayants droit à se structurer pour s'adapter à l'univers de l'acheminement des programmes. Ma passion, c'est d'aider les clubs à se structurer, à se protéger des dérives de la médiatisation. Il faut appliquer les mêmes techniques que celles des grands groupes pour générer des flux financiers. Chaque cas est différent, comme en médecine où chaque individu est différent. Vous avez appris une technique d'analyse, vous réalisez un diagnostic, vous prescrivez un traitement.

Vous êtes reconnu comme le redresseur des clubs en difficulté. En tirez-vous une fierté ?
 >> Pour moi, ce titre me donne le plus de plaisir. Quand je me retourne et que je vois le club de Nice qui marche, Saint-Étienne qui fonctionne... Je prends un vrai plaisir à voir des clubs, et ce que ça génère autour, exister alors qu'ils auraient pu ne pas exister. Avoir mis en marche une chaîne humaine, un projet d'entreprise qui éclôt, c'est un plaisir immense. Quand vous êtes médecin, le plus grand plaisir, c'est de ne pas avoir de gens à soigner et que les gens qui sont venus vous voir ne viennent plus vous voir. Pour moi, ça vaut plus cher que des millions d'euros sur un compte en banque.

N'est-ce pas frustrant de n'être qu'un homme de passage ? N'avez-vous pas envie de vous inscrire dans la durée ?
 >> On n'existe pas par rapport à la fonction qu'on occupe. C'est une erreur de cette société. On existe par rapport à ce qu'on est et ce qu'on fait, et non pas par sa position sociale. J'existe par rapport à mes amis, mes copains, ma famille, aux gens que j'ai rencontrés. Refaire la même chose indéfiniment, ce n'est pas ce qui me botte. En plus, j'ai pris un mauvais pli...

Président, actionnaire, associé, quel est le statut le plus confortable ?
 >> Aucun ne l'est. Je suis insatisfait par nature. La fonction de président, il n'y en qu'une que j'ai assumée longtemps, à l'Entente-Sannois-Saint-Gratien. Lille, je l'ai été pendant un an. Ce qui m'intéressait le plus, c'était l'entreprise sportive professionnelle qu'il fallait construire. À Strasbourg, Nantes, Lens, pour conduire ces missions, je devais prendre la présidence.

Que connaissiez-vous du Nord avant d'y mener vos missions ? Quelle est votre méthodologie pour comprendre un nouvel environnement ?

 >> Je n'y avais jamais mis les pieds ! Après, vous vous forgez une opinion. Enfin, surtout quand je suis parti. Je suis resté en relation avec certaines personnes rencontrées à Lille après mon départ du LOSC. Cela n'a pas été le cas partout. Quand le Crédit agricole Nord de France m'a appelé pour Lens, je ne pense pas que j'aurais accepté la mission si cela avait été une autre région de France. Quand je prends un dossier, j'essaie d'analyser l'histoire du club qui correspond à celle de la région. Ça permet d'éviter les fautes de casting.w

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