Info locale > Région

Le 115 avant l'hiver : l'enfer avant la « trêve »

Publié le 19/10/2012 - Mis à jour le 19/10/2012 à 05:34

Par Nord Eclair

| HÉBERGEMENT D'URGENCE |

La période hivernale pour le Samu social, ce sont des moyens et des places d'hébergement (ouvertes début ou mi-novembre) enplus. En attendant, la gestion d'appels désespérés se fait sur le fil...

Valériane et Samia se penchent sur le cas particulièrement désespéré d'une personne à la rue. Photos Hubert Van Maele
Valériane et Samia se penchent sur le cas particulièrement désespéré d'une personne à la rue. Photos Hubert Van Maele

On manque de places, on manque de moyens et, parallèlement, la misère de la rue s'accroît, inexorablement. On le sait. Mais quelques minutes passées au centre d'appels du 115 à Lambersart, là où les plus démunis, les « tombés dans la rue », les plus exclus du système appellent à l'aide, et la flagrance du désastre saute aux yeux.
« 115, bonjour ! » Il est 11 h, hier matin. « Votre nom, votre date de naissance ? » Jessica, casque et micro vissés au visage, répond aux appels. Comme Valériane. À leurs côtés, Samia, habituellement en maraude sur le terrain. « Malheureusement, je n'ai pas de place aujourd'hui. Essayez demain, peut-être... » Au même instant, du côté de Valériane : « Non, désolée, je ne peux pas vous aider... Combien d'enfants ? Vous voyez une assistante sociale ? » Pas besoin d'entendre la voix à l'autre bout du fil. Cassée à coup sûr par la vie passée du mauvais côté. De celles résonnant dans la cabine téléphonique d'où un appel au 115, un appel au secours, reste gratuit. Et à Lambersart où ils sont réceptionnés et répertoriés parallèlement à une gestion des places disponibles dans la métropole lilloise, toujours, ou presque, la même réponse négative. « Aujourd'hui, on a zéro place stable, zéro place d'urgence », balance Jessica, mi-résignée mi-combative, avant d'apprendre, trente minutes plus tard, qu'une place d'urgence vient de se libérer pour une semaine...

« Il faut tenir »


Reste à « choisir » qui en profitera parmi les quelque 400 appels qu'elle ou Valériane recevront dans la journée. Ce sera peut-être cet homme souffrant de problèmes psychiques en plus d'être à la rue et qui appelle régulièrement depuis 2006. Ou un autre.
Pour les femmes, cinq places sont réservées chaque soir. Mais chaque jour, une vingtaine appellent à l'aide. Alors ce sont les plus âgées, ou les plus jeunes, les femmes enceintes aussi qui passent en priorité. « Mercredi, une dame m'appelle, souffle Valériane. Enceinte de huit mois, elle dort dans la rue. J'ai réussi à lui trouver une solution jusqu'à la fin de la grossesse. » Elle sourit. Ce sont ces succès qui l'aident à tenir tous les refus qu'elle se voit obligée d'aligner tout au long de la journée. « Mais on n'arrive pas tout le temps à ça » , ajoute-t-elle rapidement.
« La situation est catastrophique, encore pire que lors de la période hivernale, intervient Samia. En ce moment, on n'a même pas une place par jour. » Voilà le paradoxe infernal : c'est en dehors de la période la plus sensible que les choses s'empirent. Car d'ici au 1 er ou au 15 novembre, selon la préfecture, quelque 900 places d'hébergement d'urgence devraient être ouvertes. Pas de quoi répondre à la totalité de la demande, mais tout de même des solutions supplémentaires à proposer aux désespérés. De quoi ajouter quelques « oui » dans les journées de Valériane et Jessica. En attendant, il faut tenir. C'est le message qu'elles passent à leurs innombrables interlocuteurs. Des gens qui, commençant à ressentir les premiers frimats mais aussi l'approche de cette fameuse période de places supplémentaires, multiplient les appels. Ils sont plus nombreux chaque jour (lire ci-contre).« Il faut tenir. »

BÉRANGÈRE BARRET > berangere.barret@nordeclair.fr

Réagir

Réagir à l'article

Réagir avec mon compte

Vos réactions | 2 réactions

Lire aussi

Des manifestations et deux TER sur trois ce mardi

Des manifestations et deux TER sur trois ce mardi dans la région

La journée nationale d'action lancée par la CGT, FO, la FSU et Solidaires pour protester contre l'accord interprofessionnel signé le 11 janvier par d'autres [...]

67 postes supprimés chez Macopharma L'entreprise de pharmaceutique, basée à Tourcoing, Neuville-en-Ferrain et Mouvaux, annonce un plan social.

67 postes supprimés chez Macopharma

 L'entreprise de pharmaceutique, basée à Tourcoing, Neuville-en-Ferrain et Mouvaux, annonce un plan social.

durisotti

Durisotti à Sallaumines : délibération du tribunal de commerce dans une semaine

Une centaine de salariés de l'équipementier Durisotti ont sorti ce matin banderoles et fumigènes devant le tribunal de commerce d'Arras, où se joue l'avenir de 109 d [...]

Fronde intersyndicale contre la fermeture de la crèche

Conseil général du Nord : fronde intersyndicale contre la fermeture de la crèche

Les six organisations syndicales du Département ont manifestéhier devant le comité technique paritaire, finalement boycotté :

eon

Déblocage de la centrale Eon d’Hornaing: la CGT va faire appel de la décision

Les salariés CGT de la centrale Eon d’Hornaing, assignés en justice par leur direction, vont faire appel de la décision du tribunal de grande instance de Douai (Nord) qui [...]