On manque de places, on manque de moyens et, parallèlement, la misère de la rue s'accroît, inexorablement. On le sait. Mais quelques minutes passées au centre d'appels du 115 à Lambersart, là où les plus démunis, les « tombés dans la rue », les plus exclus du système appellent à l'aide, et la flagrance du désastre saute aux yeux.
« 115, bonjour ! » Il est 11 h, hier matin. « Votre nom, votre date de naissance ? » Jessica, casque et micro vissés au visage, répond aux appels. Comme Valériane. À leurs côtés, Samia, habituellement en maraude sur le terrain. « Malheureusement, je n'ai pas de place aujourd'hui. Essayez demain, peut-être... » Au même instant, du côté de Valériane : « Non, désolée, je ne peux pas vous aider... Combien d'enfants ? Vous voyez une assistante sociale ? » Pas besoin d'entendre la voix à l'autre bout du fil. Cassée à coup sûr par la vie passée du mauvais côté. De celles résonnant dans la cabine téléphonique d'où un appel au 115, un appel au secours, reste gratuit. Et à Lambersart où ils sont réceptionnés et répertoriés parallèlement à une gestion des places disponibles dans la métropole lilloise, toujours, ou presque, la même réponse négative. « Aujourd'hui, on a zéro place stable, zéro place d'urgence », balance Jessica, mi-résignée mi-combative, avant d'apprendre, trente minutes plus tard, qu'une place d'urgence vient de se libérer pour une semaine...
« Il faut tenir »
Reste à « choisir » qui en profitera parmi les quelque 400 appels qu'elle ou Valériane recevront dans la journée. Ce sera peut-être cet homme souffrant de problèmes psychiques en plus d'être à la rue et qui appelle régulièrement depuis 2006. Ou un autre.
Pour les femmes, cinq places sont réservées chaque soir. Mais chaque jour, une vingtaine appellent à l'aide. Alors ce sont les plus âgées, ou les plus jeunes, les femmes enceintes aussi qui passent en priorité. « Mercredi, une dame m'appelle, souffle Valériane. Enceinte de huit mois, elle dort dans la rue. J'ai réussi à lui trouver une solution jusqu'à la fin de la grossesse. » Elle sourit. Ce sont ces succès qui l'aident à tenir tous les refus qu'elle se voit obligée d'aligner tout au long de la journée. « Mais on n'arrive pas tout le temps à ça » , ajoute-t-elle rapidement.
« La situation est catastrophique, encore pire que lors de la période hivernale, intervient Samia. En ce moment, on n'a même pas une place par jour. » Voilà le paradoxe infernal : c'est en dehors de la période la plus sensible que les choses s'empirent. Car d'ici au 1 er ou au 15 novembre, selon la préfecture, quelque 900 places d'hébergement d'urgence devraient être ouvertes. Pas de quoi répondre à la totalité de la demande, mais tout de même des solutions supplémentaires à proposer aux désespérés. De quoi ajouter quelques « oui » dans les journées de Valériane et Jessica. En attendant, il faut tenir. C'est le message qu'elles passent à leurs innombrables interlocuteurs. Des gens qui, commençant à ressentir les premiers frimats mais aussi l'approche de cette fameuse période de places supplémentaires, multiplient les appels. Ils sont plus nombreux chaque jour (lire ci-contre).« Il faut tenir. »
BÉRANGÈRE BARRET > berangere.barret@nordeclair.fr






Réagir à l'article
Réagir avec mon compte
Vos réactions | 2 réactions