Sur le parking, des petits groupes se forment après le boulot. Les salariés de La Redoute s'échangent les bruits de couloirs après l'annonce du Journal du Dimanche. La famille Pinault s'apprêterait à céder son pôle de distribution, comprenant la Fnac et La Redoute . « On s'échange ce qu'on a lu dans les journaux, il n'y a pas d'annonce en interne », explique une salariée.
Sur le site de la Martinoire, à Wattrelos, peu d'employés acceptent de parler à la presse, de peur d'être vus par les vigiles. « Si on veut être repris, c'est pas le moment de se faire remarquer », analyse Isabelle*. Elle accepte malgré tout de raconter un peu l'ambiance « de plus en plus froide ». Isabelle habite encore chez ses parents et n'a pas de crédit à rembourser, mais avec ses 1 100 E mensuels, elle s'inquiète malgré tout. « Si La Redoute est rachetée, peu importe par qui, on risque de perdre au moins les primes, et l'ancienneté. »
« À mon âge, j'ai vraiment
peur d'être licenciée »
Pour Patricia*, mère d'un enfant en bas âge, la situation est encore plus tendue. « Ça fait des années que ça dure mais là c'est concret. On n'a plus le droit aux vacances, aux arrêts maladie... Il n'y a aucune tolérance, ils veulent qu'on parte. » Ces dernières semaines, le site ferme de plus en plus souvent, en obligeant les salariés à « poser des jours » raconte aussi Patrice*, 56 ans, dont 30 à La Redoute. Pour lui, la direction veut « écumer » les jours de congés payés pour ne pas laisser « de dettes » au potentiel repreneur.
Véronique, elle, refuse de trop s'inquiéter. « Avant, on faisait 25 boîtes à l'heure, désormais 34, ça ne peut pas être pire » , raconte-elle, énervée et blasée. Malgré tout, avec trois enfants à élever et un mari également salarié de La Redoute à Tourcoing 3, elle craint la revente du pionnier de la vente à distance, en sursis depuis 2009.
Au siège de l'entreprise, rue Blanchemaille à Roubaix, l'ambiance n'est guère plus détendue. Marie*, la cinquantaine, s'inquiète du sort que le nouvel acquéreur réservera aux « anciens » : « J'ai 30 ans de Redoute, j'ai vraiment peur d'être licenciée. Qu'est-ce que je vais faire à mon âge ? » Francis*, lui, prend plus de distance avec l'annonce du JDD. « On le savait depuis longtemps... Reste les questions sur l'acheteur éventuel. » D'autres sont plus cyniques, à l'image de Fabian, 21 ans, en contrat de professionnalisation. La Redoute entreprise d'avenir ? Il y croit, mais comprend la logique de PPR. « Faut se mettre à leur place. L'entreprise ne va pas bien, c'est logique qu'ils s'en séparent. On vit dans un monde capitaliste où l'argent est roi. Il faut l'accepter. Après, on peut poser la question de la responsabilité des dirigeants. » Reste que peu osent parier sur le nom de l'éventuel repreneur. Certains citent le site de vente en ligne Amazon ou des « Chinois » tout en se défendant d'y croire. « Il n'y aurait que des fonds d'investissements sur le coup, et ceux là ne vont pas mettre de gants », regrette Jean-Claude Blanquart. Le délégué CFDT espère que François-Henri Pinault tiendra parole et ne bradera pas les emplois. Il compte aussi sur le site Internet, « le point fort de La Redoute », pour attirer un repreneur.
*Les prénoms ont été changés.
LUCIE TANNEAU ET GILLES MARCHAL > region@nordeclair.fr
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