Le président Jean-Michel Faure lui adresse la première question du procès, après avoir rappelé les grandes lignes de l'affaire : « Plaidez-vous coupable ou non coupable ? » Ahmed Assous, 65 ans, se dresse, massif dans son gros gilet de laine. Il se penche de son box et scrute le fond de la salle, cherchant le magistrat des yeux. Le président insiste : « Monsieur, c'est moi qu'il faut regarder ! » Et l'homme se retourne, candide : « Ah, je ne vous voyais pas. » Ahmed Assous finit par répondre : « Coupable ! » Étonnement du juge, puisque depuis le début de l'enquête, Ahmed Assous nie farouchement toute intention de tuer. « Coupable, mais c'était un accident. Je n'ai pas voulu tuer qui que ce soit ! »
« J'étais pris de panique »
Accident, donc. La version de l'ancien mineur, reconverti en mécanicien automobile, puis en chauffeur routier, le raconte. Assoupi dans son salon, en cet après-midi du lundi de Pâques 2009, il est réveillé par des « coups violents » sur sa porte. « Je croyais que j'allais être agressé, tué ou quoi, j'ai pris ma carabine, j'ai ouvert la porte, il m'a dit "tu as crevé mon pneu, je vais te crever". Finalement, il a reculé, j'ai baissé mon arme, mais il s'est approché et le coup est parti tout seul. J'ai eu tellement peur que j'arrivais pas à arrêter mes mains de trembler ! » Voici comment il explique la mort de Xavier Dubray, venu avec Audrey Verpoorte présenter ensemble à des cousins Cyprien, leur fils, né dix-sept jours plus tôt.
Et pour Audrey, il affirme avoir « tiré au jugé à l'extérieur de la maison ». « Je croyais qu'ils étaient cachés derrière, j'ai voulu leur faire peur », clame-t-il.
Sauf qu'Audrey a été touchée au visage. Le président Faure n'y résiste pas : « Un jeune couple est mort, on aimerait savoir ce qui s'est passé.
Les experts et les témoins peuvent se tromper mais ils contredisent votre version ! » Ahmed Assous ne s'en soucie pas. Il reste droit dans ses bottes, celles de l'homme droit, fils de harki, immigré en France pendant la guerre d'Algérie, à 13 ans, et qui a « bossé toute sa vie » pour se payer son coin de paradis : sa maison, son terrain de 2 500 m² et son verger. Son patron assure qu'Ahmed était un « employé modèle ». Seul échec : sa femme l'a quitté en 2007. Ahmed est fier de lui, et croit son voisinage « jaloux de la réussite de "l'Arabe". » Trois voisins racontent pourtant à la cour la terreur que leur inspirait l'irascible retraité. Les menaces de mort, le fusil et la batte de base-ball exhibés à la moindre contrariété. L'impossibilité de se garer devant chez lui sans récolter ses foudres. Ce que Xavier et Audrey ont fait, ce jour-là...
Ahmed, lui, balaie ces « mensonges » et dit ne pas connaître les voisins qui l'accablent. « Mais pourquoi vous accusent-ils, si c'est faux ? », s'agace l'avocat général Luc Frémiot, qui évoque « la multiplicité des témoignages similaires ». Ahmed : « Si on m'accuse, c'est parce qu'on voulait encore plus m'enfoncer. » Pure paranoïa et refus de se remettre en question, selon un psychologue. Un psychiatre vient de son côté expliquer que le fait que sa mère ait été égorgée sous ses yeux, en Algérie, a pu provoquer une panique lors de ce qu'il dit avoir vécu comme une agression.
Les parties civiles, elles, prennent leurs distances. « Nous on n'a pas de haine, on veut juste que la loi passe », confie la marraine de Xavier Dubray, qui brandit des photos du couple. L'une a été prise au repas de famille du lundi de Pâques. Juste après, Xavier et Audrey partaient pour Douchy avec leur petit Cyprien.
BRUNO RENOUL > bruno.renoul@nordeclair.fr





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