La leçon d'histoire de Michel Defrance

Publié le - Mis à jour le 29/09/2012 à 00:32

Nord Eclair

| LYCÉE BAUDELAIRE |
Michel Defrance a parlé durant deux heures devant une centaine d'élèves de 1re du lycée Baudelaire.
Michel Defrance a parlé durant deux heures devant une centaine d'élèves de 1re du lycée Baudelaire.

Il avait leur âge quand il est entré dans la Résistance. Hier, Michel Defrance est venu témoigner devant des élèves
du lycée Baudelaire. Une leçon d'histoire utile quand on vit une crise aussi grave que celle des années 1930.
YOUENN MARTIN > youenn.martin@nordeclair.fr
«On n'avait pas de mitrailleuse lourde, pas de bateau, pas d'avion. Pour trouver des armes, il fallait aller voler les commissariats. On n'avait que notre courage. » Et l'insouciance de l'âge sans doute. Quand il est entré dans la Résistance, en 1942, Michel Defrance avait tout juste 17 ans, le même âge que ses interlocuteurs d'hier, une centaine d'élèves de 1re du lycée Baudelaire. Les privations de liberté de l'occupant allemand lui étaient insoutenables. Il n'a pas hésité.
À l'époque déjà, ce qui lui tenait à coeur, c'était « d'alerter l'opinion publique ». « Ce n'était pas simple, dit-il. Mais il fallait convaincre que résister, c'était important pour la France. » Convaincre ceux qui attendaient passivement l'arrivée des Américains et des Anglais quand d'autres dénonçaient leurs voisins juifs ou résistants. « On n'imagine pas le nombre de lettres anonymes que les commissariats ont pu recevoir ! » glisse Michel Defrance.

Un message d'actualité
Soixante-dix ans plus tard, sa démarche est similaire. Il veut convaincre la jeune génération, pour que « ça ne revienne pas ».
« Il faut se demander pour quelles raisons la guerre a éclaté, dans quelles intentions elle a été menée, prévient l'octogénaire.
Le fascisme n'arrive pas par hasard. Hitler n'est pas venu au pouvoir tout seul. Si on ne comprend pas ça, ça pourra nous arriver à nous. » C'est ça, le message qu'il est venu délivrer hier aux lycéens, au-delà du côté épique de son récit, avec les trains attrapés en marche, les arrestations, les tentatives d'évasion sous le feu des SS, son camarade Maurice qui ne s'en est pas sorti... Il voudrait qu'ils retiennent ce qu'était le programme du Conseil national de la Résistance. « On a fait la guerre et on a rétabli la France. » Signe que le message est passé, cette question d'un lycéen sur l'entrée de députés néonazis au Parlement grec. Qu'en pense Michel Defrance ? «C'est un gros problème. On se dit que ça va passer, que ce n'est pas grave. Et puis on s'aperçoit que les idées ont réussi à percer. » Le résistant n'hésite pas à faire le parallèle aussi avec le score conséquent de Marine Le Pen en France. On compare souvent la crise de 2008 à celle de 1929. Les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets. Si, comme le faisait Raymond Aubrac, Michel Defrance sillonne les collèges et les lycées pour témoigner, c'est pour que les jeunes générations n'aient pas elles aussi à prendre les armes. Et n'aient pas à expliquer, 70 ans plus tard, combien d'hommes ils ont tués.w

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