La jeune fille, le 4 août dernier place de la Liberté à Roubaix, avait été interpellée alors qu'elle portait un voile lui couvrant entièrement la figure à l'exception des yeux. Elle refusait d'enlever son « niqab » et de présenter une pièce d'identité.
Lorsque les policiers ont voulu l'amener au commissariat, elle s'est agrippée au véhicule et s'est débattue en hurlant et en donnant des coups de pied et des coups de poing. Elle a également essayé de mordre et donné quelques coups de griffe à un des agents lors de sa palpation avant son placement en garde à vue.
Elle était poursuivie, hier, devant le tribunal correctionnel de Lille pour violences, rébellion, appel à l'émeute. Le président René Zanatta, ayant à juger de nombreux dossiers à juge unique, l'a attendue en vain.
On a même vu arriver une autre jeune femme, venue pour tout autre chose et portant un simple voile sur la tête, qui, effrayée, expliquait ne pas savoir pourquoi, sur les marches du palais, des dizaines d'appareils photos et de caméras la mitraillaient. Bref, vers 8 h 47, le président Zanatta prenait le dossier de Sarah B., 18 ans.
« Une jeune femme qui semble avoir du caractère », ne put s'empêcher de noter le président à la lecture des procès-verbaux.
Interpellation délicate
Les policiers roubaisiens racontent en effet tout au long de leur procédure à quel point l'interpellation a été délicate : la jeune femme s'accrochait aux parois du fourgon pour ne pas y monter, un attroupement d'une cinquantaine de personnes s'était formé, l'interpellée appelait la foule à la rescousse, la fouille par une policière au commissariat a été impossible tant la gardée à vue se débattait ! Etc. Bilan : cinq policiers outragés et parfois frappés, mais aucun n'avait été blessé.
« Je me suis débattue, je n'ai frappé personne volontairement », affirme la gardée à vue dans la procédure. Me Emmanuel Riglaire, qui se présente en tant que partie civile pour les cinq policiers, se désole de l'absence de la prévenue et d'un éventuel avocat en défense : « Je regrette que nous ne puissions avoir un débat contradictoire. Je voulais lui dire à quel point il s'agit simplement de respecter les lois de la République. Des porteurs de casques intégraux, d'écharpes ou de capuches cachant le visage auraient été traités de la même façon ». Me Riglaire demande l'euro symbolique. La procureure Laurie Leblond requiert 3 mois de sursis.
Mais le président Zanatta annonce 6 mois de sursis et 100 euros d'amende pour le niqab. Vers 12 h 30, Rachid Nekkaz, un responsable d'association, a voulu régler la facture au tribunal. Mais le bureau d'exécution des peines a refusé le réglement.
DIDIER SPECQ > didier.specq@nordeclair.fr

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