Les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais émettront, cette semaine, un avis recommandant la restriction de consommation de l'eau du robinet pour 544 communes (liste disponible sur le site www.ars.nordpasdecalais.sante.fr ou par téléphone au 03.60.01.92.62). Publics visés en priorité : les nourrissons et les femmes enceintes. Car la pollution révélée par l'étude de l'Agence régionale de santé (ARS) vise les ions perchlorates. Des résidus polluants liés semble-t-il - mais l'ARS reste prudente sur ce point - à la forte présence, dans notre région, de déchets de guerre contenant ce composant.
Or les ions perchlorates, s'ils ne sont pas classés comme cancérogènes, sont des perturbateurs thyroïdiens.
La thyroïde du bébé se développe dans le ventre de la mère dès le premier trimestre de grossesse, puis dans les six premiers mois de vie et permet un bon développement neurologique. D'où le public visé par l'arrêté préfectoral - femmes enceintes et nourrissons - qui devrait être relayé, outre les médias, par les compagnies des eaux et les médecins. Quelque 9 100 nourrissons et 4 800 femmes enceintes ou allaitantes sont concernés.
Une étude inédite en France
Ce type de pollution de l'eau aux perchlorates a d'abord été détecté par les Eaux du Nord sur le site de traitement de Flers-en-Escrebieux, il y a un peu plus d'un an. Le site a été temporairement fermé et l'ARS s'est penchée sur ce polluant, commandant une étude. Un comptage inédit en France et qui, jusqu'ici, ne s'était vu qu'aux États-Unis. Résultat : 544 communes de la région sont alimentées par des eaux contenant plus de 4 microgrammes d'ions perchlorates par litre, seuil d'alerte fixé par l'Anses (l'agence de sécurité sanitaire) qui considère qu'à ce taux, l'eau est impropre à la consommation pour les nourrissons. Des communes, notamment aux alentours de Lens et Arras, dépassent même les 15 microgrammes par litre, ce qui rend la consommation d'eau impropre pour les femmes enceintes également. Alain Guillard, directeur adjoint de l'ARS, admet que sur certaines communes, « un maximum de 60 microgrammes d'ions perchlorates par litre d'eau » a été détecté. « Mais en règle générale, on est entre 15 et 30. » « Nous allons voir avec les opérateurs comment nous pourrons baisser le taux d'ions perchlorates, précise Christian Choquet, préfet délégué à la défense. Cela se fera soit en traitant l'eau, soit en la diluant avec d'autres points de captation non pollués. » La procédure sera plus ou moins longue selon la méthode. « Certains distributeurs ont déjà lancé un traitement, annonce le préfet.
Mais cela peut prendre jusqu'à deux ou trois ans pour les traitements les plus longs. » En attendant, même si les effets néfastes et concrets n'ont pas été mis en relief et que nous sommes « dans le principe de précaution », il est fortement déconseillé au public visé de boire l'eau du robinet.
BÉRANGÈRE BARRET > berangere.barret@nordeclair.fr

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