Pourquoi cette enquête était-elle ouverte ? Cette enquête a été ouverte le 21 mai par le procureur de la République de Lille, Frédéric Fèvre. Les trois juges en charge de l'instruction de l'affaire avaient attiré son attention sur des éléments du dossier d'instruction, susceptibles d'être qualifiés de « viol en réunion ». Il s'agissait de propos tenus sur procès-verbal par une femme belge de 26 ans, surnommée Marion.
Que dit Marion dans le dossier ? Interrogée sur l'affaire en novembre et en décembre 2011, elle décrit à la PJ de Lille, puis aux policiers belges, une soirée qui s'est tenue en décembre 2010 à l'hôtel W de Washington. Il y a là Dominique Strauss-Kahn, le commissaire Lagarde, les entrepreneurs Fabrice Paszkowski et David Roquet, ainsi qu'Estelle, escort belge et mannequin. Marion affirme qu'alors qu'Estelle s'active avec un autre hôte, DSK lui impose une pratique sexuelle qu'elle refuse, pendant que David Roquet lui tient les mains. « J'ai refusé en lui disant non. Certes, je n'ai pas hurlé mais j'ai dit clairement que je ne voulais pas, à plusieurs reprises, à haute voix ». Mais Marion ne porte pas plainte.
« Si je n'avais pas été présente pour mon activité d'escort, cela ne me serait pas arrivé », se justifie-t-elle.
Que dit l'autre escort présente ? Sur PV, Estelle infirme partiellement : « Je voyais à sa tête que ça ne lui plaisait pas. J'ai dit à DSK d'arrêter. Je ne l'ai pas entendue dire non, si elle avait crié je serais intervenue. Mais il est possible que je ne l'aie pas entendue si elle ne l'a pas dit fort. » Le parquet ne pouvait que classer. L'enquête ouverte par le parquet est tombée sur un os. La police judiciaire a cherché à réauditionner Marion. Mais à deux reprises, celle-ci a séché la convocation de la PJ. Elle s'est d'abord dite prête à répondre à la police belge.
Finalement, le 17 août, Marion a écrit à la PJ qu'elle ne souhaitait pas porter plainte et qu'elle avait été « consentante ». D'après Le Monde, Marion y parle d'un « jeu sexuel », d'abord « refusé » puis « accepté sans contrainte ».
« À partir du moment où les témoins disent qu'il n'y a pas eu viol, et que l'intéressée elle-même dit la même chose, on ne peut que constater l'absence d'infraction », souligne le procureur de la République de Lille, Frédéric Fèvre, qui a donc classé l'enquête hier.
Comment expliquer ce rétropédalage ? Dans une interview au Point parue en mai, Marion explique ainsi ses déclarations de 2011 : « J'ai eu l'impression que les policiers m'avaient retourné la tête, ils ont tout fait pour me tirer les vers du nez. » Mais elle dit aussi ceci : « Toutes les filles qui se retrouvent à accuser DSK ont de gros problèmes. J'ai peur. » « Elle n'a pas envie d'avoir d'ennuis avec toute cette affaire, ce qu'elle a dit au départ aux policiers l'a dépassée », précise-t-on dans l'entourage de Marion. A-t-elle voulu se débarrasser d'un sparadrap ou est-elle allée trop loin dans ses déclarations initiales ? « Pour nous c'est du simple bon sens, on n'a jamais vu d'enquête sur des violences quand la « victime » elle-même ne s'en plaint pas ! », estime Me Richard Malka, un des avocats de DSK.
Un poids en moins pour M. Strauss-Kahn. Quoi qu'il en soit, l'absence de poursuites sur le terrain du viol est une bonne nouvelle pour Dominique Strauss-Kahn : personne ne pourra s'en prévaloir ni dans l'affaire du Sofitel, ni dans celle du Carlton. Mais sur le fond, l'affaire de proxénétisme demeure. La vraie bataille se joue à Douai, où les avocats de DSK ont contesté sa mise en examen la semaine dernière. Réponse le 28 novembre.
BRUNO RENOUL > bruno.renoul@nordeclair.fr
w

Réagir à l'article
Réagir avec mon compte