CÉLINE DEBETTE > celine.debette@nordeclair.fr
«On est blasé », souffle Daniel Amigo en s'enfonçant un peu plus dans le fauteuil de son salon.
L'ancien mineur, comme ses 16 autres camarades, pensait avoir enfin tourné la page le 11 mars 2011. Ce jour-là, la cour d'appel de Versailles leur avait, contre toute attente, donné raison en levant la prescription et, donc, en reconnaissant le caractère discriminatoire des licenciements dont ils ont fait l'objet en 1948 et 1952, comme 3 000 autres travailleurs du fond à travers la France, et en condamnant les Charbonnages de France à verser 30 000 euros à chacun.
Des dommages et intérêts que Daniel et sa femme n'ont pas attendu de dépenser. « On allait quand même pas les regarder moisir, sourit le couple. Alors, on a fait plaisir à la famille : aux enfants, aux petits-enfants... » Quoi qu'il en soit, selon Le Canard Enchaîné, le nouveau gouvernement a déclaré son intention de ne pas réclamer le remboursement de cette somme. « C'est un message politique très important car cela veut dire qu'il reconnaît l'injustice dont mes clients ont été victimes », relativise Me Boussard Verrechia, une des quatre avocates en charge du dossier. Une autre cour d'appel parisienne doit encore trancher sur la question.
Quoi qu'il en soit, Daniel n'est pas décidé à abandonner le combat. Question d'honneur. « À l'époque, on nous a traités comme des hors-la-loi » , s'emporte le retraité de 86 ans qui se souvient encore parfaitement de cette fameuse année 1948 comme si c'était hier. « On venait de remporter la bataille du charbon et pour tout remerciement, le ministre de l'Intérieur, Jules Moch, parle de nous enlever certains de nos avantages...
J'étais tous les jours sur le piquet de grève. » Face à cette levée de bouclier, l'État emploie les grands moyens et envoie CRS et armée pour inciter les gueules noires à retourner au fond. Les plus réfractaires ne sont pas épargnés : Charbonnages de France prononce leur licenciement. Daniel, lui, a même droit au passage par la case prison : 2 mois à Béthune puis 1 mois à Douai assorti de 6 000 francs d'amende.
Mais ce n'est pas tout. Les grévistes sont littéralement mis au ban de la société. « Les Houillères ont fait en sorte qu'on ne retrouve pas de travail, ce qui a contraint certains de mes anciens collègues à quitter la région. » Daniel, lui, a eu un peu de chance. Quelques mois plus tard, il est embauché à la coopérative centrale du pays des mineurs où il fera toute sa carrière. Il n'empêche que ce licenciement l'a privé de tous les avantages auxquels il avait droit en tant que mineur : le logement, le chauffage, la Sécurité sociale...
Un préjudice que compte bien faire réparer Norbert Gilmez avec l'aide et le soutien de Nicolas Bays, jeune député socialiste de Liévin. « Tout ce que je demande, c'est que la loi d'amnistie de 1981 soit appliquée pour nous comme elle l'a été dans toutes les branches nationalisées. Tant qu'on en est exclu, on continue d'être déshonoré », s'emporte l'ancien employé des Houillères de 91 ans. Un combat qu'il est décidé à mener jusqu'au bout.
w Un documentaire intitulé « L'honneur des gueules noires », réalisé par Jean-Luc Raynaud, retrace ce combat. Il sera diffusé le 24 novembre sur France 3 Nord - Pas-de-Calais et le 1e mai sur la chaîne nationale.

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