Patrick Desmet, secrétaire de la section Sud santé-sociaux, est formel : « Le trésorier payeur a annoncé qu'il n'était pas en mesure de garantir la paie du personnel en décembre. Octobre, ça passe, novembre, ça passe limite, mais décembre, ça ne passe pas. » Si catastrophique que cela, la situation du centre hospitalier de Roubaix ? Pascale Roubert, la directrice financière fraîchement arrivée, ne se souvient pas de tels propos lors du conseil de surveillance qui s'est tenu vendredi. Elle rassure : « Il n'y a pas de souci pour la paie de décembre. » Une différence d'interprétation ? Patrick Desmet reconnaît lui-même que les salaires seront très probablement versés « grâce à un emprunt ». Mais la phrase choc, prononcée ou pas dans ces termes, doit avoir un mérite à ses yeux et à ceux de la CGT : attirer l'attention des pouvoirs publics sur la situation de l'hôpital de Roubaix. « Le déficit va encore s'accroître alors qu'on vit déjà un plan de retour à l'équilibre drastique. Tellement drastique que ça ne tourne plus dans les services. » De fait, on a vu les mouvements d'humeur se multiplier, principalement en gériatrie.
Des équipements tout neufs
La situation est selon le responsable syndical d'autant plus paradoxale que le centre hospitalier de Roubaix a récemment inauguré des équipements de pointe et que le projet de nouvelle maternité est ressorti des cartons cette année.
L'explication ? L'investissement et le fonctionnement sont deux budgets totalement distincts, « étanches » selon la directrice financière.
Côté investissement, l'hôpital de Roubaix est un très bon élève : pas besoin d'emprunter, il s'autofinance. Mais côté fonctionnement, Pascale Roubert reconnaît que ce n'est pas glorieux : le déficit cumulé fin 2011 s'établit à 6,6 millions d'euros. Et selon les prévisions, il devrait s'alourdir de 2,6 millions en 2012. « L'augmentation des charges est plus conséquente que celle des produits », explique-t-elle.
Jusqu'alors, l'État, au travers de l'Agence régionale de santé, avait épongé. Mais sa générosité a atteint ses limites. Si l'hôpital est loin de la faillite, c'est grâce à des réserves de trésorerie. Mais ce n'est pas une solution durable.
Pour le coup, syndicats et direction sont d'accord sur un point : il reste des économies à trouver ailleurs que sur la masse salariale - sur les médicaments, les examens de laboratoire, la maintenance - sans nuire à la qualité des soins. Mais Pascale Roubert ajoute : « Le plan de retour à l'équilibre prévoit aussi une augmentation des activités. » Sur ce point, les représentants du personnel ne sont pas sur la même longueur d'onde. Pour eux, il faut revoir les règles de financement des hôpitaux, la fameuse tarification à l'acte (ou T2A). « Nous interpellons les pouvoirs publics, affirme Patrick Desmet. Le gouvernement Sarkozy a cassé l'outil. » Problème : dans son programme présidentiel, François Hollande n'a pas prévu de revenir sur la T2A.
YOUENN MARTIN > youenn.martin@nordeclair.fr

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