Hollande, ex-outsider, premier socialiste à l’Elysée depuis Mitterrand

Publié le - Mis à jour le 29/09/2012 à 00:02

AFP

| PRESIDENTIELLE |

François Hollande, élu dimanche septième président de la Ve République, le premier socialiste depuis François Mitterrand, a bâti son succès à la force du poignet, balayant par son travail et sa détermination une image d’outsider, d’homme de parti n’ayant jamais siégé au gouvernement.

Franois Hollande, vainqueur de la prsidentielle " la force du poignet"

« Une présidence modeste pour celui qui l’exerce et ambitieuse pour le pays » : c’est ainsi que celui qui dirigea 11 ans le PS a résumé sa conception de la fonction suprême.

Sa stature présidentielle, le successeur de François Mitterrand, dont il fut conseiller à l’Elysée, l’a forgée en se préparant à la fonction depuis plus de trois ans. Lui que Laurent Fabius traitait de «fraise des bois», qui était moqué pour son manque d’expérience gouvernementale, devient le premier chef de l’Etat de la Ve n’ayant jamais été ministre.

Sans précédent aussi : cet homme de 57 ans s’est présenté cinq ans après la mère de ses quatre enfants, sa compagne pendant près de 30 ans, Ségolène Royal. Un ingrédient de son succès, selon son ami Bernard Poignant, maire de Quimper: « Il est parti de très bas, il a conquis, il n’a pas hérité. Les Français veulent un conquérant à leur tête».

Comme ses prédécesseurs de Gaulle, Mitterrand, Chirac ou Sarkozy, Hollande a connu sa traversée du désert. En novembre 2008, au congrès de Reims, il quittait par la toute petite porte la direction d’un PS balkanisé jugé moribond par certains à gauche (un «cadavre à la renverse» dira le philosophe Bernard-Henri Lévy).

"Un homme normal"

Des mois hors des radars des sondages. Et puis le 16 octobre 2011, il remporte haut la main (56,57%) une primaire ouverte aux sympathisants de gauche, processus inédit en France, face notamment à son ex-compagne. Entre-temps, ce député et président du conseil général de la Corrèze, département rural et enclavé, a travaillé, lu, réfléchi. « C’est un laboureur », dit Poignant.

Il a aussi maigri d’une quinzaine de kilos, faisant oublier son sobriquet de «Flanby». Perdant en rondeurs, ce crack - ENA, HEC - a gagné en gravité. Dans son livre «Changer de destin», il cite Montaigne, «homme normal» qui «fit un livre unique», et veut être «un homme normal de la politique, à une responsabilité unique».

Normal, il l’est par son allure passe-partout: taille moyenne, visage plein, large front, calvitie croissante. Il a les habitudes de M. Tout le monde: marché le dimanche avec sa compagne Valérie Trierweiler dans son XVe arrondissement, aimant le foot, lecteur de L’Equipe.

"J'aime les gens"

Fidèle en amitié, de bonne humeur, charmant, il est connu pour ses mots d’esprit qui fusent. Il se dit incorrigible optimiste. «Vrai gentil», pour son ami Jean-Pierre Mignard. «Redoutable manoeuvrier», «apparatchik», ne sachant pas trancher, grincent ses détracteurs. Pendant la primaire, Martine Aubry l’avait taxé de «flou» et de «mou», étiquette pas facile à décoller.

Mais au fil d’une campagne électorale dessinée par lui seul, il a montré une détermination sans faille. Au Bourget, fin janvier, le pudique proclame: «J’aime les gens». Il l’a montré au fil des mois, serrant d’innombrables mains, se lançant dans la foule des meetings, radieux, au grand dam de sa sécurité.

Une phrase de Mitterrand l’habite : «Pour être aimé, il faut être aimable».

Que cache cette apparence lisse ? «Insaisissable», résume son fils aîné Thomas. Sa compagne dit: «Ce qu’on voit de lui est vrai. Il n’y a pas de Hollande caché». Son ami François Rebsamen le qualifie de «1.000% politique». Accro à l’actualité, il consulte frénétiquement dépêches et sites d’info sur son smartphone, même en déjeunant.

"Le meilleur de sa génération"

Né le 12 août 1954 à Rouen dans une «famille où l’on a toujours parlé politique», il est le fils d’un médecin ORL d’une droite dure, pro-Algérie française, et d’une assistante sociale à «l’âme généreuse».

Il franchit avec aisance les «étapes de la méritocratie française». A l’Ena, il intègre la fameuse «promotion Voltaire» dont il sort en 1980. Il y rencontre Ségolène Royal, pour une longue union rompue officiellement en 2007. Il a vécu de près la première victoire de la gauche, travaillant pour l’Elysée dès 1981. Son grand mentor est Jacques Delors, dont il partage les convictions social-démocrates. Autre figure tutélaire : Lionel Jospin, qui lui laisse le parti en entrant à Matignon en 1997.

A coup de synthèses et compromis, il mène le PS à de «grandes victoires locales», mais aussi deux échecs présidentiels: «tragédie» en 2002 avec Jospin évincé, frustration en 2007 avec la candidature puis la défaite de Royal.

Son adversaire Nicolas Sarkozy l’aurait traité de «nul», pour son ami Jean-Pierre Jouyet c’est «le meilleur de sa génération». «On l’a envoyé à l’Elysée. Il nous échappe. Il a été tellement à nous», regrette déjà un des ses amis.

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