Expulsé, Ahmed Ait Sali veut se battre

Publié le - Mis à jour le 29/09/2012 à 06:58

MORAD BELKADI > morad.belkadi@nordeclair.fr

| CENTRE-VILLE |

« Un complot ». Voilà comment Ahmed Ait Sali résume la fermeture de son hôtel de Namur, situé rue du Molinel. C'était le 15 mai dernier et le gérant se trouve désormais à la rue. Un comité de soutien a été fondé. Explications...

Ahmed Ait Sali g de 79 ans, est dsormais sans-abri.
Ahmed Ait Sali g de 79 ans, est dsormais sans-abri.

C'est un vieil homme de 79 ans, aidé de sa canne, qui a décidé de se battre. « Il aspire à mourir proprement, laver toutes les accusations qui pèsent sur lui », dégaine Abdelyazid Sadat, ami et membre du comité de soutien d'Ahmed Ait Sali. Ce gérant de l'hôtel de Namur, à l'entrée de la rue du Molinel, a une longue histoire riche en péripéties, qui a connu son point d'orgue le 15 mai avec l'évacuation et la fermeture de son établissement. Ahmed faisait l'objet d'une résiliation de bail dont un juge a ordonné l'exécution provisoire.
Il s'agit en fait d'un long conflit entre lui et les propriétaires de l'immeuble.
Tout a commencé en 1992 lorsque Ahmed a ouvert son hôtel dans cet immeuble dont la construction remonte à 1925. « Peu de temps après - on était en plein drame de Furiani, - de nouvelles normes sont apparues et on m'a demandé de m'y conformer dans les cinq ans à venir », raconte le gérant. Qui s'exécutera les années suivantes, sauf pour un conduit de fumée, à la charge du propriétaire, mais que ce dernier aurait refusé de remplacer.
Du coup, lors d'un contrôle en 1999, la fermeture de l'hôtel est prononcée. Il ne rouvrira qu'en avril 2001. Une fois de retour aux manettes, Ahmed exige de son proprio plus de 200 000 E de préjudice pour son chiffre d'affaire perdu. S'en suit un long combat judiciaire qui s'éternise, de référé en référé. Mais qui n'aboutit à rien.

Vente de l'immeuble

C'est dans ce contexte qu'en 2007, le propriétaire de l'immeuble met en vente les murs de l'hôtel. Une SCI se propose pour l'achat. « En ma qualité de locataire, j'avais la priorité sur l'achat », assure Ahmed. Il réclame donc un compromis de vente à son nom. Problème : une clause y aurait été ajoutée pour signifier que le vendeur ne saurait être inquiété des litiges liés à l'immeuble. En clair, Ahmed peut dire au revoir à l'obtention du préjudice. Une bataille est lancée, mais entre temps, la SCI décroche tout de même l'achat des murs. Ahmed conserve son fond de commerce, mais il est persuadé qu'on veut le mettre dehors. Ses chambres à bas prix, ne sont pas fréquentées par une clientèle distinguée.

Proxénétisme

La dernière charge va s'abattre en décembre 2007, lorsque l'hôtel est visé par une enquête de proxénétisme. S'y dérouleraient des passes de prostitués. Là encore, Ahmed crie au complot. « Il est vrai que les conditions de mise en route de l'enquête pénale posent questions » , explique Me Brochen, en charge de l'affaire à l'époque. Car c'est une prostituée du Vieux-Lille qui aurait confié à un policier qu'elle réalisait des passes dans cet établissement. Le policier se serait présenté à l'accueil avec la prostituée pour le vérifier. Si Ahmed clame son innocence, le tribunal l'a tout de même condamné en février 2008 à un an de prison dont six mois avec sursis, une amende et la fermeture de l'hôtel durant un an. Toutes les voies de recours ont été épuisées. À l'audience, l'avocat du gérant avait déclaré : « Il est hors de doute qu'on veut mettre la main sur l'hôtel de Namur ». Aujourd'hui, Ahmed a donc été expulsé et n'a toujours pas pu récupérer toutes ses affaires de son hôtel. Il a été évacué par six CRS au matin.
Puis conduit... en hôpital psychiatrique. Une décision surprenante comme l'a noté le docteur qui l'a pris en charge. « Les propos sont cohérents, adaptés. Ce patient ne présente aucun trouble psychiatrique », a-t-il écrit dans un courrier que nous avons pu consulter et où il souligne que l'admission n'est pas justifiée. Désormais sans-abri, Ahmed veut saisir la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Un comité de soutien a été fondé, w Nous ne sommes pas parvenus à joindre hier les propriétaires de l'immeuble.

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