C'est une ruche. Les abeilles ont différents profils. Près de 10 000 d'entre elles entrent les mains vides et en ressortent avec des sachets de marchandises. Ce sont des étudiants, de la clientèle de bureaux, des Parisiens pressés de reprendre le TGV avec un fromage made in Nord Pas-de-Calais ou un paquet de Bêtises de Cambrai.
Et puis il y a des abeilles, plus discrètes. Elles sont 348, mais bien plus actives. Plus matinales aussi. C'est elles qui permettent au Carrefour Euralille de fonctionner six jours sur sept, de 9 h à 22 h. Une véritable ruche, on vous dit.
On entend bourdonner dès 2 h le samedi matin, 3 h en semaine. Damien Monteiro, manager en boulangerie, aimerait tant que ses clients sachent que le pain vendu est frais. « C'est vrai qu'il y a des grandes enseignes qui fabriquent de moins en moins et nuisent à notre image, mais ici, on fabrique sur place ».
Charlotte sur la tête, on entre dans ce laboratoire où « viennoisiers », boulangers, pâtissiers et emballeurs élaborent quotidiennement 1500 baguettes, 300 croissants, plus de 1000 pains au chocolat. La boule bio est même « boulée » à la main. « C'est au boulanger d'en estimer le poids et de la bouler », nous précise le directeur du magasin, Lilian Gamé. Un peu plus loin, un pâtissier imperturbable achève son millefeuilles. « Chaque année, on participe au challenge du meilleur gâteau, dit Damien. Il y a deux ans, c'est Lille qui avait gagné ». Avec leur millefeuilles caramélisé aux noix, les 23 membres de l'équipe boulangerie-pâtisserie espèrent faire flancher le jury. Les clients savent-ils que tous ces gâteaux sont faits sur place ? « On leur dit mais les grandes enseignes n'ont pas toujours bonne presse... » Alors le directeur du magasin, fervent défenseur de la politique "citoyenne et responsable" mise en place par son enseigne, nous invite à rendre visite au poissonnier, Alex. « Avec l'engagement qualité Carrefour, on répond à un cahier des charges très strict pour garantir des bons produits » , nous vend le poissonnier, citant au passage les moules, crevettes, truites et saumons concernés.
Des consommateurs méfiants
Le groupe Carrefour, qui compte 412 000 salariés dans le monde, dont 115 000 en France, a vu son bénéfice net chuter de 14,3 % en 2011. « Agir responsable » est donc devenu indispensable à l'heure où les consommateurs sont de plus en plus méfiants. « Tous les jours, dès 5 h 30, on monte nos murs de glace, on pose notre aluminium pour protéger les produits, on nettoie et on installe poissons et crustacés. On passe nos commandes deux jours avant, tout passe par la centrale ». Les prix varient tous les jours, tout dépend de la météo. Contrairement au magasin de Calais ou de Monaco, l'enseigne travaille peu avec les pêcheurs de la côte. « Trop loin ». Seules les soles, harengs et dorades grises viennent d'Atlantique Nord-Est. « Par contre, on précise quand les produits sont élevés sans OGM ou quand ils sont issus de bateaux français via le sigle "pavillonfrance.fr" », explique le poissonnier qui nous glisse à l'oreille qu'un rayon sushis fabriqués sur place va ouvrir le 19 novembre. Une manière pour lui de nous confirmer que son poisson est frais, bien frais. Plusieurs allées plus loin, c'est Christelle, « conseillère de vente depuis 18 ans », qui vante la fraîcheur et la qualité de ses rayons charcuterie, traiteur et fromages. « On propose beaucoup de références régionales. Sur les 130 références en fromages, 30 sont de notre région. D'ailleurs, les produits du Nord fonctionnent bien car beaucoup de clients en ramènent via le TGV sur Paris, Londres ou Bruxelles. » On l'interroge sur le phénomène Bienvenue chez les Ch'tis : « ah oui, je confirme qu'on vend toujours autant de maroilles. Le phénomène ne s'est pas tassé ».
Au rayon fruits et légumes, les produits du Nord sont forcément moins nombreux. « On commande tous les jours au plus juste, quitte à être en rupture, dit Bruno, manager. Le but est de diminuer au maximum le temps de stockage dans notre magasin ». Les neuf employés - musclés - du rayon manipulent chacun près de 12 tonnes de marchandises chaque mois. Quand on vous disait que ce magasin tourne comme une ruche, les abeilles ouvrières ne chôment pas...
LAURIE MONIEZ > laurie.moniez@nordeclair.fr

Réagir à l'article
Réagir avec mon compte