La mort, très présente dans
les jeux vidéos,
reste pourtant un mystère pour les enfants. Les parents, déjà confrontés
à leur propre mort, ont souvent du mal
à trouver les mots pour en parler.
LUCIE TANNEAU > region@nordeclair.fr
«Maman, c'est quoi la mort ? » La question est souvent posée, au milieu d'un jeu, un peu par hasard, ou dans un moment de deuil vécu par la famille. Que l'enfant soit, ou non, à ce moment-là face à la perte d'un proche n'y change rien : il attend une réponse. Que les parents ont parfois du mal à apporter.
« Lily y a été confrontée l'année dernière, avec la mort de son papi », raconte Patricia. Elle avait trois ans mais nous ne lui avons pas caché, ça ne sert à rien de toute façon. Nous lui avons dit qu'elle pouvait continuer à lui parler, si elle le voulait, mais qu'elle ne le reverrait plus. » La fillette fait vite le lien avec son chien mort un an plus tôt. « Alors Papi et Gaïa sont ensemble » dit-elle.
« Il faut dire le mot "mort" »
Pour le psychiatre Alain Maout, qui reçoit beaucoup d'enfants dans son cabinet de Mons-en-Baroeul, les discussions autours de la mort doivent venir au moment où l'enfant lui-même s'en préoccupe. « Il faut expliquer que la mort n'est qu'un mot qui sert à donner une définition à la vie. » L'enfant prend conscience de la mort vers 4 ou 5 ans, selon le psychiatre. C'est aussi à cet âge que Blanche a commencé à poser des questions à ses parents. « Je me demandais si on pouvait parler entre le ciel et la terre », se souvient-elle, du haut de ses 7 ans. Mais la discussion a été facile dans sa famille, croyante et pratiquante. Anne, sa maman, raconte « un sujet familier, évoqué pendant la messe » . Les parents avouent que la religion fait de la mort une étape de la vie, et que le sujet était donc plus facile à aborder.
Olivier et Delphine, eux, ne sont pas croyants. Pourtant, le papa raconte des discussions « simples » avec Margot et Agathe.
« La mort fait partie de la vie. C'est naturel et nous en avons donc parlé naturellement. » Ils ont choisi par contre de ne pas emmener leur plus jeune fille à l'enterrement. Pour la psychologue Pascale Leroy, confrontée régulièrement aux questions des enfants, « il ne faut pas cacher la mort, ni la maladie, aux enfants, même aux bébés. » Pour elle, le rapport aux « événements de la vie » (naissance, maladie, mort, ndlr), a changé. « Avant, l'enfant y était confronté puisque beaucoup de gens mouraient chez eux. Aujourd'hui, la société fait qu'on ne les laisse plus participer à ces moments. Pourtant ils sont importants. » Pour trouver les mots, la spécialiste conseille surtout, « de ne pas tourner autours du pot ». Quand quelqu'un meurt, il ne faut surtout pas dire « il nous a quittés, il dort, ou il est parti », recense-t-elle. « Utiliser des mots comme ceux-là crée des angoisses chez l'enfant : il va, à chaque fois, s'inquiéter quand il verra son papa dormir sur le canapé ou quand sa maman partira faire un tour » .
Les discussions évoluent aussi avec l'âge de l'enfant. Les spécialistes conseillent d'ailleurs de parler de la mort au fur et à mesure qu'ils en éprouvent le besoin. Avec des mots simples, et justes.w
Comment parler de la mort à nos enfants ?
Par pour Nord Eclair, Publié le 01/11/2012 - Mis à jour le 01/11/2012 à 05:33
Par
| TOUSSAINT |
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