And the winner is... Roubaix ! Et ce n'est pas vraiment une surprise. Il y a deux ans, le Journal du Net avait attribué à l'ancienne capitale du textile le titre de ville la plus pauvre de France (ex-æquo avec Denain néanmoins). En toute logique, la Gazette des communes vient d'en faire la championne de la précarité (ex-æquo avec Saint-Pierre de la Réunion). Et dire que dans le même temps, le magazine Challenges attribue les deux premières places de son classement des familles les plus riches à deux familles roubaisiennes (celles de Bernard Arnault et les Mulliez)...
Certes, le bureau d'études Compas, à qui on doit ces nouveaux chiffres sur la précarité, se défend de vouloir établir un classement. Certes, il ne s'est pas borné à estimer la très grande misère. Mais le chiffre impressionne : à Roubaix, 46 % de la population serait précaire. Près d'un sur deux.
Interrogé par téléphone, le maire, Pierre Dubois, est tout d'abord soufflé : « J'avais coutume de dire, sans prendre appui sur une étude scientifique, qu'un tiers de la population vivait de minimas sociaux ou d'allocations au sens large. Le chiffre a pu être amplifié par la crise, mais là ...
C'est 10 points de plus ! » À vrai dire, l'étude inclut dans le pourcentage ceux qu'on appelle les travailleurs pauvres (lire encadré).
Loin derrière Lille et Tourcoing
Reste que les règles de calcul sont les mêmes pour toutes les villes analysées - les 100 plus grandes de France - et que l'écart est énorme avec les plus aisées (Versailles affiche un taux de 7 %) et même avec Villeneuve d'Ascq (19 %), Lille (27 %) et Tourcoing (28 %). Forcément, ça pose question.
Pourquoi y a-t-il plus de pauvres à Roubaix qu'ailleurs ?
On passera sur les commentaires idiots postés sur les forums Internet qui accusent les Roubaisiens d'être des fainéants. Au contraire, la ville paye plutôt son passé laborieux. Tout a commencé à dérailler quand l'industrie textile, en plein essor au XIXe siècle, s'est effondrée. Toute la population ouvrière qui s'y était fixée s'est retrouvée au chômage, presque du jour au lendemain. Entre temps, on avait construit des courées, des petites maisons ouvrières et des logements HLM.
Or c'est cet habitat qui fait venir aujourd'hui à Roubaix une population plus fragile. Une récente étude menée par un chercheur, Yoann Miot, sur les parcours résidentiels, montre qu'entre 2003 et 2008, 42 % des habitants ont changé. Si 40 % des petits nouveaux achètent ici leur première maison et disposent donc de revenus confortables, 20 % arrivent dans les logements sociaux et 40 % louent dans le parc privé, « le parc de tous les dangers » , selon l'expression de Pierre Dubois. C'est là que l'on trouve les taudis loués par les marchands de sommeil. Dans le même temps, 45 % des gens qui quittent la ville le font parce qu'ils ont réussi à mieux gagner leur vie, peuvent s'offrir une maison et préfèrent trouver leur bonheur ailleurs.
Même si les élus voudraient « tordre le cou aux idées reçues », il n'est pas faux de dire qu'on arrive à Roubaix quand ça va mal et qu'on repart dès qu'on va mieux. En général.
La ville est-elle partie pour être au top des classements sur la pauvreté inexorablement chaque année ? Les élus au pouvoir (PS et MoDem) misent sur le cadre et les services pour tenter de retenir les classes moyennes. Des espaces verts, des écoles, des crèches, de la culture, des efforts de propreté (pas toujours visibles)... Une politique mise en place depuis plus d'une décennie et qui peine à donner des effets. Mais Roubaix part de vraiment loin.







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