Ils sont virulents. Ils ont peur. Certains même se disent « prêts à tout, y compris à bloquer le chantier tous les jours », pour empêcher que des Roms s'installent en face de chez eux. Hier matin, une quinzaine de riverains a bloqué le démarrage d'un chantier, dans le parc de la rue Corneille, à Mons-en-Baroeul. C'est le garagiste qui, le premier, a réagi : « J'ai vu vers 8 h qu'ils installaient devant le parc des panneaux d'interdiction de stationner. Alors j'y ai garé plusieurs de mes voitures. » Les autres voisins, riverains ou commerçants, ont suivi le mouvement. Impossible alors pour les ouvriers d'entamer les travaux de terrassement souhaités par la communauté urbaine : « On était censés gratter la terre, faire une grosse butte de terre pour que les Roms ne puissent pas s'étendre, et mettre du caillou pour que la zone soit propre », raconte un responsable de la société de travaux publics GDTP.
Rapidement, une discussion s'engage entre les riverains et une employée de la direction de l'urbanisme d'Hellemmes. Dialogue de sourds. « Le projet n'existe pas à proprement dit pour l'instant, explique tant bien que mal la jeune femme. Nous réalisons des travaux de terrassement, mais le projet de village d'insertion n'est pas validé... » Alors quoi, répliquent les riverains, « vous faites des travaux mais le projet n'existe pas ? Faut arrêter de nous prendre pour des idiots ! » « Et nous, dans cette affaire, on n'a même pas notre mot à dire ? » Plusieurs commerçants ont fermé leur enseigne pour faire barrage au chantier. Un riverain déclare même qu'il n'est pas allé au travail, « parce qu'il faut empêcher ça ».
Vers 10 h 30, la conversation se fait plus agressive. Et les « Roms » en général en prennent pour leur grade : « Ils sont là en train d'agresser les gens au feu rouge, de voler dans nos caddies... Le maire, il a qu'à les prendre dans son jardin ! »
Décontenancée, la représentante de l'urbanisme s'éclipse pour téléphoner à sa direction. Quand elle réapparaît, c'est pour proposer aux riverains d'être reçus en mairie, pour discuter. Ils refusent : « On ne veut pas que les travaux commencent ! On reste là ! » Finalement, un autre coup de fil est passé. On trouve une solution : le directeur général des services (DGS) d'Hellemmes, Jacques Billet, se déplacera lui-même à la rencontre des mécontents. Il est attendu de pied ferme. Vers 11 h, voilà qu'il débarque, accompagné de sa future remplaçante - il prend sa retraite dans moins d'un mois - et, calme, souriant, propose aux riverains de se mettre dans une salle du centre G. Engrand, juste à côté du parc, pour discuter plus tranquillement. Ces derniers acceptent.
« Moi, je les aime pas »
La conversation cette fois semble mieux engagée. On commence, sur l'invitation du DGS, par se présenter. « Je suis propriétaire dans la rue Corneille ». « Moi je suis opticien, j'ai repris une enseigne face au parc, il y a cinq ans, je m'accroche pour le redynamiser, et j'ai reçu un coup de massue en apprenant qu'il y aurait cette balafre dans le quartier. » Jacques Billet a face à lui une dizaine de commerçants et riverains, de Mons et d'Hellemmes (la rue Corneille sépare en effet les deux communes, et le parc qui doit servir à un village d'insertion est situé sur le territoire d'Hellemmes). « Qu'est-ce qui vous préoccupe ? », demande-t-il. C'est à partir de là que la discussion dérape, à nouveau. On répond d'abord « la sécurité », puis les propos s'enveniment : « Moi, je les aime pas (les Roms, ndlr) » , lance une habitante. Tous les clichés y passent : les Roms seraient tous sales, incivilisés, voleurs, agresseurs, criminels ! La totale.
Les Roms vont causer tous les malheurs imaginables : faire fuir les clients, entraîner la dévaluation des habitations, « bousiller » le quartier...
Finalement, l'arrivée du chef de cabinet de Rudy Elegeest, maire de Mons-en-Baroeul, calme un peu les esprits : ce dernier annonce qu'une réunion aura lieu dans l'après-midi en mairie de Mons, entre communes et institutions, « pour laver notre linge sale ». Parce qu'assurément, « l'information n'a pas circulé correctement », selon les représentants de Mons... Jacques Billet, lui, précise qu'en attendant, le chantier est « suspendu ». De toute façon, s'il n'avait pas annoncé cette suspension, les riverains n'auraient pas lâché l'affaire...
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