«Je n'arriverai pas à subir une carte scolaire, ni à devenir TZR (Titulaire sur zone de remplacement, ndlr).
» Ces quelques mots, extraits d'un e-mail destiné à un collègue, Marielle Croquefer ne les a finalement jamais envoyés. Le message a, en effet, été découvert dans les brouillons de son ordinateur par sa soeur, quelques jours après le drame. Un drame qui s'est noué le 15 octobre dernier, date à laquelle était également archivé le courrier électronique.
L'enseignante de 48 ans en secrétariat et bureautique au lycée professionnel André-Malraux de Béthune et maman d'un garçon de 14 ans a décidé, ce soir-là, de mettre fin à ses jours à son domicile. Après avoir passé une semaine dans le coma, elle est décédée dimanche à l'hôpital Calmette de Lille.
Pour Action et Démocratie, son geste est clairement lié « à la dégradation des conditions de travail dans l'Éducation nationale ». Le syndicat d'enseignants en veut pour preuve le fameux e-mail dans lequel elle fait part des pressions de son métier. « Elle explique qu'elle est dans une situation déplorable avec un emploi du temps comportant des journées épuisantes avec des classes surchargées, détaille Sylvie Vinsard, secrétaire académique et nationale d'Action et Démocratie. Et surtout qu'elle craint de voir son poste supprimé à la prochaine rentrée et d'être par conséquent affectée ailleurs. » Une expérience que Marielle Croquefer redoutait d'autant plus qu'elle l'avait déjà vécue autrefois.
« Pendant neuf ans, elle a été contrainte, en tant que TZR, de faire des allers-retours entre Liévin où elle habitait et l'agglomération lilloise, plus précisément sur Roubaix-Tourcoing où elle avait ses classes. Ça a été une période douloureuse qu'elle ne voulait pas connaître à nouveau, expliquant qu'elle a la phobie des embouteillages. » Aux yeux de Sylvie Vinsard, ce drame humain est « révélateur du malaise et du mal-être de nombreux TZR » et la « conséquence de la politique menée par le gouvernement précédent et du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux ». Des mesures qui, l'an dernier, ont conduit à la suppression, dans l'académie de Lille, de 503 postes de professeurs en lycée professionnel sur 589 dans le second degré. Et l'avenir ne s'annonce pas beaucoup plus radieux.
Car même si François Hollande a déclaré vouloir faire de l'Éducation nationale une grande cause, « la priorité est avant tout donnée au premier degré », déplore la représentante syndicale qui a adressé, dimanche, une lettre au rectorat de Lille. Elle y fait part de ce contexte difficile qui, selon elle, aurait amené Marielle Croquefer à commettre l'irréparable. Sous le choc de la nouvelle dont il n'a eu connaissance qu'au cours de la journée d'hier, ce dernier a fait savoir qu'il adressait toutes ses condoléances à la famille et qu'il était en train d'essayer de comprendre ce qui s'est passé.
CÉLINE DEBETTE > celine.debette@nordeclair.fr

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