«Je suis très satisfaite que les jurés aient eu le courage d'aller jusqu'au bout du raisonnement » sur le déni, a déclaré Me Camille Coulon, avocate de la défense, très émue. L'avocat général avait requis six ans de prison contre l'accusée, Patricia, 41 ans jugée pour tentative d'homicide volontaire sur mineur de moins de 15 ans (nos précédentes éditions). La stratégie de la défense a été de démontrer que l'accouchement s'était fait dans le déni. Tout au long des débats, l'accusée a maintenu qu'elle « ignorait » son état de grossesse, malgré des rapports sexuels avec un voisin identifié comme le père de l'enfant. L'accusée a été présentée comme d'intelligence « moyenne » mais « sans décrochage avec la réalité » et responsable pénalement.
Un contexte de panique
L'enjeu du procès consistait donc à déterminer si une femme peut accoucher sans s'en rendre compte, malgré la réalité physique, souvent violente, d'un accouchement. « La réaction naturelle va être de dire "c'est pas possible ! Quand on est enceinte, on le sent ! Quand on accouche, on le sent !" », a résumé la défense, qui a tenté de démontrer que les manifestations physiques de la grossesse et de l'accouchement n'étaient pas incompatibles avec un déni. Enfance « carencée », profil « immature et angoissé » : « Tous les éléments du déni paraissent réunis », a estimé Cathy Lorenzo-Regremy, psychologue spécialisée, qui avait notamment expertisé Véronique Courjault dans l'affaire dite des « bébés congelés ». Pour ces experts, le déni explique le refus de l'accusée de croire les assistantes sociales lui affirmant qu'elle était enceinte, son sentiment qu'elle souffrait d'un cancer et sa réaction le jour de l'accouchement. La douleur de l'enfantement n'a pas forcément provoqué une prise de conscience car elle a été vécue dans un contexte de « panique, d'effroi, de sidération », selon Ameziane Ait-Menguellet, psychiatre. Pour Mme Lorenzo-Regremy, le déni a pu aller jusqu'à inclure la rupture du cordon ombilical, point épineux du dossier. « Ce qui est difficile dans ce dossier, c'est qu'on est terrifié de voir ce que l'inconscient peut engendrer. C'est de nous dire que ça peut arriver à tout le monde », a plaidé Me Coulon.




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