Après Mauroy en 1981, Aubry à Matignon ?

Publié le - Mis à jour le 28/09/2012 à 17:52

Nord Eclair

| ÉLYSÉE 2012 |
Dimanche matin, devant leur bureau de vote lillois. Photo Hubert Van Maele
Dimanche matin, devant leur bureau de vote lillois. Photo Hubert Van Maele

Dans le gouvernement paritaire qu'il a annoncé, on voit mal François Hollande se passer de Martine Aubry. Et inversement.
Mais pas forcément comme Premier ministre. Quoique...
FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Elle est disponible. En annonçant dès avant le premier tour (notre édition du 14 avril) qu'elle ne briguerait pas un nouveau mandat à la tête du Parti socialiste, Martine Aubry a dégagé le terrain. À 61 ans, la fille de Jacques Delors a beau répéter à l'envi que Lille la comble, on la voit mal se replier sous son seul beffroi. Elle n'est pas députée et ne le sera pas en juin. Quittant les rênes d'un PS qu'elle a remis en ordre de marche et soldant une campagne victorieuse où elle a évité tout couac malgré les relations difficiles qu'on lui prêtait avec François Hollande, Martine Aubry a beau aimer sa ville, elle ne peut lui suffire. Ministre donc ? Voire Premier ministre ?
La dauphine de Pierre Mauroy poussera-t-elle le mimétisme avec celui qui l'a appelée à Lille jusqu'à s'installer à Matignon à son tour, dans cette première partie de quinquennat très symbolique pour le nouveau Président ? François Mitterrand, en 1981, en choisissant Pierre Mauroy, avait appelé auprès de lui celui qui avait le plus de poids politique. Dans un gouvernement marqué à gauche et qui intégrait des ministres communistes, c'était une évidence pour l'homme de l'Union de la gauche. Au lendemain d'une victoire pas si confortable que cela pour un François Hollande qui ne mènera pas la campagne des législatives, Martine Aubry présente de solides atouts. « Le Premier ministre qui sera nommé a vocation, pour un mois, à être le chef de la majorité présidentielle pour mener la campagne des législatives », rappelle Pierre Mathiot, le directeur de Sciences Po Lille, pour qui les « bonnes relations de Martine Aubry avec les Verts et sa réputation d'ancrage à gauche propre à rassurer du côté du Front de gauche sont des atouts pour le scrutin de juin ». Sur ce terrain-là, Martine Aubry tient la corde face à un Jean-Marc Ayrault qui manque de couleurs. L'ancienne numéro deux du gouvernement Jospin dont le nom reste attaché à des réformes très emblématiques à gauche (les 35 heures, la CMU...) n'a pas à faire la preuve de son expérience ministérielle. Elle aurait également les sondages pour elle. Dès dimanche soir, des enquêtes d'opinion la plaçaient en tête des personnalités que les électeurs de gauche souhaitent comme Premier ministre. Habituellement si prompte à rembarrer ceux qui veulent la forcer à se prononcer sur ses choix avec le timing qu'elle s'est fixé, Martine Aubry l'a joué beaucoup plus relax. Depuis quelques semaines, son entourage bruisse évidemment de confidences. La maire de Lille, à sa manière tranchée, jurerait que « c'est Matignon ou rien ». Dans le clan « hollandais », on glisse que « Martine peut négocier tout ce qu'elle veut avec Hollande mais le poste de Premier ministre, lui, ne sera pas négociable. Il sera étanche à toute pression là-dessus ». Au fond, c'est le choix fondamental du profil que cherche François Hollande qui déterminera la suite. « Soit il veut un ministre "à sa main", appartenant au premier cercle, quelqu'un qui exécutera les consignes, le protégera et assumera les responsabilités, note Pierre Mathiot, soit, pour des raisons plus tactiques politiquement, il n'opte pas forcément pour un fidèle parmi les fidèles. Un Premier ministre plus concurrentiel, plus politique ».
Et un choix qui renvoie aussi au style de présidence que François Hollande voudra imposer. Plus Ve République et, là, Martine Aubry ne fait plus figure de favorite face à un Jean-Marc Ayrault. Plus présidence modernisée et rénovée avec un Premier ministre au rôle politique davantage affirmé et là, Martine Aubry revient dans le jeu. Reste qu'il n'y a pas que Matignon dans la vie. En ouvrant la perspective d'un grand ministère consacré à la jeunesse, l'éducation et la culture qui, au vu des promesses de campagne, devrait être doté de moyens, François Hollande pourrait offrir à Martine Aubry l'espace pour donner sa mesure. Et pour celle qui ne peut se permettre de disparaître des écrans radars parisiens, le défi aurait de l'allure. Manière aussi de s'assurer la suite pour le Président car, comme le glisse amusé un bon connaisseur des moeurs socialistes, « il vaut mieux pour Hollande avoir Aubry au gouvernement qu'à l'extérieur ». w Lire également pages 40 à 45.

Réagir à l'article

Réagir avec son profil Connect

* Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. La Voix du Nord Multimédia se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises, qui n'engagent que leurs auteurs.

Vos réactions 0

Réagir

Les articles les plus…