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Amiante : Martine Aubry convoquée par la juge qui instruit le dossier

Publié le 09/10/2012 - Mis à jour le 09/10/2012 à 05:34

Par Nord Eclair

| AMIANTE |

Elle l'est au titre de ses fonctions de directrice des relations du travail de 1984 à 1987au ministère. La juge Bertella-Geffroy enquête sur l'action (ou l'inaction) des pouvoirs publics. 

C'est en tant qu'ancienne haut fonctionnaire au ministère du Travail que Martine Aubry sera entendue par la juge Bertella-Geffroy. Photo L. Maillard
C'est en tant qu'ancienne haut fonctionnaire au ministère du Travail que Martine Aubry sera entendue par la juge Bertella-Geffroy. Photo L. Maillard


De toutes les questions que pose le drame de l'amiante, c'est une des plus graves : qu'ont fait - ou que n'ont pas fait - les pouvoirs publics pour protéger ceux qui travaillaient dans les usines utilisant de l'amiante et ceux vivant ou travaillant dans les bâtiments qui en étaient truffés ? C'est au titre de ses responsabilités en tant que directrice des relations du travail de 1984 à 1987 au ministère que Martine Aubry est convoquée par la juge Bertella-Geffroy en charge de ce dossier tentaculaire.
L'audition de Martine Aubry peut, théoriquement, déboucher sur une mise en examen. Plusieurs hauts fonctionnaires des ministères de la Santé et de l'Industrie dans les années 70 à 90 ont déjà été entendus par l'opiniâtre juge d'instruction. C'est donc au tour de la maire de Lille qui, selon son entourage, « apportera évidemment tout son concours à l'enquête judiciaire, comme elle l'a fait lors de ses auditions par les missions d'information du Sénat et de l'Assemblée nationale ».
On ajoute qu'« elle souhaite que la justice comprenne ce qui s'est passé pour les victimes et leurs familles, et pour éviter qu'une telle tragédie se reproduise à l'avenir ». Cette question des responsabilités et de l'incroyable lenteur avec laquelle les pouvoirs publics ont fini par réagir est un des chevaux de bataille des associations de défense des victimes de l'amiante qui n'ont de cesse de se battre pour qu'enfin un procès pénal fasse la lumière sur la mécanique perverse qui a abouti au drame qu'on sait. Les experts estiment que, d'ici à 2025, l'amiante aura provoqué 100 000 décès.
Verrouillés par des lobbies pro-amiante, parfaitement organisés par les industriels du secteur, les pouvoirs publics ont attendu 1977 pour sortir le premier décret réglementant l'usage de l'amiante et son interdiction définitive ne date que de 1997 alors que, dès le début du siècle, des médecins avaient alerté sur le risque cancérigène de cette fibre tellement fine qu'elle s'introduit profondément dans les poumons pour mieux les détruire. Silencieusement, lentement, mais sûrement. Dans les années 50 encore, de nombreuses publications médicales insistaient sur le danger, sans équivoque aucune, du « minerai magique », un isolant « formidable » et bon marché, présentant une remarquable résistance à la chaleur. Parmi les différents types de produits à base de ce matériau mortel, l'amiante-ciment sera ainsi très largement utilisée dans le second oeuvre à partir de la fin des années 60, en faisant un des matériaux de couverture les plus utilisés au monde. Interdit en Europe, il continue d'ailleurs d'être fabriqué et utilisé, notamment dans les pays en voie de développement qui l'achètent à des sociétés occidentales, canadiennes notamment...
Les sénateurs qui, en 2005, ont sorti un rapport d'enquête au vitriol, ont consacré un large chapitre à la manière dont l'État a été « anesthésié » par les industriels de l'amiante via le CPA (le comité permanent amiante) qui s'est progressivement attribué le monopole de l'expertise sur l'amiante alors qu'il était drivé par les industriels eux-mêmes ! Le CPA avait même réussi à convaincre des scientifiques de se joindre à ses travaux et, ce faisant, de lui fournir une caution scientifique incontestable. Et ainsi instaurer le mythe de « l'usage contrôlé » de l'amiante comme étant sans danger. On connaît la suite.

Un cas d'école tragique


Des ouvriers des chantiers navals (gros consommateurs d'amiante dans les années d'après-guerre et jusqu'à son interdiction) et de bien d'autres industries chez qui les médecins découvrent des plaques au niveau des poumons, signe précurseur de cancers entraînant la mort dans d'atroces souffrances.
Des maladies qui se déclarent parfois très longtemps après l'exposition. Des malades qui ont toutes les difficultés possibles et imaginables pour faire reconnaître leur exposition au produit mortel. Des indemnisations difficiles à obtenir... Un cas d'école tragique de tout ce qu'il faut éviter. D'où les questions que pose la juge Bertella-Geffroy et auxquelles Martine Aubry, comme d'autres responsables dans ces années-là, va devoir répondre.

FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr

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