Affaire Clélia : vingt ans de prison pour Julien Sailly

Publié le - Mis à jour le 28/09/2012 à 22:43

BRUNO RENOUL > bruno.renoul@nordeclair.fr

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ASSISES DU NORD

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Rien n'y a fait. Julien Sailly a nié jusqu'au bout. Ses avocats l'ont défendu avec ardeur. Mais après trois heuresde délibéré, il a été jugé coupable du meurtre de Clélia Médina. Il a fait appel dès hier.

Les jurs ont mis trois heures pour condamner Julien Sailly.Ph. L. Maillard

À l'énonce du verdict, Julien Sailly passe la tête à travers la vitre de son box et s'adresse illico à sa famille : « Tenez bon, ne pleurez pas, on a la conscience tranquille, on s'en sortira ! » Tant de force impressionne. Dans la salle, abattus, les proches de Julien restent dignes. Ses avocats ont annoncé dès hier qu'ils avaient fait appel.
Du côté de la famille de Clélia, on respire. « Cela ne me rendra pas ma fille, c'est sûr, mais je suis soulagée », confie sa mère, Carole Salomé. « Il n'existe aucune chimiothérapie pour le cancer de douleur qui les ronge », avait plaidé plus tôt dans la journée M e Blandine Lejeune, avocate des parties civiles, qui a énuméré un à un les indices montrant qu'il aurait fallu un hasard incroyable pour que quelqu'un d'autre ait tué Clélia Médina. À commencer par ce fameux cric, très probable arme du crime.

« C'est fâcheux, quel hasard que ce cric soit un cric de Twingo, et que justement, la Twingo de Julien n'ait plus de cric ! », scande-t-elle. Elle insiste. « C'est fâcheux, qu'ils soient ensemble avant la mort de Clélia, fâcheux qu'il y ait entre eux une dispute d'une rare violence, fâcheux qu'on trouve du sang de Clélia sur sa chaussure ! » Regardant tour à tour les jurés et les proches de Clélia, elle affirme que celle-ci a « joué de malchance » si Julien est innocent.

« Elle aurait croisé, après que Julien l'eut déposée, un grand méchant loup qui a un cric de Twingo, qui la tue mais ne touche pas son joli corps ? » Blandine Lejeune a sa réponse. Pour elle, Julien l'a étranglée, l'a cru morte. Et lorsque la malheureuse a émergé de son inconscience, « il était déjà allé trop loin, et l'a achevée à coups de cric. » L'avocat général Luc Frémiot est sur la même ligne. Il croit en son « âme et conscience » que Julien Sailly est coupable. C'est pour cela qu'il requiert vingt ans de réclusion. Il s'adresse à l'accusé, les yeux dans les yeux, et pointe vers lui un doigt accusateur. « Tous les témoins ont confirmé que vous étiez incapable de vous maîtriser ! »

Une convergence de détails

Il y a pour lui « une convergence de détails qui se donnent la main et font la ronde autour de vous. » Il y aussi ce visage montré à l'audience. « Vous êtes resté inaccessible et vous ne vous souveniez de rien. » C'est contre cette vision « à sens unique » que luttent pendant deux heures Éric Dupond-Moretti et Alice Cohen Sabban. Consciente que la tâche est rude, celle-ci enfouit sa tête entre les mains avant de se lancer. « Depuis le départ, il est coupable, et on interprète tout à l'aune de cette conviction », martèle-t-elle. Pour elle, le scénario de l'accusation est « invraisemblable ». « On dit qu'il l'a étranglée à Sainghin-en-Weppes, puis achevée à coups de cric à Lambersart, mais pourquoi faire 20 km ? Pourquoi Lambersart ? Et pourquoi ne retrouve-t-on pas de sang dans la voiture ? » Éric Dupond-Moretti prend le relais. À mesure qu'il parle, sa voix grimpe en volume et en intensité. Il rappelle qu'en dépit des pressions policières, malgré l'âge de l'accusé - 19 ans lors de son arrestation -, il a toujours nié, farouchement. Il martèle qu'aucune preuve irréfutable n'existe et convoque le souvenir de Guillaume Seznec et Patrick Dils.

Pour finir, il regarde un à un les jurés. « Il vaut mieux pour vous sortir d'ici en disant "je ne sais pas", plutôt que de vous dire : "Et si ce n'était pas lui ?" » Pour la cour d'assises, c'était lui. Mais Julien Sailly aura droit à son procès en appel.w

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