Affaire Clélia : les SMS à la barre

Publié le - Mis à jour le 29/09/2012 à 01:18

BRUNO RENOUL > bruno.renoul@nordeclair.fr

| ASSISES DU NORD |

Clélia seule avec Julien, dans la nuit du 17 février 2008, un seul témoin objectif existe : les SMS et échanges téléphoniques qui esquissent une reconstitution des faits et gestes des uns et des autres.

Or les parties prenantes ont été bavardes cette nuit-là. Il y a Priscilla, la petite amie jalouse, qui abreuve Julien Sailly de SMS tout au long du périple de ce dernier avec Clélia. Ce témoin clé, qui dit avoir reçu des menaces, s'exprime difficilement devant la cour. Elle hésite. Pèse ses mots. Se retranche souvent derrière « l'oubli ».

« Je pensais que c'était fini entre eux, donc quand j'ai vu sa Twingo près du Flib', j'ai eu des soupçons et j'ai envoyé un SMS à Clélia pour lui dire que j'étais avec lui, et à Julien pour avoir des explications. » Tout au long de leur trajet, Priscilla s'adresse depuis son domicile à Clélia, qu'elle jalouse. Elle lui envoie des textos à 4 h 26 puis 4 h 47. Pas de réponse. À ce moment-là, Clélia et Julien sont seuls dans la Twingo.

Question de la présidente Sophie Degouys à l'accusé : « Elle faisait des commentaires, sur ces messages ? » « J'en sais rien, madame. je ne me souviens plus. » « Vous dites que vous parliez de votre relation avec elle et elle ne vous parle pas des messages qu'elle reçoit de Priscilla ? » « J'envoyais moi-même des SMS, je peux pas vous dire. »
À 5 h 10, selon les expertises, les portables de Julien et de Clélia sont au même endroit, à Sainghin-en-Weppes. À cet instant, Julien discute au téléphone avec Priscilla. La conversation s'étale de 5 h 07 à 5 h 11. « Je suis descendu de la voiture pour l'appeler. Clélia est restée seule dans la voiture et pleurait. »

« J'ai pris le risque »

Priscilla confirme à la barre : Julien lui demande d'appeler Clélia pour vérifier qu'il n'est pas avec elle. La présidente, pleine de tact : « Mais si Clélia est dans la voiture, n'est-ce pas risqué ? Dans l'état d'esprit où elle était, on imagine qu'elle aurait décroché et ne vous aurait pas couvert, non ? »
Il y a là un hic, mais Julien a sa réponse : « J'ai pris le risque. » L'accusation en a une autre, puisqu'elle estime qu'à cette heure-là, Clélia est décédée. Lorsque Priscilla, de son deuxième téléphone, avec Julien toujours en ligne, essaie d'appeler Clélia, pas de réponse : « J'ai appelé une première fois, ça n'a pas décroché, et la deuxième fois, je suis tombée sur le répondeur. » L'expert en téléphonie confirme : « Le premier appel est renvoyé sur la messagerie. Cinq secondes plus tard, le téléphone est éteint ou hors service », assure-t-il à la barre.

Comme indices, il reste les SMS de ce soir-là entre Julien et Priscilla. Sauf que celle-ci les a effacés. Elle se met à sangloter quand la présidente lui demande pourquoi. « Je ne me souviens plus... » Couvre-t-elle Julien ? « Vous pourriez le couvrir, alors que vous êtes convaincue qu'il a commis les faits qu'on lui reproche ? », riposte Me Dupond-Moretti. « Non, il ne m'a pas demandé de les effacer », maintient-elle. L'avocat contre-attaque : « Mon client a envoyé un SMS à Clélia le lendemain et a essayé de l'appeler. S'il était le meurtrier, il l'aurait fait uniquement pour s'en prévaloir, or il ne l'a pas dit aux policiers. »

Reste que tous les SMS n'ont pas été effacés. Deux jours après cette soirée, juste avant d'aller avec elle à la PJ, où il sera finalement arrêté, Julien envoyait ce texto à Priscilla : « J'ai besoin de toi, laisse-moi pas tomber s'il te plaît. »
Après les derniers témoignages, les réquisitions et les plaidoiries, le verdict doit être rendu ce soir. Julien Sailly risque jusqu'à trente ans de réclusion criminelle.w

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