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50 ans après Vatican II, qu'en disent les croyants ?

Publié le 14/10/2012 - Mis à jour le 14/10/2012 à 05:35

Par Nord Eclair

| RELIGION |
La messe en rite ancien continue d'être célébrée, comme ici à Lille.
La messe en rite ancien continue d'être célébrée, comme ici à Lille.

Il y a cinquante ans, s'ouvrait dans la basilique Saint-Pierre de Rome le concile Vatican II, porteur de changements profonds pour l'Église catholique. Un demi-siècle plus tard, cet événement continue d'avoir une résonance pour les catholiques de la région. Rencontres.

Paul se souvient très bien. Il était enfant de choeur à Lille lorsque le concile Vatican II battait son plein à Rome, au détour des années 60. « Mes parents suivaient ça dans les journaux, et moi, c'est au plus près que j'ai vécu les transformations qui ont suivi... » , raconte-t-il. Le plus grand rassemblement d'évêques jamais vu dans l'histoire de l'Église catholique - jusqu'à 3 000 prélats ont participé aux travaux - a beau avoir transformé radicalement la vision portée sur le monde par cette religion, ce sont les choses concrètes que retiennent les fidèles : la modification de la liturgie. Alors qu'auparavant, le prêtre célébrait la messe « dos au peuple », en latin, est apparu avec Vatican II un autre rite en français et, cette fois-ci, célébré face aux fidèles ! « Les changements ne sont pas intervenus du jour au lendemain, la rupture n'a pas été aussi radicale qu'on le dit souvent », tempère Bernard Delebecque, qui avait 25 ans lorsque le concile s'est achevé en 1965, et qui est aujourd'hui le représentant local de la conférence des baptisés de France. Il explique qu'il a fallu passer par une phase d'adaptation. « À l'église Saint-Christophe, à Tourcoing, l'autel n'a pas pu être retourné car il y avait un retable au-dessus, précise-t-il. Un autel provisoire a dû être installé ! »
Abandon de la soutane
Les prêtres ont peu à peu abandonné leur soutane, et le latin a été remplacé par le français. « En réalité, le latin n'a pas totalement disparu depuis, et le français était déjà utilisé avant le concile, pour les lectures et l'Évangile », tempère le père Éric Mahieu, curé de Malo-les-Bains. La communion se recevait à genoux, et Paul, l'ancien enfant de choeur, se souvient qu'il plaçait « un petit plateau doré » sous la bouche de chacun au moment de recevoir l'hostie. « C'est vrai que l'Église s'est rapprochée des gens, a eu un ton plus ouvert et moins en rupture avec le monde, mais j'ai trouvé dommage d'abandonner le sacré, car aujourd'hui, dans certaines églises, on a l'impression qu'on a parfois oublié qu'on célèbre Dieu », regrette-t-il. Au point que certains ont gardé une tendresse pour l'ancien rite, qui sous l'impulsion de Benoît XVI, coexiste avec le rite français introduit en 1965. Philippe, qui habite La Madeleine, aime y assister quand il peut au Sacré-Coeur, à Lille.
« J'ai grandi dans cette ambiance, c'est ma façon de prier ! », confie-t-il. Brigitte au contraire, raconte à la sortie de Notre-Dame de la Treille qu'elle est beaucoup plus fervente maintenant. « À l'époque c'était automatique, et tout le monde allait à la messe pour faire comme le voisin », souffle-t-elle.
Mais au-delà de ces questions de rite qui cristallisent les passions, c'est surtout un état d'esprit qui a changé, avec une organisation « moins pyramidale et plus fraternelle » selon Bernard Delebecque. Et une acceptation plus grande des laïcs dans la vie de l'Église, qui se sont vus accorder des missions nouvelles. « Aujourd'hui, ce sont les laïcs qui préparent au baptême ou au mariage, ce sont eux qui célèbrent souvent les obsèques », raconte Claire. jeune femme engagée dans l'Église à Roubaix. Elle est trop jeune pour avoir connu la période du concile, mais sait qu'elle doit ce rôle à Vatican II. « Ça n'a rien à voir avec la réduction du nombre de prêtres, mais ça tombe bien car s'ils étaient seuls, ils ne pourraient plus tout gérer comme avant », assure-t-elle. La question de la raréfaction des vocations n'existait pas à l'époque de Vatican II. Ce défi se pose à l'Église d'aujourd'hui. Devra-t-elle le régler avec un nouveau concile ? Pas forcément : à Rome, des évêques réunis en synode planchent tout le mois d'octobre sur la « nouvelle évangélisation ». Histoire de trouver un nouveau souffle, cinquante ans après un concile fondateur.

BRUNO RENOUL

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