En expulsant mercredi vers la Tunisie l'imam Mohammed Hammami, une initiative lancée par son prédécesseur Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a montré qu'il n'entendait pas céder d'un pouce face à l'islamisme radical.
L'imam Hammami, 77 ans, installé en France depuis plusieurs décennies, s'est vu reprocher d'avoir "valorisé le jihad violent, proféré des propos antisémites et justifié le recours à la violence" contre les femmes, selon le ministère.
"Nous avons décidé d'être intransigeants à l'égard de tous ceux qui profèrent des discours de haine à l'égard de la République et de nos valeurs et de procéder à l'expulsion de responsables, de militants religieux qui prônent un islam radical", a déclaré M. Valls à la presse.
Responsable religieux de la mosquée Omar, située dans le XIe arrondissement de Paris, où selon des témoins il officiait ce vendredi pour l'Aïd, l'imam était une figure connue de l'association Foi et Pratique, liée au mouvement piétiste missionnaire du Tabligh.
Il a été arrêté devant son domicile à Savigny-le-Temple (Seine-et-Marne) par la Police aux Frontières (PAF), puis expulsé par avion pour Tunis, a-t-on appris au ministère de l'Intérieur.
"En application d'un arrêté du 8 octobre 2012, précise le ministère dans son communiqué, l'imam Mohamed Hammami a été éloigné vers la Tunisie, pays dont il est ressortissant", à la suite de "provocations, délibérées, répétées et inacceptables à la discrimination et à la violence".
"Procès médiéval"
L'avocat de l'imam, Me Salah Djemai, a qualifié cette mesure d'expulsion de "procès médiéval". "Par une motivation à l'accent populiste et stéréotypée amplifiant les propos franchement nauséabonds de son prédécesseur, le nouveau ministre de l'Intérieur se défoule contre un vieillard finissant, n'ayant plus aucune attache avec son pays d'origine", a-t-il dit dans un communiqué.
Mohammed Hammami, qui a cinq enfants majeurs et 19 petits-enfants, avait été accusé le 23 janvier par Claude Guéant d'avoir tenu "des propos violemment antisémites" et d'avoir appelé "à fouetter, +à mort+, la femme adultère".
Suite à son arrêté d'expulsion qui, selon Me Djemai, lui avait causé "un choc psychologique et physique", il avait été hospitalisé début février, et avait contesté la totalité des accusations portées contre lui.
Le 5 mai, le ministère de l'Economie avait gelé les avoirs de l'imam rigoriste, de son épouse, et de l'association Invitation et Mission pour la foi et la pratique, dont le siège se trouve à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine).
Dix jours plus tard, la Commission d'expulsion, dont l'avis n'est que consultatif, avait rendu un avis défavorable à son expulsion, estimant qu'"elle porterait atteinte à sa vie familiale".
L'imam, appuyé sur une canne, semblait avoir de grandes difficultés à se mouvoir. Mais depuis le début de l'année, il a été contrôlé à sept reprises aux frontières et était rentré lundi de Casablanca, au Maroc, selon une source proche du dossier.
A l'Assemblée, M. Valls a mis vigoureusement en cause l'UMP mercredi sur la question de l'immigration et de l'islam. "Qui instrumentalise les étrangers, l'immigration, l'islam depuis des années?", a-t-il demandé, répondant à l'adresse de l'UMP: "C'est vous et M. Copé!". Il a appelé "à apaiser et à rassembler les Français autour de nos valeurs, autour des droits et devoirs, autour de la laïcité".
L'association Foi et Pratique qui, de source ministérielle, rassemble quelque 2 à 3.000 pratiquants, dans ses sept lieux de culte en Ile-de-France, connaît de sérieuses difficultés de trésorerie, depuis que ses comptes sont bloqués.
Elle constitue la branche minoritaire du Tabligh, mouvement piétiste de prédication et d'éducation religieuse, qui compte entre 50 et 100 lieux de culte en France, et dont le centre principal est installé en Inde, près de Lahore, à la frontière avec le Pakistan.

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