SÉBASTIEN NOÉ > sebastien.noe@nordeclair.fr
Deux vainqueurs pas nets. Tom Boonen et Fabian Cancellara sont les deux derniers vainqueurs de Paris-Roubaix. Mais leurs victoires respectives ont à chaque fois été entachées par des scandales. En 2009, Boonen qui remportait pour la troisième fois de sa carrière la « reine des classiques », était contrôlé pour la seconde fois positif à la cocaïne. Une erreur de trop pensait-on à l'époque. Le Belge a visiblement digéré l'épisode mais depuis ses relations avec son manageur de la Quick Step Patrick Lefévère sont moins chaleureuses. Et si Boonen garde une grosse popularité auprès du public flamand, son image en a logiquement pris un coup.
Cancellara lui n'a jamais été pris dans les affres du dopage. Son vélo en revanche... Face aux impressionnantes démonstrations du Suisse, capable de se lancer dans de véritables contre la montre sans jamais être rejoint, écoeurant tous ses adversaires l'an dernier à Roubaix, la rumeur de « dopage mécanique » enfle. Un moteur dans le vélo ? Ou un matériel novateur et autorisé comme l'a affirmé le mois dernier Denis Migani, de la firme de cycles du même nom ?
Difficile de démêler le vrai du faux dans toute cette histoire. Cancellara a toujours semblé parfaitement serein et même la sortie prochaine d'un livre sur ce système ne semble pas l'inquiéter. Son image, elle, en a forcément pris un coup et l'UCI le surveille de près, en témoignent les contrôles accrus des vélos depuis quelques mois à l'issue des courses.
Tous les deux dans le coup. Tom Boonen (Gand-Wevelgem) et Fabian Cancellara (GP de l'E3 Harelbeke) ont chacun remporté une victoire de prestige depuis le début de la saison des classiques. La démonstration du Suisse à Harelbeke a particulièrement impressionné. Et si Boonen a répondu dès le lendemain en s'imposant au sprint à Wevelgem, il semble tout de même moins dominateur. Et pas non plus très inspiré, en témoigne son attitude lors du Tour des Flandres où son attaque derrière son coéquipier Sylvain Chavanel a créé la polémique : « Il y avait beaucoup de coureurs dangereux qui revenaient sur Sylvain. J'ai fait ce que j'avais à faire et je suis persuadé qu'on m'aurait également fait des reproches si j'étais resté sans rien faire dans le peloton », a lancé le champion belge cette semaine. Cancellara lui, a ironisé dans les colonnes de l'Equipe sur la volonté du peloton de le voir échouer : « Je me suis battu moi, le gladiateur, contre cinquante coureurs attachés à ma perte. J'ai perdu, mais la tête haute, tout le monde ne peut pas en dire autant ».
Une rivalité exacerbée. Sans se détester ouvertement et en reconnaissant leur talent réciproque, Cancellara et Boonen ne sont évidemment pas les meilleurs amis du monde. Le Suisse a relancé les hostilités cette semaine en déclarant après le Tour des Flandres : « Tom a envie de gagner mais il est en crise, c'est manifeste, souffle Cancellara. Quand j'ai lancé le sprint, c'était parce que je savais qu'il était capable de nous reprendre. Et je préférais terminer troisième plutôt que de le voir gagner ».
Boonen répète de son côté depuis plusieurs semaines que « Fabian n'est pas une machine » et surtout qu'il n'a « aucune raison d'avoir peur de lui ». Le Belge a confirmé depuis le début de saison que Paris-Roubaix était le plus gros objectif de sa saison. « Je veux marquer l'histoire et rejoindre Roger De Vlaeminck », vainqueur 4 fois de l'Enfer du Nord. Boonen en est à trois, Cancellara à deux. Et le Suisse se verrait bien infliger la double peine à son rival : l'empêcher d'entrer dans le livres des records et le rejoindre au palmarès. w