Football

À Braine-le-Comte, sur les traces d'Eden Hazard

Publié le 15/11/2011 à 00h00

À Braine-le-Comte, dans le fief de la famille Hazard, on garde un souvenir ému des premiers pas d'Eden sur un terrain de football. Reportage sur les traces du génie lillois.

À Braine-le-Comte, sur les traces d'Eden Hazard
À Braine-le-Comte, dans le fief de la famille Hazard, on garde un souvenir ému des premiers pas d'Eden sur un terrain de football. Reportage sur les traces du génie lillois.


GAËLLE LAURENT-DRIDI > gaelle.laurent@nordeclair.fr
Braine-le-Comte, à moins d'une centaine de kilomètres de Lille, un jour de match en Belgique. Rencontre amicale ou pas, les drapeaux nationaux sont de sortie. Le noir, le jaune et le rouge s'affichent aux fenêtres, en attendant fébrilement que les Diables s'attaquent à la Roumanie. À moins que ce ne soit pour soutenir Braine-le-Comte, en difficulté dans son championnat provincial, et qui reçoit la lanterne rouge.
Au stade communal du « Sans Fond », c'est l'effervescence. Prévenus de notre visite, les dirigeants, Michel Deroux, le secrétaire du club, en tête, se mettent en quatre pour que l'accueil soit parfait. Et il l'est, sans faire d'efforts particuliers. Les sourires sont sincères et nul besoin d'insister pour parler d'Eden Hazard. Presque neuf ans après son départ, son nom est toujours associé au club de Braine-le-Comte. Et il le sera encore pour un bon moment. « Eden, c'est notre fierté, sourit Alain Pauly, le président. J'étais déjà là quand il a chaussé les crampons pour la première fois. Ce qui est bien, c'est que pour les médias, il est resté le Brainois. Et il nous le rend bien, il reste disponible pour nous quand on le sollicite. C'est vraiment un bon garçon ».



Pas de bolide à Braine
Dans le club house cosy du Royal Stade Brainois, où l'immense baie vitrée donne directement sur le terrain, Alain Pauly nous propose une visite guidée. Sans bouger de sa place. « Parfois, il m'arrive d'apercevoir Eden sous son bonnet, là-bas au fond, au piquet de corner », s'amuse le président. Non loin de là, on aperçoit le toit de la maison des Hazard. Carine et Thierry, deux anciens excellents footballeurs, y ont toujours vécu et rien, en façade, ne laisse supposer que le meilleur joueur du championnat de France y a grandi. Le hasard fait d'ailleurs bien les choses : le jardin familial donne presque sur le terrain communal. « Tout ça, c'était écrit, poursuit-il. Dès qu'Eden a mis le pied sur le gazon, on s'est bien rendu compte qu'il était différent ». Son fils, alors entraîneur des jeunes, a été le premier coach du tout petit Eden, à peine âgé de 5 ans. « Ce n'était pas non plus le principal sujet de discussion, indique Alain Pauly. Parce que même à cet âge-là, Eden était plus fort que les autres mais d'une modestie rare. Il s'est fondu dans la collectivité sans jamais se mettre en avant. Il était déjà très altruiste ».
Du côté du stade, tout le monde loue l'éducation des parents, « un vrai modèle ». « Eden a la chance d'avoir des parents très équilibrés, souligne José Authom, son deuxième entraîneur. Thierry, qui a été un excellent joueur lorsque Braine était en deuxième division, n'était pas le genre de père à s'immiscer dans les entraînements de son fils. Il le laissait travailler et n'intervenait jamais ». Pas même quand son fiston s'est plaint un jour d'un entraînement qui ne lui avait pas plu.
Encore aujourd'hui, lorsqu'il revient dans le cocon familial de Braine-le-Comte, Eden Hazard est toujours le même. Son père, fidèle à ses principes, l'a d'ailleurs prié de laisser son nouveau bolide flambant neuf dans la métropole lilloise afin de traverser le village avec discrétion. Un brin gêné, José Authom finit par avouer : « Eden est un surdoué, il savait tout faire. Je n'avais rien à lui apprendre. Je ne devrais pas dire ça mais c'était presque problématique de l'avoir dans mon groupe. Quand il faisait cinq cents jongles, les autres en enchaînaient à peine dix » . Habile de ses pieds et la tête bien posée sur les épaules aussi. Son entraîneur se souvient d'une anecdote qu'il n'est pas près d'oublier : « Eden avait à peine dix ans et on est allé jouer dans le village voisin, à Chapelle, où il est toujours difficile de faire un bon résultat. On a ouvert le score et le gamin est allé dire à l'arbitre que le ballon était sorti de plusieurs centimètres lorsqu'il avait centré. Le but a été annulé et on a fait 0-0. Faire ça à son âge, c'est exceptionnel ».

Le père, le fils et le Saint-Esprit
Un peu plus loin, Étienne ne perd pas une miette de la conversation. Lorsqu'il parle d'Eden Hazard, ses yeux s'écarquillent. Son fils, Alexandre, a longtemps joué avec le jeune prodige, jusqu'à Tubize. Les deux garçons sont d'ailleurs restés amis depuis. « La première fois que je l'ai vu, je me suis dit que le Saint-Esprit était descendu sur ce garçon !, sourit-il. On se demandait ce qui se passait. Je me souviens d'un tournoi auquel assistait Marc Degryse. On lui a dit "Tu as vu, Marc, le numéro 7 il est aussi fort que toi". Et il nous a répondu : "Non, moi, à cet âge, je ne savais pas jouer comme ça...". Tout était dit ».
À peine haut comme trois pommes, Eden Hazard tirait déjà toute son équipe vers le haut. « Sa présence nous a permis de remporter des tournois très relevés, note José, son ancien coach. Et lors de celui organisé par le Standard de Liège, avec plus d'une centaine d'équipes, il a terminé meilleur joueur ». « Maintenant, pour ses équipiers, c'était souvent une solution de facilité, admet Etienne.
Quand il jouait, tout le monde remettait le ballon sur lui. Et quand il était blessé ou absent, l'inquiétude était grande ». José Authom en est encore tout ému : « Vous savez, c'est dur à dire pour un entraîneur, mais je ne lui ai rien appris du tout ».
Dans les pas de leur illustre grand frère, Thorgan (18 ans) et Kylian (15 ans) ont eux aussi pris leur première licence au Royal Stade Brainois avant de s'engager avec le Racing Club de Lens pour le premier et le LOSC pour le deuxième. Il y a quelques semaines, Ethan, 8 ans, s'est lancé à son tour.
« Il est arrivé beaucoup plus tard que ses frères mais les gènes Hazard sont bien là », sourit le président. Une véritable fabrique à génies.w

Nord Éclair