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GRIPPE A

Dans les centres de vaccination : le désert

La salle d'un centre de vaccination lillois, hier en début d'après-midi. Photo Ludovic Maillard La salle d'un centre de vaccination lillois, hier en début d'après-midi. Photo Ludovic Maillard

La campagne de vaccination anti-grippe A H1N1 pour les publics prioritaires a commencé hier dans les 51 centres du Nord. En moyenne, ces centres ont procédé chacun à la vaccination de seulement dix personnes.



VIOLAINE MAGNE > violaine.magne@nordeclair.fr
La salle d'attente : vide. Les boxes aménagés pour la vaccination : vide... Hier, le personnel administratif et médical des centres de vaccination sur la métropole lilloise attendait les patients à piquer l'arme au pied... En vain.
À Lille, dans l'ancien collège Jean-Macé, dix administratifs, deux médecins (même trois le matin), deux infirmières et un étudiant ont vu passer... deux personnes. Depuis hier, peuvent se faire vacciner en priorité les personnes dans l'entourage des nourrissons de moins de 6 mois et les personnes fragiles présentant des facteurs de risque (pathologies respiratoires, cardiaques, diabète...).


Hormis le public, tout est là, tout est prêt. Le chef du centre à Lille, le lieutenant Daniel Bonte, sapeur-pompier à la retraite, nous fait le tour du propriétaire : les quatre chaînes de vaccination, les doses de vaccin, les aiguilles, les kits d'urgence au cas où, les blouses n'attendent plus que les patients. Alors pourquoi sont-ils si rares ? Peut-être parce que les gens travaillent. D'ailleurs, l'Institut Pasteur, qui ouvrait en horaires décalés, avait vacciné seize personnes à 18 h. Ou peut-être parce qu'ils n'ont pas encore reçu leur « bon » de vaccination. Mais il ne faut pas non plus négliger le facteur psychologique. « Les gens attendent de voir si les autres y vont. Il suffit qu'il y ait foule pour que les gens se précipitent à leur tour dans les centres. Comme aux États-Unis où il y a des files d'attente de 50 m ! » analyse Daniel Bonte.

Messages contradictoires
« Les gens ont peur du vaccin », constate, fataliste, Pascal Monaca, médecin généraliste volontaire. Il faut dire que les messages envoyés par le ministère de la Santé sont contradictoires. Une ou deux doses ? Un vaccin avec ou sans adjuvant, pour les bébés de 6 à 23 mois ?
Vaccination ou pas pour les femmes enceintes ? Pascal Monaca avoue que même lui a « du mal à suivre les recommandations : elles changent tout le temps ». Il est un peu dépité d'être là à se rouler les pouces.
Mais il faut dire que le discours des personnels de santé n'encourage pas non plus les gens à aller se faire piquer. Au centre de Wattrelos, trois infirmières volontaires l'avouent : elles ne se sont pas fait vacciner... « Je ne suis pas très chaude », lâche l'une d'elles. Leur centre a, lui, accueilli dix « clients ». Dont Christian, 60 ans. Avec son infarctus, sa bronchite chronique et son cancer de la prostate, il fait partie des personnes fragiles : « J'ai reçu mon bon ce midi (hier, ndlr) et j'ai téléphoné à mon médecin traitant pour lui demander si c'était utile ou pas, vu que je m'étais fait vacciner contre la grippe saisonnière. Il m'a dit : "Faut le faire". » Peut-être qu'après une ou deux journées nécessaires à la mise en route de la campagne de vaccination, la population suivra l'exemple de Christian. Mais pour l'instant, c'est plutôt le scepticisme qui semble dominer.w

« Si l'État refuse de payer, on fera exprès de présenter un budget en déséquilibre »

Choqué par la décision de l'État de réquisitionner quatre mois des salles et du personnel communal pour la campagne de vaccination, le maire PCF d'Houdain, Daniel Dewalle, a dû s'y résoudre. Mais son coup de gueule a été utile... Pas de collégiens en short ni de majorettes en répétition, hier après-midi, à l'heure de l'ouverture du centre de vaccination dans le vaste complexe sportif évolutif couvert (COSEC) d'Houdain. Pendant quatre mois, les cours d'éducation physique et les entraînements des différents clubs de la commune sont délocalisés dans d'autres salles. « Si la préfecture (du Pas-de-Calais, ndlr) nous avait dit d'entrée que c'était pour quatre mois, j'aurais mis à sa disposition une autre salle. Mais quand ses services m'ont précisé la durée de la réquisition, il était trop tard pour changer. On nous a mis devant le fait accompli. C'est cet état d'esprit que je trouve choquant », commente le maire communiste Daniel Dewalle, pas du genre à marcher au pas, que ce soit pour la grippe A ou pour d'autres protocoles d'ailleurs. « L'État a trouvé des milliards pour les banques » D'accord, il a bien dû se résoudre à prêter son COSEC à l'État, mais pas son personnel. En tout cas pas dans les proportions espérées en haut lieu. « Il fallait cinq employés communaux pour faire tourner le centre. J'ai refusé. L'État a trouvé des milliards pour les banques, j'ai pensé qu'il pouvait trouver de l'argent pour payer des demandeurs d'emploi », ironise l'élu dont la position a fini par payer. Sur les cinq personnes chargées de l'administratif du centre de vaccination, trois sont des chômeurs recommandés par le maire et les deux autres sont des fonctionnaires d'État placés sous la responsabilité de Patrice, un commandant de police retraité, et de Richard, le chef de la sécurité du personnel communal d'Houdain, finalement le seul employé de la Ville dans cette histoire. Et le maire compte bien faire assumer jusqu'au bout à l'État sa politique de santé publique. Il ne lui fera aucun cadeau concernant le chauffage, l'électricité et les bus affrétés pour emmener les collégiens faire du sport ailleurs. « On enverra les factures à la préfecture. Si l'État refuse de payer, on fera exprès de présenter un budget municipal en déséquilibre pour marquer le coup », prévient Daniel Dewalle dont les bras de fer avec l'État portent souvent leurs fruits. À Houdain, malgré les menaces de fermeture récurrentes, la gendarmerie et la perception sont toujours là... wG.C.


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