Sous les yeux du président de la République François Hollande, venu pour la visite de la Grande Boucle sur ses terres, « Cav » a fait oublier un Tour passé dans un relatif anonymat. Loin, en tout cas, de ses séries de succès des précédentes éditions, lui qui collectionne les honneurs depuis sa deuxième participation en 2008.
Dans un groupe qui a tout sacrifié au classement général, au maillot jaune porté par Bradley Wiggins devant son coéquipier Chris Froome, Cavendish a pris son mal en patience. Hormis un sprint d'anthologie, conduit avec beaucoup de réussite à Tournai, il n'a pu rivaliser avec ses adversaires habituels, l'Allemand Andre Greipel surtout, faute du soutien habituel. Le champion du monde a fait contre mauvaise fortune bon coeur. Même si sa cote a logiquement pâti de ce recul forcé, alors que l'étoile d'Andre Greipel et, dans un registre approchant, du Slovaque Peter Sagan, grimpait en parallèle (trois victoires chacun).
Comme Darrigade
À Brive-la-Gaillarde, le natif de l'île de Man a signé sa 22e victoire dans le Tour, la 90e de sa carrière (!), alors qu'il n'est âgé que de 27 ans. Il a rejoint au palmarès André Darrigade, une légende du cyclisme français dans les années Anquetil.
« Cav », qui est sensible à l'histoire de la plus grande course du monde, sait l'importance des chiffres. Mais aussi de la nouveauté de ce Tour promis à l'un de ses compatriotes. Mais justement, l'équipe Sky est-elle trop vorace ? « On ne veut pas tout rafler » , s'est défendu Sean Yates, directeur sportif de l'équipe anglaise même si son équipe a gagné pour la quatrième fois, en attendant le contre-la-montre de Chartres, que Wiggins abordera en position de favori, et peut-être l'arrivée sur les Champs, où Cavendish a pris ses habitudes depuis 2009. « Mais il faut qu'on soit performant et ça nous réussit », a ajouté Yates.
La réalité du terrain confirme l'absence de préméditation. L'équipe du maillot jaune n'a pas eu à rouler derrière l'échappée d'une quinzaine de coureurs formée bien avant la mi-course. Les formations non représentées à l'avant se sont chargées du travail.
La lutte pour le Top 10
Malgré l'insistance d'Alexandre Vinokourov, les attaquants ont fini par être repris. Les contre-attaquants aussi, puisque l'Irlandais Nicolas Roche et l'Espagnol Luis Leon Sanchez, encore en tête aux 250m, ont vu débouler à toute vitesse le « ManxExpress » à l'approche de la ligne.
Et aujourd'hui, sauf énorme surprise, le podium semble assuré pour les premiers, dans l'ordre Bradley Wiggins, Chris Froome et l'Italien Vincenzo Nibali, lequel possède une assurance de plus de trois minutes sur son suivant, le Belge Jurgen Van den Broeck.
La lutte principale en haut de tableau concerne une place dans le Top 10, convoitée par Roche (11e) mais aussi l'Allemand Andreas Klöden (12e). La position du benjamin du Tour, Thibaut Pinot (10e), qui précède Klöden de 2'19", est menacée. « Je donnerai tout. Si j'échoue, tant pis, il n'y aura pas de regrets », a déjà prévenu le grimpeur franc-comtois.
Au-delà des classements, le contre-la-montre de 53,5km doit aussi consacrer la supériorité de Wiggins, déjà vainqueur du premier exercice à Besançon. Légitimer la hiérarchie voulue par son équipe, au détriment de Froome sans conteste plus à l'aise en montagne. En un mot marquer le Tour de son emprise, à la veille d'un premier triomphe anglais.w