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LILLE

Guy Bedos, en verve, baisse le rideau

Guy Bedos, 77ans et un demi-siècle de carrière dans sa besace, c'est une certaine et magnifique façon de résister. Photo Giovanni Cittadini Cesi Guy Bedos, 77ans et un demi-siècle de carrière dans sa besace, c'est une certaine et magnifique façon de résister. Photo Giovanni Cittadini Cesi

Est-ce vraiment son ultime tour de piste ? Le doyen des humoristes, chaud comme la braise, a fait un triomphe au théâtre du Rond-Point, à Paris, avec « Rideau ! », annoncé comme son dernier spectacle. Il dégainera le 1er février au théâtre Sébastopol à Lille.



PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Roulements de tambour. Sans crier gare, il trottine. « Encore moi ! Désolé pour ceux qui pensaient être enfin débarrassés. » Entrée en matière chafouine. Pas de standing ovation. C'est un ordre. Hors de question que ça sente le sapin. Déjà une mécanique aiguisée qui s'ébranle. Aucune échappatoire. Guy Bedos a de sacrées heures de vol derrière lui. Il se dégage pourtant de ce corps-là une tension de transformateur électrique. Les cartouches incisives font mouche sans prévenir. Saillies qui s'avalent le ventre plein. Il plonge là où il ne faut pas aller, brasse des mots comme autant de coups de palmes. C'est espiègle, brillant, convivial et citoyen.
Quelques sketchs puisés dans son riche répertoire. Celui sur les « salopes » et dans lequel il englobe Alliot-Marie. Celui à charge contre la psychanalyse où il adopte une position allongée. « Je ne vais pas dépenser le double d'une place d'un spectacle pour un type qui ne se marre même pas et qui n'applaudit jamais. » Cultivé et insolent, cinglant et lucide, Bedos envoie du bois. Grincements de dents ou éclats de rire. Parfois les deux à la fois. L'homme ose tout. Impitoyable. Se contrefout des esprits bien-pensants. Tranche dans le vif. Sans peur ni retenue.



Une constance
dans l'acharnement

Dans sa quête de vérité, fidèle à son créneau « faire du drôle avec du triste », place à la brûlante revue de presse. Un explosif jubilatoire pour émietter l'actualité. Au tribunal des flagrants délires, il assassine à tout-va. Pourquoi Bedos se démène-t-il autant ? Parce que, selon une formule de Brel, il a « mal aux autres ». Il maintient le débat dans l'arène politique. Une dénonciation irréprochable de bout en bout. Bedos, adepte d'un antisarkozysme primaire ? « C'est le sarkozysme qui est primaire. On lui répond dans sa langue ! » Et les surnoms pleuvent : « Tom Pouce », « Naboléon », « teckel à poil dur »... C'est sa tête de Turc, il ne le lâche pas. Une constance dans l'acharnement. « Pour le dégager de l'Élysée, je serais prêt à voter pour une chèvre. Je peux bien voter pour une vache. » Entendre par là : la « méchante » Martine Aubry. Les lieutenants du Président sont envoyés au pilori. Sentence sans appel pour Claude Guéant. « À côté de lui, Hortefeux, c'est Ghandi. » C'est l'humaniste qui sort de ses gonds.
Guy Bedos allume des contre-feux. Parmi les justiciers épinglés, Eva Joly « qui ferait bien parfois de se taire », Chevènement « censé être de gauche alors qu'il est d'extrême droite en appelant les jeunes dans les cités "les sauvageons" ». Même François Hollande n'y échappe pas. « Il ne fait pas rêver. Il est... normal. J'aime à reprendre une formule de Françoise Giroud : "En politique, il faut savoir choisir entre deux inconvénients." Nous y sommes ! » Parce qu'on ne frappe pas un homme à terre, Dominique Strauss-Kahn n'est pas convié au jeu de massacre.
Les consciences sont invitées ici à se défouler. Salutaire. Nécessaire. Affreusement drôle. Et drôlement affreux. Plus qu'un one man show, un bienfait.
Pourvu que Guy Bedos ne la boucle pas définitivement.w Le 1er février à 20 h au théâtre Sébastopol à Lille. 43 et 36 E. Il ne reste que quelques places.


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