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LILLE

Christian Rizzo en état de réveil

Dans cette création, les mannequins vont représenter la part d'ombre de chacun des sept danseurs. Photo Marc Domage Dans cette création, les mannequins vont représenter la part d'ombre de chacun des sept danseurs. Photo Marc Domage

Après quatre ans à l'Opéra de Lille, la résidence du chorégraphe Christian Rizzo touche à sa fin. Sa dernière pièce, « Le bénéfice du doute », risque de surprendre puisqu'elle devrait être davantage axée sur le mouvement.



PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
Répétition. Appuyé sur la rambarde du balcon, il donne ses consignes. Précis et éclairant. Scène dépouillée. Côté jardin, sept danseurs en ligne. Côté cour, des mannequins (sus)pendus. Musique hypnotique et électronique. Quelques bruits extérieurs et d'horloge. Christian Rizzo met les journalistes en garde : « On en est au stade de la cuisine, ce n'est pas encore le service. Rien de ce qui se passe sur le plateau n'est définitif, y compris scénographiquement. Tous les jours, on apporte des modifications. » Disons-le tout de go : jusqu'à présent, le chorégraphe ne nous a pas attirés dans ses filets. Difficile de se mettre en adéquation avec l'aridité de ses créations (Mon amour, L'oubli, toucher du bois...). Un message obscur, une émotion à distance, une danse de la posture, voire de la pose. Serait-il en pleine mutation ? Le voilà qui annonce cette pièce « moins fictionnelle » comme un tournant.
Comprendre par là : une écriture du mouvement. « J'avais peur de devenir une image de moi-même. Je suis allé assez loin dans des choses très arrêtées, en suspension », explique-t-il. La volonté donc de duos, de danses de groupe, de corps qui s'imbriquent, d'un final macabre et folklorique.



Un lieu d'accueil ?

Encore une fois, Christian Rizzo se montre sur la réserve : « Ce ne sont que des hypothèses. À un moment, le groupe arrête de marcher, il se disloque puis redevient solidaire. Cela pose cette question : "Qu'est-ce qu'on doit faire pour être ensemble ?" » On sait aussi que le sol sera phosphorescent, que les danseurs seront les mêmes que pour les pièces précédentes (« je suis très familial »), que la lumière sera assurée par Caty Olive et la musique par Robin Rimbaud, alias Scanner (« un des papes de ma musique electro anglais que j'ai rencontré au Fresnoy à Tourcoing »). Concernant le titre de la pièce, il dit : « On nous assène des postulats et des images comme de prétendues vérités. Je m'autorise, moi, à nager dans le doute. » Ne pas s'attendre à d'autres explications. Christian Rizzo s'en remet aux spectateurs, ses plus fidèles alliés. « J'aime laisser un grand espace au public pour appréhender ce qu'il a en face des yeux et avoir son propre son point de vue. Venir au théâtre, c'est remettre en cause son imaginaire. C'est un des derniers lieux possibles pour être ensemble et pour le questionnement. » La fin de sa résidence à l'Opéra n'a rien d'un couperet. Installé à Lille, Christian Rizzo ne compte pas quitter la région : « Une histoire d'amour, ça ne s'arrête pas comme ça. » D'autant que des projets avec d'autres structures (La Malterie, Le Fresnoy, L'Oiseau-Mouche, Le Phénix) ne manquent pas. Encore faut-il trouver, désormais, un lieu d'accueil pour sa compagnie, « L'association fragile ». « Je vais également faire une collaboration à la rentrée avec le groupe lillois Cercueil sur un film augmenté performé. » De son expérience dans la maison lilloise, il parle de « chance incroyable », d'« équipe formidable ». Un ressenti venant aux échos aux propos de Caroline Sonrier, la directrice, qui avance « un dialogue permanent » et « un travail passionnant ». Parions que ce n'est qu'un au revoir...w Les 19, 20 et 21 janvier à 20 h à l'Opéra de Lille. 5 à 21 E. Rés. : 0.820.48.9000.


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