Quand Caubère se prend pour Benedetto
Publié le mardi 10 janvier 2012 à 06h00
Sur scène, des photos de Benedetto sont projetées. Caubère est accompagné par un guitariste.Photo Michèle Laurent
Créée en juillet 2011 au festival d'Avignon, « Urgent crier ! Caubère joue Benedetto » est à voir au Prato du 17 au 21 janvier. Où l'acteur Philippe Caubère donne corps à André Benedetto, acteur-poète originaire du même Sud.
PROPOS RECUEILLIS PAR MARIE TRANCHANT > marie.tranchant@nordeclair.fr
Quel souvenir gardez-vous de votre première rencontre avec André Benedetto ?
>> J'étais tout jeune, j'avais 18 ou 19 ans, et je suis allé au Théâtre du Centre à Aix. J'ai vu un spectacle incroyable avec trois jeunes gens en blousons noirs qui jouaient Les Perses d'Eschyle. Il y avait ce mec qui ressemblait à Marlon Brando et qui, à un moment, a pointé le plafond en disant : « Il manque un projo !
» Il avait repéré que le régisseur était parti boire un coup... Ça peut paraître anecdotique, mais je me suis dit qu'il était particulier. Il avait une dose de vérité, de sincérité et de violence sur le plateau. Il était entre le théâtre, la poésie et la vérité humaine. J'ai eu un coup de coeur.
Ensuite, j'ai suivi son oeuvre, je l'ai rencontré. Ce n'était pas un copain, je le respectais trop et il était plus âgé que moi. Mais c'était mon premier maître : il écrivait, il jouait, il avait de la rigueur, de l'intransigeance, et un côté rock'n'roll.
Vous ne vouliez pas lire ses textes, mais l'incarner...
>> Je me prends pour lui ! C'est le destin qui a voulu ça.
Après sa mort, il ne restait plus qu'une solution : le faire revivre grâce au théâtre.
Comment avez-vous choisi les textes qui composent « Urgent crier ! » ?
>> Le premier texte est sur Jean Vilar, c'est celui qui m'a donné envie de faire ce spectacle. Il parle du festival d'Avignon, le coeur du théâtre mondial, du théâtre moderne. Les questions autour du festival sont importantes, la dimension polémique aussi. L'acteur n'est plus au centre du festival, c'est désormais le metteur en scène. Ces questions sont à la base du spectacle. Ensuite, il y a des textes de sa jeunesse, de 68. C'est de la poésie révolutionnaire. C'est la matrice de son oeuvre, sa personnalité. Ces écrits sont liés.
Vous êtes accompagné, sur scène, par le guitariste électrique Jérémy Campagne...
>> Il s'inspire des groupes de l'époque, de Pink Floyd, des Who, etc. Les deux formes qui incarnent le mieux les années 60 et 70, ce sont le théâtre et la musique. La musique d'aujourd'hui vient de cette époque. Il y a eu aussi une révolution théâtrale : avec Ariane Mnouchkine, Patrice Chéreau... J'aimais Benedetto parce que ce n'était pas un théâtre de révision, il ne s'est jamais renié, il a toujours gardé une pureté artistique.
C'est cette constance qui l'a empêché d'être reconnu ?
>> Il était sous-estimé par ces « Parisiens du théâtre », qui ne l'ont vu que comme un mec pittoresque, directeur du « Off ». Benedetto, c'était surtout, et même seulement un artiste, un poète, un homme de théâtre. Mais le Nord (pas Lille, mais Paris !) ne comprend pas le Sud. Il n'y a pas que Paris ! Même Pagnol a eu beaucoup à faire avec ça. Benedetto s'est aussi enfermé car c'était un vrai artiste. Je travaille sur un spectacle d'André Suarès qui a beaucoup souffert de cela aussi. Il existe encore des génies méconnus à notre époque. On est dans la religion de la reconnaissance, avec la télévision, les médias, mais parfois, le plus important n'est pas reconnu.
Comment le spectacle est-il reçu par le public et les professionnels ?
>> Ce n'est pas facile, ce n'est pas commercial, comme accroche. On m'imagine lisant des poèmes assis à une table, avec un verre d'eau. Mais c'est divertissant. Des gens ne comprennent rien et d'autres découvrent des choses autour de la pensée théâtrale, philosophique. On voit aussi à travers des photos que Benedetto était beau, comme Marlon Brando, Chet Becker, ou James Dean.
Quels projets avez-vous après ce spectacle ?
>> Benedetto sera le 1er volet sur le Sud. Le 2e sera Marsilho, un texte d'André Suarès. Et puis, une version intime de Recouvre-le de lumière, sur un torero. Ce sera la recherche d'un homme du Sud, qui est tout sauf un amateur de foot qui crie et boit du pastis. Non, ce sera un dandy du Sud.
Qu'est-il urgent de crier pour vous, en 2012 ?
>> Tellement de choses... En ce qui concerne le spectacle, il y a l'aspect politique chanté par Benedetto, il parle d'un peuple qui se réveille toujours. En allant jouer en Tunisie, je pense à la révolution arabe. Il est urgent de crier aussi face au théâtre contemporain, qui doit représenter l'époque, l'histoire. On est loin du compte. Je suis seul sur scène, c'est une métaphore.
w


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