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JP Nataf, si créatif et hors format

Pour ceux qui ne le savent pas encore, JP Nataf est bel et bien un songwriter d'exception. Photo Franck Loriou Pour ceux qui ne le savent pas encore, JP Nataf est bel et bien un songwriter d'exception. Photo Franck Loriou

Fruit d'un artiste à l'appétit musical foisonnant, « Clair » est un disque lumineux, brillant et captivant. JP Nataf, qui nous confirme sans date à la clé la reformation du groupe Les Innocents, sera ce jeudi sur la scène du Grand Mix.




PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr


Fonctionnez-vous au gré de vos envies et humeurs ?
>> Les cinq ans entre les deux disques, je ne les ai pas vu passer. À chaque fois que je me mets devant un instrument ou que je fais une maquette, je me dis qu'il faut que cela s'ancre dans un pays imaginaire. Cela sous-entend que je ne crée pas un cadre défini. Je laisse le temps aux choses de se faire, aux chansons d'exister. Il y a beaucoup de chansons aussi qui partent à la poubelle. Après, je les interprète sur scène et je vois comment ça réagit. Quand j'ai des doutes, je les partage avec tout le monde.

Peut-on parler de disque d'ambiance ?

>> Complètement. J'aime les disques qu'on peut passer à tout moment de la journée, en se levant le matin, en faisant le ménage, au dîner ou en buvant des verres avec des amis.

Votre garde rapprochée, notamment Jean-Christophe Urbain - votre acolyte des Innocents - a participé à cet album...
>> Les trois quarts d'une chanson m'occupent terriblement et le dernier quart, je ne supporte pas parce qu'il faut faire des choix, du fignolage. J'ai donc demandé à Jean-Cri son avis sur les pistes que j'avais. Il est monté écouter les morceaux, j'ai adoré ses conseils et il est venu finalement à ma demande me donner un coup de main. Cela tombait à pic parce que j'en avais un peu marre de cette solitude de travail.

Comment en arrive-t-on à faire une chanson de dix minutes (« Seul alone ») ?
>> Je n'aime pas que les choses procèdent du concept, je ne me suis jamais dit que j'allais faire une chanson de dix minutes. Les couplets s'enchaînaient bien, ni moi ni Dominique Ledudal (le co-réalisateur, ndlr) n'avions envie de couper dedans. Je ne veux pas me contraindre dans un format.

Comment naissent les textes
>> Ils viennent de la musique. Pour moi, les mots sont autour des notes. Si je n'ai pas de rythme, cela me pose de vraies difficultés. Chaque chanson est un petit film, une photo. J'ai beaucoup d'images en tête. Il y a un argument de départ, mais celui-ci est musical. Seul Alone, c'est ma traduction à moi de l'expression « un grand moment de solitude ». C'est plus quelque chose de phonétique. Ce morceau traduit également ma façon de travailler.

L'échec relatif de votre premier album (« Plus de sucre ») ne vous a-t-il pas échaudé à poursuivre une carrière en solo ?
>> J'ai vendu autant que les premiers albums des Innocents c'est-à-dire moins de 20 000 exemplaires. Curieusement, cet échec relatif m'a fait beaucoup moins mal que d'autres choses. J'ai la chance d'être dans un label (Tôt ou Tard, ndlr) avec des gens à la fois intelligents et exigeants. Si j'étais dans un major, on m'aurait rendu illico mon contrat. Mais, avec Plus de sucre, j'ai eu un retour phénoménal du monde de la musique et cela m'a permis de rencontrer plein de gens.

V
ous avez multiplié les collaborations ces dernières années (le conte musical « Imbécile », les Red Legs avec Jeanne Cherhal...).
Vous ont-elles nourri pour ce disque.

>> J'ai été percussionniste, guitariste, j'ai découvert des endroits de la scène que je ne connaissais pas physiquement. J'avais, auparavant, la musique dans le dos. Là c'était le contraire, ce sont des sensations que j'adore. Cela m'a permis de me sentir plus à l'aise et de me décomplexer.

Il semble que la notoriété vous importe peu...
>> Je comprends le potentiel émotionnel et charmant de L'autre Finistère, Colore ou Un homme extraordinaire, mais j'ai l'impression de faire des meilleures chansons maintenant. De l'intérieur, je vis plus sereinement ça. Du temps des Innocents, le retour du succès était un peu violent par rapport au fait que notre musique n'était pas complètement dégrossie.

Qu'en est-il de l'éventuelle reformation des Innocents ?
>> C'est acquis. Mais on a pris un peu de retard. Jean-Cri doit encore sortir son disque. Il y a moins d'urgence parce qu'on a déjà consommé (rires). La rumeur de la reformation s'est propagée parce qu'on n'arrivait pas à cacher notre envie de refaire des choses ensemble.w


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