ISABELLE HODEY > isabelle.hodey@nordeclair.fr
C'est la coutume : chaque année, c'est la société des guides de Mouscron qui ouvre le cortège historique du samedi après-midi, sa dizaine de membres habillés en ouvriers du textile, un secteur qui a marqué l'histoire de la ville. « Je participe tous les ans. Je ne l'ai raté qu'une fois parce que j'étais en vacances. Pendant le défilé, on distribue du genièvre et des tartes aux poires. C'est gai, c'est convivial ! À Mouscron, la fête des Hurlus, c'est la grande fête de l'année », sourit Gisèle Vermoortele.
Cette jeune retraitée est guide depuis une quinzaine d'années. Cette année, pourtant, elle ne défilera pas au milieu de la centaine de participants (fanfares, majorettes, jeunes déguisés...) : son genou fait des siennes. « Mais je vais être là pour les supporter ! », précise aussitôt Gisèle. Hors de question aussi de rater la joute qui oppose les Espagnols aux Hurlus : « Il faut encourager les Hurlus, même s'ils gagnent toujours ! »
Pas de débordements
Ce combat, qui appartient aujourd'hui au folklore, puise son origine dans l'histoire de la cité : « Pour retrouver le Hurlu, il faut remonter au XVIe siècle, sous le duc d'Albe, que l'Espagne a envoyé à Mouscron pour lutter contre les protestants. Les protestants sont partis se cacher dans la forêt alentour. On les a appelés les Hurlus car ils communiquaient en hurlant. Comme ils manquaient de tout, certains ont commencé à piller. Si bien qu'aujourd'hui, quand on demande à un Mouscronnois ce qu'est un Hurlu, c'est pour lui un brigand » , raconte notre guide.
Mouscron ne lui en tient pas rigueur. En ville, le Hurlu a sa statue sur le perron de l'hôtel de ville, sa fontaine à la Rénovation urbaine, et sa fête qui permet de passer un bon moment en buvant un verre entre amis. Et Gisèle entend bien ne pas déroger à cette tradition : « Je n'ai pas connaissance qu'il y ait eu de débordements. Le Mouscronnois est cool, c'est un bon vivant ! ».
Ce qui ne l'empêche pas de bousculer son monde le dimanche soir, lors du jet de hurlus depuis le balcon de l'hôtel de ville. Gisèle n'y va jamais mais elle n'en a, de toute façon, pas besoin : elle possède déjà son Hurlu, reconnaissable à son costume vert, et sa Clopinette, la copine du Hurlu qui a une jambe plus courte que l'autre et que l'on jette après la victoire des Hurlus lors de la joute.
« La Clopinette, c'est une façon de rappeler aux Mouscronnois qu'il ne faut jamais avoir la grosse tête », explique Gisèle.
Il ne reste plus qu'à espérer que le soleil soit de la partie pour que la fête soit encore plus belle !