De chahuts en chapelle
Publié le dimanche 19 février 2012 à 06h00
C'est carnaval ! Aujourd'hui, demain et mardi, les tambours des Trois-Joyeuses font sautiller Dunkerque. Entre les chahuts, les plus mordus disparaissent, comme « Jet'ch », dans de mystérieuses « chapelles » à l'odeur de soupe.
CHARLES MONTMASSON > tempslibre@nordeclair.fr
DUNKERQUE
Un bras en écharpe, le visage peint en noir et blanc, Jérémy ouvre la porte.
« Bienvenue. Ma mère prépare de la soupe à l'oignon, ça va vous réchauffer ! » Jérémy, ou Jet'ch, comme il se fait appeler les jours de carnaval, avait un beau rhume dimanche dernier. Pas question pour autant de rater la fête, surtout quand c'est chez lui, à Saint-Pol-sur-Mer , que les bandes défilent. Même s'il fait moins de zéro dehors. Même s'il est diminué : « Je me suis fait une entorse la semaine dernière, en glissant sur un trottoir. » Un bête accident de carnaval, qui n'arrête pas ce forcené. « Hier soir, j'étais au bal, au Kursaal. On est sorti à six heures du matin pour prendre une soupe chez un copain. Je suis revenu ici pour le petit-déjeuner, et je suis reparti à l'avant-bande ! » À travers la ville, Jet'ch a défilé avec la musique. « Et puis je suis allé de chapelle en chapelle... » Des chapelles ? C'est une religion, le carnaval ?
Pendant que Jet'ch raconte sa nuit blanche, la mère de Jet'ch, « Do' », tend à la ronde des bols de soupe. Entre-temps, des personnages étranges ont fait leur apparition dans sa cuisine. Deux moines un peu éméchés, une mousquetaire baptisée « Mère Lapine », et d'autres encore, aux déguisements variés.
« C'est ça, faire chapelle », explique Do' en désignant l'assistance. « Il y a quelques années, avant de déménager, on pouvait recevoir jusqu'à 600 personnes dans la même journée. » Car le carnaval ne se limite pas à la rue : chacun peut ouvrir sa porte et continuer la fête au chaud. Chaque week-end entre janvier et avril, les vrais mordus comme Jérémy se retrouvent d'une ville à l'autre dans ces lieux de rendez-vous plus ou moins secrets. « Il y a des gens que je ne connais pas sans leur déguisement », explique-t-il, « des amis de carnaval ».
Fifres, tambours et cuivres
Habillé en jaune et noir - couleur des Flandres - avec un air de Dalida grâce à des longs faux-cils, le père de Jet'ch s'avère incollable sur le carnaval. « Je suis prof pendant la semaine, mes élèves me posent des questions », explique celui qu'on appelle ici Fracassé.
Il s'agace en parlant des touristes, qui ne respectent pas toujours les usages, dans les défilés : « Quand il y a les fifres et les tambours, tu marches, et quand il y a les cuivres tu sautes sur place. » Et on pousse quand ? « Normalement, on ne pousse pas ! », s'indigne Fracassé. Il n'aime pas trop les clichés qui collent au carnaval : « Il n'y a pas que l'alcool, même si on doit admettre qu'on ne suce pas que de la glace. » Pour Jet'ch, on ne peut pas généraliser, « personne ne fait le carnaval de la même façon ». Son meilleur souvenir remonte à cinq ans : la prise du Sandettié, un bateau-feu amarré dans le port de Dunkerque. « On était mille, on est monté à bord avec la musique », se rappelle-t-il. Une fête improvisée et illégale, mais qui résume l'esprit un peu pirate du carnaval.w tLIRE EN PAGES II ET III
DÉCOUVERTE



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