« Ma Condition à moi »
Publié le dimanche 05 février 2012 à 06h00
Willia Bourdrel a participé à l'élaboration de l'exposition «Ode à neuf voix». Un travail agréable. Photo HVM
Son visage apparaît dans l'exposition « Ode à neuf voix » présentée à la Condition publique de Roubaix. Willia Bourdrel, habitante du quartier, est très attachée à ce lieu culturel dans lequel elle s'investit énormément.
MATHILDE ESCAMILLA > roubaix@nordeclair.fr
CONDITION PUBLIQUE
« Je ne lâcherai jamais la Condition ! » Elle persiste et elle signe. La Condition publique de Roubaix, manufacture culturelle, représente beaucoup aux yeux de Willia Bourdrel. Pour cette ancienne ouvrière, c'est une seconde famille en quelque sorte. Un endroit formidable qui crée du lien et où elle aime venir passer une grande partie de son temps pour aider, par goût des contacts et des rencontres, mais aussi pour apprécier les événements culturels proposés.
Bénévole depuis deux ans à la Condition publique, Willia n'imagine pas sa vie sans cet engagement : « C'est arrivé un peu par hasard. J'avais entendu dire que la structure cherchait des gens pour aider, alors... ». Elle a participé à l'organisation de défilés « pour bloquer les rues, porter des choses », à la préparation de repas et, tout récemment, à l'élaboration de l'exposition Ode à neuf voix, réalisée par les artistes-plasticien nes Catherine Poncin et Damaris Risch.
« Willia La Môme,
c'est tout moi »
Avec huit autres habitants du quartier, elle apparaît dans des créations photographiques, sonores et vidéo. « Le travail avec les artistes était agréable. Il a permis de faire connaissance avec les autres participants », explique-t-elle. Willia en est fière. Motivé par l'équipe de la Condition publique, ce petit brin de femme très attachant est allé jusqu'au bout de l'aventure. Le visiteur l'entend même chanter le célèbre Non, je ne regrette rien d'Édith Piaf avec un beau talent d'interprétation. « Willia La Môme, c'est tout moi », plaisante-t-elle. Chaque fois, c'était le même rituel : elle enlevait ses lunettes, se passait de la poudre sur le nez et la caméra se mettait à tourner. Elle se souvient de ces séquences de tournage avec bonheur. Elle raconte que son fils se moquait gentiment de son stress parce que, au fond, il sait qu'elle adore ça, donner de son temps, participer à de beaux projets, se dépasser. Les larmes aux yeux, la voix mal assurée, elle murmure : « Le résultat est super. J'ai beaucoup pleuré en le voyant. Je n'arrive pas à comprendre comment j'ai réussi à faire un truc pareil. » Puis, se ressaisissant, elle essuie une larme qui lui glisse sur la joue. « Si la Condition publique n'était pas là, je resterais enfermée chez moi. » Alors, la reconnaissance lui donne un irrésistible entrain pour parler autour d'elle des événements organisés et leur assurer toute la publicité qu'elle peut : concerts, expositions, spectacles vivants... « Ça marche, les gens viennent voir ». Elle essaie de participer à un maximum de choses. Tous les jeudis soirs, ou presque, elle est aux premières loges des concerts. C'est le moment d'une extraordinaire liberté et d'une folle ambiance. Elle confesse : « Je monte même sur la scène rejoindre les artistes. La première fois, le vigile m'a fait descendre. Maintenant il ne peut plus, ce sont les chanteurs qui me réclament ».
Willia assure que s'il y avait davantage de structures culturelles comme celle-ci, favorisant le lien social et organisant des événements d'une belle simplicité, « les gens s'entendraient mieux. Il y aurait moins de heurts. » Habitant le quartier du Pile depuis une dizaine d'années, elle observe souvent la vie du grand bâtiment de sa fenêtre. Elle conclut : « C'est ma Condition à moi. Un bâtiment qui a un avenir radieux devant lui ».w tLIRE EN PAGES II ET III
DÉCOUVERTE


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