Sans détour

Loi "Welcome" : « Si la solidarité est un délit, poursuivez-nous ! »

Publié le 01/01/1970 à 01h00

Des militants se réunissent ce matin devant le tribunal de Lille pour se constituer prisonniers. Une manière de protester haut et fort contre le délit d'aide aux personnes en situation irrégulière. Pierre Nicolas, militant à la Cimade, revient sur cette loi à l'origine du film «Welcome». PROPOS RECUEILLIS PAR NICOLAS CAMIER > nicolas.camier@nordeclair.fr

Loi
Des militants se réunissent ce matin devant le tribunal de Lille pour se constituer prisonniers. Une manière de protester haut et fort contre le délit d'aide aux personnes en situation irrégulière. Pierre Nicolas, militant à la Cimade, revient sur cette loi à l'origine du film «Welcome». PROPOS RECUEILLIS PAR NICOLAS CAMIER > nicolas.camier@nordeclair.fr

Pourquoi organiser cette manifestation? >> Cela fait suite à l'arrestation à Marseille d'un responsable d'une communauté Emmaüs et à la garde à vue de Monique Pouille, une militante de France Terre d'Asile arrêtée pour avoir rechargé les portables de migrants. Le gouvernement dit que les bénévoles ne sont pas inquiétés mais dans les faits, il y a une vraie pression sur nous. Le cas de Monique Pouille est symptomatique:elle travaillait dans une petite asso qui rendait le problème visible.

Le gouvernement fonctionne par test. Ils sont allés plus loin avec l'arrestation du responsable d'Emmaüs, une association plutôt neutre qui a de bons rapports avec le gouvernement, pour voir les réactions. Toujours est-il que beaucoup de bénévoles commencent à avoir peur et à se poser des questions. Ils ne veulent pas faire partie des 5500 arrestations prévues pour 2009. Car les objectifs de la police portent aujourd'hui non seulement sur les reconduites à la frontière, mais aussi sur le nombre d'aidants arrêtés.

Comment est défini le délit d'aide aux migrants. Donner un ticket restaurant à un sans-papiers serait-il un délit? >> La loi est très floue. Elle parle de personnes qui, de manière directe ou indirecte, auraient facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour d'un étranger sans-papiers. En gros, c'est au juge d'évaluer. Enfreindre cette loi, c'est risquer 5ans de prison et 30000euros d'amende. Le problème est que la loi ne précise pas si l'aide est lucrative ou non. Passeurs et bénévoles sont dans le même panier.

Que demandent les associations aujourd'hui? >> On réclame que la loi précise cette différence et institue une immunité pour les bénévoles et les anonymes. Cela obligera la police à apporter des preuves précises d'une transaction commerciale.

On peut aussi opposer à cette loi une autre qui condamne la non-assistance à personne en danger... >> Tout à fait. C'est un argumentaire à développer dans les tribunaux. Mais pour l'instant, la plupart des affaires ne vont pas jusque-là. Dans cette logique, les personnes en situation irrégulière devraient pouvoir bénéficier de l'hébergement d'urgence. Mais le 115 reçoit des consignes et ils évitent de le faire. Ou alors pour de courtes durées.

Le film « Welcome » a-t-il joué un rôle sur l'opinion publique? >> On l'espère mais la plupart des gens ne sont pas confrontés à ces problèmes au quotidien. Dans le film, tout ce qui est pression policière sur les migrants ou les associations peut sembler exagéré à celui qui connaît mal la question. Mais c'est la réalité. Les Français doivent aussi comprendre que la course au chiffre est une logique qui ne touche plus seulement les étrangers. La hausse des arrestations pour outrage en est un exemple. Le dernier rapport d'Amnesty International le montre bien: les violences policières touchent de plus en plus les citoyens français.

Nord Éclair