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Unesco : Catherine O'Miel prête à décrocher la Lune

Publié le 28/06/2012 à 00h00

Picarde « montée » à Lille pour raisons professionnelles, Catherine O'Miel, la cinquantaine flamboyante, est finalement « redescendue » plus au sud, en 2005, à la demande du Vert Jean-François Caron, dont elle était l'assistante à la Région.

  Unesco : Catherine O'Miel prête à décrocher la Lune
Picarde « montée » à Lille pour raisons professionnelles, Catherine O'Miel, la cinquantaine flamboyante, est finalement « redescendue » plus au sud, en 2005, à la demande du Vert Jean-François Caron, dont elle était l'assistante à la Région.


Sa mission : prendre la direction
de l'association Bassin minier Unesco, rebaptisée depuis Bassin minier uni. Autrement dit faire entrer un territoire mal-aimé au patrimoine mondial de l'Humanité. Rien que ça...
PROPOS RECUEILLIS PAR CÉLINE DEBETTE ET GAËLLE CARON > artois@nordeclair.fr PHOTOS LUDOVIC MAILLARD > ludovic.maillard@nordeclair.fr



Le comité Unesco se réunit jusqu'au 6 juillet à Saint-Petersbourg. Comment vous sentez-vous à l'approche du verdict ?
>> Fatiguée et surexcitée. Je suis très impatiente de partir car ça fait sept ans que je travaille sur ce projet. C'est le grand moment attendu depuis tout ce temps.

Vous serez présente à Saint-Petersbourg pour vivre l'événement en direct. Quel est le programme ?
>> Les dossiers compliqués, les inscriptions, la liste des biens en péril : tout ça fait partie de l'ordre du jour du comité Unesco. C'est une sorte de gros conseil d'administration et c'est pour cette raison que ça prend quinze jours. En ce qui concerne la partie inscriptions, 38 dossiers vont être examinés entre ce 29 juin et le 2 juillet. Les experts ont quinze minutes pour présenter chaque dossier avant de donner leurs préconisations : l'inscription au patrimoine mondial, le report, ce qui nous est d'ailleurs arrivé l'an dernier, ou le différement, c'est-à-dire le retour à la case départ. Mais le comité reste souverain : avant de voter à main levée, ses 21 pays membres vont débattre des dossiers. Ça peut durer un quart d'heure comme une demi-journée. Ça crée le suspense, mais c'est difficile à gérer sur le plan de la communication. Si le bassin minier est inscrit, Jean-François Caron prendra la parole trois minutes pour remercier le comité, et après on pleure.

En quoi cette candidature du bassin minier est-elle exceptionnelle et unique ?
>> Pour figurer sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, il faut être universel et exceptionnel. Nous, on plaide l'universalité sur le fait que le charbon, associé à la vapeur, a permis le développement de l'industrie partout sur la planète. Par ailleurs, le travail des mineurs a créé une communauté humaine à l'échelle internationale. Quant à l'exceptionnalité, on l'a aussi, car le charbon du Nord - Pas-de-Calais était essentiellement exporté. Contrairement à la Ruhr, il n'y avait pas d'industries sur place. On a donc un paysage minier pur jus.

Quels sont les sites inclus dans le dossier BMU et comment s'est déroulé leur recensement ? Sur quels critères ?
>> Dès 2004, la Mission bassin minier, l'outil technique de la candidature, a mené un travail d'inventaire du patrimoine minier en partant des bases de données de Charbonnages de France et des communes. En 2007, l'inventaire complet comprenait 162 communes ayant encore du patrimoine minier, de Fresnes-sur-Escaut à l'est à Bruay-la-Buissière à l'ouest, soit une bande minière de 120 km de long et 15 km de large. Ensuite, on a classé cet inventaire selon des critères historiques, symboliques, architecturaux, urbanistiques et enfin selon un critère spécifique à l'Unesco : l'intégrité. Ça veut dire que le patrimoine n'a pas été dénaturé. Sont alors apparues une quinzaine de zones qui respectaient tous ces critères. On a construit le périmètre en fonction de cela. Au final, notre candidature concerne environ 25 % du bassin minier, soit 87 communes et 4 000 hectares, qui racontent et permettent de décoder trois siècles d'histoire minière.

Pour être mené à bien, c'est un dossier qui nécessitait l'adhésion de l'ensemble des élus du territoire. Cela est donc possible dans le bassin minier...
>> Bassin minier uni : on n'aurait jamais pu s'appeler comme ça au début... Pour que l'adhésion vienne et que les élus s'engagent, il a fallu mener un long travail de sensibilisation et d'information avec l'organisation régulière de colloques et de séminaires. Au début, en 2003, beaucoup avaient le sentiment que c'était impossible. Il y avait aussi la crainte que le territoire devienne un musée, de le voir sanctuariser.
Autant de réticences qu'il a fallu lever.

Est-ce que l'argument du sanctuaire n'est pas en partie recevable ?
>> Pas du tout. Notre histoire minière est présente partout. Une inscription serait synonyme de reconnaissance et de fierté. Mais il s'agit aussi de créer une identité et du développement économique et touristique. La conjonction avec l'arrivée du Louvre va conforter tout ça.

Mais à quel prix se demandent des élus, qui redoutent la facture liée à l'entretien des sites répertoriés dans leurs communes ?
>> Ça ne coûtera pas d'argent supplémentaire. Que je sache, le patrimoine minier est déjà entretenu, il n'est pas laissé à l'abandon ! Les cités minières sont rénovées régulièrement. La seule contrainte fixée par l'Unesco est de respecter la hiérarchie qui se lit encore dans le paysage. Par exemple, on ne construit rien sur les places des cités minières. La Fabrique de la Ville de Jean-Louis Subileau (urbaniste d'Euralille puis d'Euralens, ndlr) a intégré notre dossier à son projet d'archipels verts. Le bassin minier a intérêt à miser sur ce qu'il est : un territoire qui ne ressemble pas aux autres.w

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