PROPOS RECUEILLIS PAR BRUNO RENOUL ET FLORENCE TRAULLÉ, PHOTOS LUDOVIC MAILLARD > région@nordeclair.fr
Le premier
tour de l'élection a été marqué par le score du Front National. Est-ce que cela vous a surpris ?
>> Non. Pas plus que je n'ai été surpris par la participation. Je sentais que, malgré ce qui a pu être dit, elle intéressait les gens.
C'est le signe d'une certaine santé de notre démocratie. Près de 80 % des Français pensent que l'élection est crédible. Je suis allé au commissariat de Marcq, il y avait des gens assis par terre pour remplir leurs procurations. Dimanche prochain, c'est l'heure du choix...
Sur le résultat du premier tour ?
>> Il n'y a pas de démocratie quand l'alternance n'est pas possible, pas à portée de mains, de temps en temps. Historiquement, on avait en France un pôle de droite républicaine, issu du gaullisme et des valeurs du Conseil National de la Résistance.
J'étais convaincu que ces racines irriguaient les deux pôles politiques français, à droite et à gauche, mais quand j'ai entendu parler de halal, de prières de rue et tout ça, j'ai senti un gros malaise : ce n'est vraiment pas ce qui préoccupait les gens. Et, dimanche dernier, quand les résultats sont tombés, ce fut une vraie blessure. Même si on le sentait venir ce résultat... Il me donne encore plus envie de me battre. Ce que dit, depuis quelques jours, le candidat de la droite, ça va vraiment beaucoup trop loin...
Sur quoi ?
>> Sur les valeurs. Comme tout syndicaliste, ma valeur essentielle c'est la solidarité, c'est tendre la main à celui qui appelle et le nombre de mains qui se lèvent est de plus en plus important. Il faudrait choisir ? On nous demande de trier les mains ? Voire d'en couper certaines ? Mais c'est impossible ! Il y a une vraie gravité dans ce qu'on est en train de vivre.
Pensez-vous que le vote FN est, aujourd'hui, davantage un vote d'adhésion et plus seulement protestataire ?
>> Il exprime une désespérance, de la colère sociale. Il n'est pas normal qu'on ait l'air de s'en apercevoir les seuls soirs d'élection. La question à se poser est de savoir comment elle s'est traduite et quelle réponse on y apporte. Cela fait 20 ans que ça existe.
Y voyez-vous une impuissance des politiques, de droite comme de gauche ?
>> Dans cette élection, il y avait une offre politique très large et claire. Nous sommes aujourd'hui dans la bataille des idées, il faut y aller. Jean-François Caron (ndlr : le maire écologiste de Loos-en-Gohelle) a lancé un appel à la mobilisation face à la montée du FN dans l'ancien bassin minier. À part Jean-Michel Stievenard (l'ancien maire PS de Villeneuve d'Ascq) et Bernard Baude, le maire de Méricourt, aucun leader politique ou syndical n'a rejoint ce collectif. Je l'ai en travers de la gorge. Ce n'est pas juste entre les deux tours qu'il faut parler de Le Pen, c'est une bataille militante, sur la durée, une bataille des idées, pas contre des personnes. Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots ou des fachos, c'est trop facile. Les électeurs de Le Pen sont des gens comme nous. Il faut argumenter avec eux, sur les causes, sur les solutions. Nous sommes des militants qui doivent transformer le réel, pas ce qu'il y a dans la tête des gens !
P
ourquoi cet ancrage particulièrement dans le bassin minier ?
>> Il n'y a pas eu de vrai changement depuis 20 ans. C'est toujours la démocratie encadrée, comme on a connu la vie encadrée du temps des Houillères. Dans le bassin minier, il faut passer par « le pape politique » du PS pour avoir quelque chose. Et c'est toujours ce même discours selon lequel la société a une dette envers nous car nous avons été mineurs ! Il faut en finir avec ça !
Au fond, le vote Mélenchon ne traduit-il pas cette même désespérance et ce même besoin de rupture ?
>> Ils sont nombreux à surfer sur les peurs et les angoisses. Tout militant syndical sait qu'elles sont mauvaises conseillères. Les gens n'ont plus envie qu'on leur parle de la crise et de la dette. Ils ne sont pas idiots. Ils ont compris. Les jeunes savent que ma génération a vécu à crédit et qu'il faut maintenant payer.
Aujourd'hui, c'est comme si les dirigeants politiques, syndicaux, associatifs avaient peur des gens. Du coup, ils trouvent le plus petit dénominateur commun pour être bien au chaud dans leur chapelle. Il faut avoir le courage de dire la vérité. Sur la dernière réforme des retraites, par exemple, les gens étaient prêts à entendre qu'avec l'allongement de la durée de vie, il fallait allonger celle du travail, mais de manière juste !
Nicolas Sarkozy a nettement orienté sa campagne d'entre deux tours à droite. Comment la droite dite humaniste ou les centristes peuvent-ils s'y retrouver ?
>> Les deux candidats ne doivent pas aller à contre-valeurs. C'est dangereux de courir après les autres. La bataille des idées est une bataille de convictions. Ceux qui prennent les gens qui appellent à l'aide pour des victimes, c'est insupportable. On est maître de son destin, même au fond du trou. Soit nous sommes des militants de l'émancipation, soit nous sommes des militants de la domination... w