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Jean-Michel Stievenard, l'élu tire sa révérence

Jean-Michel Stievenard fera ses adieux à la vie élective, ce soir, lors d'une soirée au Stadium Nord. Jean-Michel Stievenard fera ses adieux à la vie élective, ce soir, lors d'une soirée au Stadium Nord.

Le maire honoraire de Villeneuve d'Ascq quitte son fauteuil de conseiller municipal aujourd'hui. Il met un terme à 36 années de vie élective. En 2008, la campagne avait été rude et Gérard Caudron, maire durant quatre mandats, lui avait repris la place au terme d'une victoire écrasante. Aujourd'hui, l'ex-élu a créé son entreprise de consultant, multiplie les conférences et écrit des livres sur l'histoire et l'évolution de la métropole lilloise.



PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE DUPONT ET JULIEN GILMAN > villeneuvedascq@nordeclair.fr - PHOTOS : HUBERT VAN MAELE

Une page se tourne avec votre retrait de la vie politique en ce début d'année. Pourquoi ce choix ?


>> Ce n'est pas un retrait de la vie politique, mais de la vie élective. J'ai été élu pour la première fois le 22 février 1976. Je n'ai plus l'intention de me représenter à une élection. Très franchement, si je me représentais en 2014... Villeneuve d'Ascq mérite mieux qu'un maire de 70 ans. Mais je continue ma vie politique de citoyen, de membre d'un parti engagé dans un nouvel espoir d'alternance. Dans les prochaines semaines, je ne resterai pas inactif. Je serai engagé pour aider à parvenir à cette alternance que, moi, j'ai eu la chance de connaître dans ma vie.

De quelle manière ?
>> Je mène deux ou trois combats. Le premier, c'est de mobiliser la partie de la société civile dans laquelle j'évolue : les milieux universitaires et culturels. J'ai rejoint le club Démocratie 2012. Ce club, autour du Parti socialiste et animé par Jean-Marie Cambasérès, réunit des intellectuels et développe des réflexions sur la nouvelle politique à mettre en place. Mon second combat, c'est une réflexion sur une préoccupation : comment se fait-il qu'une partie de la population, la plus faible économiquement, exprime des idées qui sont pile poile celles qu'incarne le Front national ? Pour moi, cela reste, non pas un mystère, mais un défi.

En 2008, vous étiez-vous préparé à la défaite aux municipales ?

>> Je ne le nie pas, ça n'a pas été simple, mais je n'ai pas été longtemps en dépression. D'abord par orgueil : j'ai toujours prétendu que la vie politique n'était pas ma raison de vivre. Je devais donc pouvoir vivre sans la vie politique. Dire que j'étais préparé à la défaite, non, mais j'avais une philosophie de la vie me permettant d'en assumer les conséquences.

Qu'est-ce qui vous manque de l'époque de votre mandat de maire ?
>> Une chose et une seule : le contact immédiat avec les gens. J'ai eu un long moment de bonheur à pouvoir entrer en communication y compris avec des gens qui m'en voulaient. Cette capacité à parler, cette empathie avec les autres me manque.

Mais il y a des gens qui vous interpellent encore...
>> Oui, comme hier soir, je sortais du cinéma et il y a cette personne qui me dit « merci pour les cinémas ». Voilà. Mais je ne cultive pas la dénonciation ou la nostalgie. J'ai toujours dit que je ne soufflerai pas sur des braises. Quant aux honneurs, ça ne m'a pas manqué un seul jour.

De vos 36 années de mandat, de quoi êtes-vous le plus fier ?
>> J'ai eu la grande chance, historique, d'être un acteur qui a pesé sur la construction de la ville et de la conscience collective des Villeneuvois. C'est ma grande oeuvre, pas à moi seul, mais j'en ai été un acteur important. Et quand je regarde mon mandat de maire : il y en a des choses. Le cinéma, le Grand Stade, la mosquée, la polyclinique ou la rénovation du Pont de Bois ne sont pas pour rien dans ma fierté. J'ai été en capacité d'inscrire sur l'agenda politique des choses qui n'y étaient pas avant. Je suis fier d'avoir su mobiliser des gens sur un projet. J'ai presque toujours su le faire.

Mais certains de ces dossiers ont pu jouer en votre défaveur...
>> Ma déception, mon échec, c'est de ne pas avoir réussi cet exercice sur le Grand Stade. J'ai été victime d'un décrochage, aidé par mon adversaire politique, entre la fierté des Villeneuvois, que j'avais anticipée, et les inquiétudes des électeurs. J'ai échoué à emballer tout le monde autour du projet. Mon adversaire politique a été habile : il a fait semblant d'être contre. Il ne l'a jamais dit. Tous ceux qui étaient contre se sont reconnus dans son opposition qui n'existait pas. Je n'arrive pas un seul instant, même si ça m'a coûté, à regretter, sinon il n'y aurait pas eu de Grand Stade à Villeneuve d'Ascq.

Aujourd'hui, où en sont vos rapports avec Gérard Caudron ?
>> Nous cohabitons. Il est l'ancien maire honoraire, je suis le nouveau maire honoraire. Je suis l'ancien maire actuel, il est le nouveau maire actuel. Nous avons des rôles qui se sont croisés. Un jour, il m'a choisi comme adversaire principal. J'ai trouvé ça déloyal. Aujourd'hui, il aimerait bien que ça continue, mais je n'avais pas l'intention d'être l'opposant du prince.

Qu'avez-vous fait depuis 2008 ?
>> J'ai « retraité » ma vie. J'ai créé une petite société de consultant. Je suis à la disposition de clients pour les aider dans leur réflexion et dans leur action. J'organise aussi des cycles de conférences avec le CNFPT (Centre national de la fonction publique territoriale, ndlr). J'ai également inventé un cycle de formation à Sciences po qui met à la disposition des futurs cadres de la région l'ensemble des données historiques, du présent et des prospectives sur la région. Et puis j'écris et je parle. Je fais des conférences, j'en profite pour accumuler des notes. Je défends une thèse sur comment on a inventé la métropole à Villeneuve d'Ascq. Dans ce cadre, j'ai écrit un livre sur le LaM et j'en prépare un autre sur le métro.

Votre départ, vous le mettez en scène...
>> Pour tout vous dire, je ne savais pas comment partir. Je ne voulais pas en faire un événement politique, ni partir sur un clash. Pendant les primaires, le paysage politique était un peu encombré. Aujourd'hui, le paysage est un peu apaisé. Je marque mon passage dans l'autre catégorie, celle des non élus, qui est même un peu plus importante que celle des élus.
w

« Le parti est en ordre de marche, il a des idées, il a des cadres, il a un magnifique candidat »

Longtemps cadre métropolitain du Parti socialiste, soutien local du candidat Hollande lors de la primaire, Jean-Michel Stievenard livre son analyse sur son parti, sur son évolution en plus de 30 ans, et sur ceux qui l'incarnent aujourd'hui. Pierre Mauroy s'est retiré en 2008, Bernard Derosier ne se représente pas dans la deuxième circonscription, vous quittez le conseil municipal de Villeneuve d'Ascq... Est-ce la fin d'une époque ? >> Quand j'ai été élu pour la première fois, j'avais 31 ans. Audrey Linkenheld en a un peu plus. C'est une nouvelle génération qui arrive aux responsabilités avec sa force, son ancrage dans la société présente. C'est plutôt bien qu'on parle des problèmes tels qu'on les voit aujourd'hui, et pas avec les yeux d'hier. Justement, la façon de faire de la politique a-t-elle évolué en 36 ans ? >> Le Parti socialiste a toujours été un parti d'élus, il le devient de plus en plus. Il s'est terriblement professionnalisé et est confié à des professionnels. Ce sont des gens qui sont dans les appareils des collectivités, dans les cabinets, parce que la décentralisation en a offert la possibilité. Ceci-dit, le Parti socialiste reste une belle aventure, une belle histoire. Ce n'est pas qu'il ne sait plus parler aux classes populaires, c'est qu'il ne sait plus incarner la pensée des classes populaires. Vous avez soutenu François Hollande à la primaire socialiste. Que pensez-vous de sa campagne ?  >> Elle ne me déçoit pas. Il fait une campagne gagnante. C'est maintenant que ça se joue. Je ne peux pas dire qu'il va gagner, car le jeu est extrêmement compliqué avec quatre concurrents, mais je ne vois pas bien ce qui peut faire un retournement d'opinion. Il a le costume présidentiel et il a le programme. Comment jugez-vous le travail de la première secrétaire Martine Aubry au sein du Parti socialiste ?  >>  Je ne juge pas, j'apprécie. C'est un parcours sans faute qui s'accomplit. Le parti est en ordre de marche, il a des idées, il a des cadres - un peu trop -, il a un magnifique candidat. Tout ça a pu se mettre en place en un temps record. Les forces centrifuges sont autour du candidat, même s'il faut des recadrages. Elle est à la bonne place, irréprochable, il me semble. Vous soutenez Audrey Linkenheld dans la deuxième circonscription. N'auriez-vous pas trouvé une candidature villeneuvoise plus logique ?  >> Villeneuve d'Ascq n'est plus en mesure de peser. Je le regrette. Mais Audrey est en pleine capacité d'incarner Villeneuve d'Ascq et les Villeneuvois. Il ne faut pas la juger aujourd'hui, mais à l'aune des deux, trois, quatre mandats qu'elle a devant elle. Elle apparaît débarquée, mais elle ne va pas le rester longtemps. Et si je peux l'aider, je le ferai sans réserve. Quel regard portez-vous sur la section socialiste de Villeneuve d'Ascq réputée pour ses luttes fratricides ? >>  Voilà une situation dont je ne pense plus rien et dont je ne veux plus avoir à connaître. Je l'ai subie longuement, ce n'est plus mon problème. Je reste adhérent du Parti socialiste « extraterritorial », je ne me sens pas mêlé à la section villeneuvoise. Voyez-vous quelqu'un qui peut en émerger et se présenter face à Gérard Caudron en 2014 ?  >> Pour l'instant, non. Mais le jour où il faudra résoudre le problème, on trouvera bien quelqu'un. En tout cas, ça ne sera pas moi ! w

« Quelle chance fabuleuse que d'avoir pu accompagner Pierre Mauroy en 1981 »

Né à Denain le 6 octobre 1945 dans une famille de militants de l'Action catholique ouvrière, Jean-Michel Stievenard prend vite goût à la prise de parole en public. Retour sur une vie consacrée à la politique et au socialisme. Quel souvenir conservez-vous de votre enfance à Denain ?  >> C'était une ville pleine d'espoir. Ça a été une ville formidable. J'y vais encore, mon père y habite toujours et une partie de mes frères et soeurs. La ville a été brisée. Vous êtes issu d'une famille militante, votre engagement était-il une évidence ?  >> C'était le militantisme de l'Action catholique ouvrière. Ce n'était pas facile dans une zone dominée par les communistes. Mes parents étaient donc militants ouvriers mais rebelles. L'ACO a été une école et j'ai été formé par la JEC. J'y ai pris la parole en public pour la première fois quand j'étais en 5e. Et j'y ai pris goût. Mais j'ai quitté l'Église très tôt. Quand je suis arrivé à l'université, je me suis inscrit à l'Unef et j'ai adhéré pour la première fois à la SFIO en 1965. Je l'ai quittée en 68. Étudiant en sociologie, j'ai eu des tropismes gauchistes et suis parti à Aix-en-Provence. J'ai réadhéré au Parti socialiste en 74 et, en 75, je suis désigné comme candidat à l'élection municipale partielle de Villeneuve d'Ascq. Elu à Villeneuve d'Ascq de 1976 à aujourd'hui, que restera-t-il de votre action dans la ville ? >>  La ville qui n'existait pas et qui existe. La ville est le résultat de l'action collective d'une génération. Après, le fait qu'il y ait une plaque ou pas... Moi, j'ai le sentiment d'un travail accompli. Vous avez été conseiller général et vice-président du conseil général, vous avez suivi Pierre Mauroy à Matignon et accompagné Michel Delebarre dans ses différents ministères, vous avez été vice-président de Lille métropole communauté urbaine... Que retenez-vous de ce parcours politique ?  >> Quelle chance fabuleuse que d'avoir pu accompagner Pierre Mauroy. En 1981, on n'avait jamais connu l'exercice du pouvoir par notre parti. Et voilà que Pierre Mauroy me propose un poste d'attaché parlementaire : je gérais les relations du Premier ministre avec le Sénat. Je n'ai pas vraiment participé à l'action, mais ça a été un poste d'observation politique formidable. Après, j'ai rencontré Michel Delebarre et on a eu un parcours de presque 10 ans, où j'ai été responsable des dossiers de ses ministères dans la région. Quand le volontarisme politique existe et qu'il y a des hommes pour l'incarner, ça vaut vraiment la peine. Localement, j'ai vu de l'intérieur l'installation de la décentralisation. C'est une belle aventure. w


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Vos réactions

christian mc
je garderai toujours de Jean-Michel Stievenard, l'image d'un homme simple, trés abordable et à l'écoute de ses administrés. Merci Jean-michel pour tout ce que tu as fait à Villeneuve et ce que tu feras encore pour ses habitants, car je sais que tu aime les gens et que tu les respectes.

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Jelcoe
Et l'Orcep???

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Max
Bravo à Jean-Michel pour son parcours.Cet homme, parfois injustement traité par certains est un humaniste respectueux des autres et a beaucoup d'humilité.Il a beaucoup fait pour le développement de la Ville Nouvelle , et dès 1976, aux côtés de Gérard CAUDRON. Il a raison de quitter le vie politique villeneuvoise, c'est une preuve de sagesse et de bon sens, à un certain âge et dans certaines circonstances(il a assez donné!...).Et il peut encore SERVIR ailleurs et AUTREMENT.Et n'oublions pas tout ce qu'il a fait pour le développement culturel dans le NORD-PAS DE CALAIS.

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